News

Les mangeurs de chair sont à la mode !

29 juillet 2013 | Par : Alan Deprez (Vivadavidlynch)

Michele Simonelli revient sur le ratage World War Z et les récents zombie flicks.

L’ami Michele Simonelli s’apprête à publier - dans la langue de Molière - un ouvrage de référence sur le vaste thème des morts-vivants, déjà lancé avec succès en Italie sous le titre FLESHEATER : Biografia del Morto Vivente. Croyez-moi sur parole, j’ai eu la chance d’en feuilleter le manuscrit et ça risque bien de mettre à l’amende les autres publications sur le sujet. Alors, vous comprenez qu’on n’allait pas se gêner pour lui demander son avis sur le nanar friqué World War Z et l’engouement actuel autour des films de zomblards.

Par M. L. Simonelli (mise en forme : Alan Deprez)

Même si depuis de nombreuses années, les Etats-Unis sont probablement le premier pays au monde, pour ce qui est de la production de films à petit budget dédiés aux morts-vivants - si on exclut la saga des Resident Evil (2002-2012), co-produits par le Canada, l’Allemagne et la France -, il faut remonter jusque 2009, avec Zombieland de Ruben Fleischer et Survival of the Dead de George R. Romero, pour trouver des films entièrement américains et d’une certaine importance consacrés au genre. Excepté en 2007, avec le film de Robert Rodriguez Planet Terror, qui est plus un hommage aux pellicules grindhouse qu’un zombie flick à proprement parler.

L'efficace Rammbock

Six ans donc. Soit une période suffisante pour que certains pays - tels le Royaume-Uni, l’Espagne, la France, l’Allemagne ou la Norvège, pour n’en nommer que quelques-uns - nous offrent des œuvres intéressantes, toutes caractérisées par une production de haute tenue. Pour le plaisir, on citera Død Snø (Dead Snow) de Tommy Wirkola (2009), Rammbock (Berlin Undead) de Marvin Kren (2010), la trilogie [Rec] de Paco Plaza & Jaume Balagueró, ou encore ce que je considère comme de véritables chefs-d’œuvre : La Horde de Yannick Dahan & Benjamin Rocher (2009) et The Dead des Ford Brothers (2011). Ces dernières années, quelques productions ont ainsi établi une nette suprématie du Vieux Continent européen dans le nouveau paysage mondial des films de morts-vivants.

Objectivement, en regard de tentatives beaucoup plus concluantes (comme le méconnu Collapse de J. Bolinger & M. Saunders, sorti en 2010), World War Z - porté par la superstar Brad Pitt - ne parviendra pas à faire regagner à Hollywood son statut de capitale mondiale des films de morts-vivants. Néanmoins, en dépit du déluge de bonnes (très peu) et mauvaises critiques (nombreuses) qui ont frappé le film dès sa sortie en salles, il y a des choses intéressantes à y déceler, en faisant fi des goûts personnels et des multiples avis négatifs à son encontre.

L'invasion zombiesque de World War Z Tout d’abord - et c’est mieux de l’annoncer immédiatement -, WWZ est loin d’être un chef-d’œuvre et ne peut décemment aspirer à le devenir. On serait tenté d’attribuer ça aux mutations du marché hollywoodien, qui depuis Frank Capra, ont transformé les films « stars and stripes » (purement ricains-ndr) en produits commerciaux, qui ont (presque) abandonné toute expression artistique. Mais cet aspect ne limitera pas mon jugement.

D’autant plus que contrairement à beaucoup d’autres films sur les morts-vivants, WWZ possède au moins un scénario assez novateur et couvrant toute une gamme de situations qui, bien qu’empruntant à une immense liste de clichés en cours à Hollywood, s’affranchit du joug de Romero et de ses règles plus ou moins rigides établies depuis Night of the Living Dead (1968). Alors certes, même si WWZ revêt les atours un peu putassiers du film castastrophe (en cours depuis l’émergence des monstres atomiques dans les années 50) et peut rappeler Armageddon (1998) de Michael Bay ou le 2012 (2009) de Roland Emmerich, on peut souligner cette façon élégante qu’a le film d’éviter les effets gore surexploités dans nombre de productions récentes.

Dans World War Z, Brad Pitt prend les choses en main ! Cette propension à ne pas respecter la norme - tacite - des zombie flicks habituels peut en partie expliquer son mauvais accueil parmi les fans du genre. Comme moi, ils ont sans doute trouvé WWZ trop proche de la tambouille hollywoodienne de ces dernières années, s’appuyant avant tout sur des effets spéciaux numériques spectaculaires, au détriment d’une histoire en bonne et due forme. L’once d’originalité apportée par le film reste très limitée et peu risquée. Même si les ingrédients du genre sont mixés différemment, ils restent fondamentalement les mêmes… C’est un processus malheureusement commun à une grande part des cinématographies de ce début de nouveau siècle. Durant cette première décennie, c’est comme s’ils nous avaient incités à porter des lunettes à lentilles vertes (Michele fait sans doute référence à la 3D, plus que jamais généralisée quand il s’agit de blockbusters-ndr) afin que l’on pense que le plat de spaghettis carbonara que l’on déguste n’a pas le même goût… si ce n‘est que ça ne compense nullement l’absence de nouveauté !

Ajoutons à tout cela que, dans la plupart des cas, lorsque les acteurs - tel Brad Pitt - participent à la production d’un film, c’est très rare qu’ils s’avèrent capables de surmonter l’obstacle de leur propre narcissisme, se traduisant par une omniprésence à l’écran des plus ennuyante… Plus embêtant, World War Z est imprégné d’un racisme latent et d’une ambiguïté sexuelle peu assumée. Elle l’était beaucoup plus dans Entretien avec un vampire et force est de constater que les films dont Brad Pitt est la star sont souvent troubles de ce point de vue. Sauf que dans WWZ, l’ambiguïté sexuelle n’aboutit qu’à une forme primaire de machisme.

World War Z étale aussi lamentablement ses péripéties grotesques, comme le décès du Dr. Fassbach ou la rencontre entre Lane et l’agent du Mossad à Jérusalem. Et il y en a des tas d’autres… Décidément, WWZ n’est qu’un produit - appelons-le ainsi, il le mérite ! - et semble être davantage conçu pour provoquer l’antipathie du spectateur que pour l’impliquer réellement…

T'inquiète, Brad, tu es toujours aussi bien coiffé... (World War Z)

Mais malgré tout ceci, il ne faut se faire aucune illusion. World War Z est conçu pour cartonner (à plus forte raison sur le marché de la vidéo), malgré sa médiocrité flagrante et les défauts précités. Il risque de devenir le principal modèle à partir duquel les blockbusters de genre (zombie flicks ou autres) seront calqués.

On attendait beaucoup de ce World War Z, mais au jour d’aujourd’hui, mon seul espoir - qui est aussi, je le pense, celui des nombreux fans du genre - est tout de même de ne pas retrouver les même scories dans un prochain film de zombies. A plus forte raison s’il n’est pas américain !

Commentaires

Dans le monde de mon pote Michele Simonelli. A ce sujet, je ne le comprendrai jamais, même si pour moi, "La Horde" est une honnête série B. Tous les goûts sont dans la nature...

1er août 2013 | Par Alan Deprez

La Horde, un chef d’oeuvre ? Dans quel monde ?

30 juillet 2013 | Par

Ajouter un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage