Critique de film

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Les inassouvies

"De Sade 70"
affiche du film

Monsieur Mistival (Paul Muller) confie sa fille Eugénie (Marie Liljedahl) à sa maîtresse, Mme de Saint-Ange (Maria Rohm), afin de l’initier aux jeux de l’amour. Arrivée sur une île, la jeune fille va découvrir les joies de l’érotisme, du saphisme et d’autres perversions raffinées. Sa naïveté et son innocence décuplent le plaisir de ses initiateurs qui l’emmènent de plus en plus loin dans la débauche…

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Les inassouvies - Sade à la moulinette Franco
Par : Alan Deprez

Les inassouvies (alias Eugenie ou De Sade 70) de Jess Franco est une énième variation sadienne ; le franc-tireur ibère s’inspirant ici librement de La Philosophie dans le boudoir du Divin Marquis. C’était une des obsessions de l’ami Jess, que l’on décèle en filigrane au fil d’une grande part de sa filmographie. Par ailleurs, en 1970, Franco projetait de diffuser le sadien Juliette, tout entier voué à l’aura de sa première muse Soledad Miranda. Alors qu’elle n’avait tourné qu’environ 40 minutes de rushes, l’actrice trouva la mort le 18 août 1970 dans un tragique accident routier aux abords de Lisbonne, laissant l’œuvre inachevée…

Avant d’être entachée par cet événement brutal, c’était une année faste pour le cinéaste, qui pouvait déjà s’enorgueillir de la sortie en salles de l’horrifico-capiteux Les cauchemars naissent la nuit (Los ojos de la noche), suivi de deux collaborations avec le vénérable Christopher Lee : Le trône de feu (Il trono di fuoco aka The Bloody Judge) et Les nuits de Dracula (Nachts, wenn Dracula erwacht), émulant les succès de la Hammer.

Maria Rohm et Marie Liljedhal s'amusent.

Le scénario des Inassouvies est dû au producteur-flibustier Harry Alan Towers, éternel amoureux des femmes et personnalité des plus fantasques. On retrouve sa trace durant à peu près cinq décennies de Bis : des 13 fiancées de Fu Manchu (The Brides of Fu Manchu, Don Sharp, 1966) à 99 femmes (L’amour dans les prisons de femmes, Jess Franco, 1969), avec des détours par Voluptueuse Laura (Eva nera, Joe D’Amato, 1976), La vénus noire (Claude Mulot, 1983), Lady Libertine (Gérard Kikoïne, 1984), Le fantôme de l’opéra (The Phantom of the Opera, Dwight H. Little, 1989) ou encore le DTV foutraque (euphémisme) City of Fear (2000), défendu (?) par un Gary Daniels en mode cabot…

Pureté de la jeunesse, douleur et volupté

Threesome ! Dès les premières minutes, Les inassouvies s’enracine dans le terreau fertile de la fantasmagorie érotique : nous voilà plongés dans un rituel sadique et baigné d’un rouge agressif. La cérémonie est présidée par Christopher Lee (l’énigmatique Dolmance) et sa prestance habituelle, en Monsieur Loyal paraphrasant le Marquis de Sade (on notera aussi Jess Franco parmi les adeptes du culte de la chair). Ces pensées fiévreuses proviennent de l’imagination de la belle Marianne Saint-Ange (la divine Maria Rohm, idéal fémininin évanescent de Venus in Furs - Paroxismus et Mina des Nuits de Dracula), vagabondant au gré de la lecture d’un ouvrage licencieux. Elle ne tardera pas à être rejointe sur son île par la lolita Eugénie (la délicieuse Marie Liljedahl, star du Inga, la séductrice au corps de velours de Joseph Sarno), qu’elle prendra un malin plaisir à initier à la bagatelle.

La nymphette sera l’objet des fantasmes de plus en plus déviants de Marianne et de son demi-frère Mirvel, incarné avec sobriété par l’américain Jack Taylor, revu plus tard dans La comtesse noire de Franco, mais aussi dans Conan le barbare et La neuvième porte. Sous l’œil concupiscent du spectateur, Eugénie n’est guère plus qu’un jouet entre leurs mains, une proie en attente de son destin sacrificiel…

Fini de mater Michel Drucker ! Et comme souvent chez Jess Franco, le rythme se fait lâche… Les inassouvies installe ses péripéties dans une ambiance cotonneuse, hors du temps, bercée par des morceaux tantôt jazzy ou easy listening. Dès lors, le refrain est connu : les cinéphiles allergiques aux tics de mises en scène du cinéaste continueront à le maudire - quitte à l’affubler de quolibets (pas la peine de vous cacher, on a les noms !-ndr) -, tandis que les autres, accros à la geste francoienne, apprécieront l’effort et se délecteront des cadres surcomposés (telle cette scène de sexe vue au travers des mailles d’un fauteuil en osier) ou des exubérances stylistiques qui font tout le sel de son cinéma. C’est que la langueur a ses mérites, pour peu que l’on se laisse emporter par le mouvement !

Constamment tiraillée entre Eros et Thanatos, Les inassouvies est une œuvre raffinée, sensuelle et peu avare en nudité. Ce n’est certes pas une pièce maîtresse de l’interminable carrière de Jess Franco, ni la meilleure adaptation du Marquis de Sade, mais une rêverie torve transcendée par la beauté de ses héroïnes (Maria Rhom & Marie Liljedahl), qui imprègne chaque image. Vous auriez tort de vous en priver !

PS : Les inassouvies est issu de la deuxième salve DVD de la Collection Jess Franco d’Artus Films (comptant aussi le double programme Le miroir obscène/Al otro lado del espejo - cut espagnol très rare du précité - et l’exotique Sumuru, la cité sans hommes), l’éditeur nous gratifiant une fois de plus d’un travail remarquable. On le sait, exhumer des raretés bis est leur sacerdoce, mais ils y mettent toujours les formes : les masters sont de la meilleur qualité envisageable et les bonus, pertinents. Les inassouvies est complété d’un entretien avec l’érudit Alain Petit (« Histoire d’une perversion ») et d’un diaporama de photos.

Pour commander les DVD de la Collection Jess Franco, rendez-vous sur le site d’Artus Films.

Commentaires sur le film

INDISPENSABLE

5 etoiles

coups de coeurCoup de coeur !

Un superbe Jess Franco .
Il est donc inutile de faire un long commentaire ( si ce n’est pour signaler la qualité du dvd Arthus )
Le cinéphile va adorer , et les autres détesterons comme d’habitude ...

2 avril 2014 à 16:04 | Par Thierry Wust

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