Interviews

MADE IN ARGENTINA - I’ll Never die alone

24 mai 2009 | Par : Damien Taymans

Rage and revenge

I’ll never die alone (No morire sola en version originale) pose doublement question. D’abord parce qu’il s’agit d’un rape and revenge dans la plus pure tradition du film d’exploitation, tel que se déclina le sous-genre dans les seventies (I spit on your grave, La Dernière maison sur la gauche). Ensuite parce que le film émane de l’industrie argentine et qu’il s’inspire de faits (ou plutôt de cas) réels, comme l’explique le réalisateur : "Dans certaines régions en Argentine, de jeunes types, les fils des personnes importantes ou riches maltraitent et tuent des filles de classe inférieure."

Un système de castes qui permet aux nantis de s’amuser de filles plus mal classées socialement en toute impunité. Un sentiment de révolte à l’origine que le cinéaste Bogliano, déjà auteur de quatre films de genre low budgets, veut mettre au centre de sa pellicule, qu’il dote d’un style très proche du cinéma d’exploitation des 70’s, caméra quasi amateur et photo baveuse à l’appui. Et, à l’instar des modèles durablement érigés dans le panorama cinématographique dit de genre, I’ll never die alone ne déroge pas à l’habituel cadre champêtre, tellement en opposition avec l’acte vil qui est commis sur les victimes non consentantes. "Peu importe l’endroit où les personnages se trouvent et combien de personnes les entourent, explique Bogliano, ce qui importe en revanche c’est le personnage torturé lui-même et le manque de réactions des gens qui sont dans les environs."

L’INTERVIEW DU REALISATEUR

Votre film est un hommage aux rape and revenge des années 70. Vouliez-vous réactualiser un genre oublié au profit des survivals qui inondent les cinémas ?

Nous ignorions qu’un remake de La dernière maison sur la gauche serait tourné lorsque nous avons commencé le tournage de I’ll never die alone. Nous l’avons tourné dans les premiers mois de 2007 et nous nous sommes retrouvé coincés à cause du mixage de la musique jusqu’à il y a quelques mois. A mon sens, cela n’a rien d’étrange que plusieurs films abordant les mêmes thèmes émergent simultanément aux quatre coins du globe. Il y a actuellement une voire deux générations de réalisateurs qui ont été baignés dans les mêmes références. Nous pensons tous êtres originaux mais, un peu partout dans le monde, il y a beaucoup de monde qui découvre les mêmes films en VHS ou à la télévision, ou en double programme comme ce fut mon cas. C’est intéressant d’autant que j’ai vu il y a trois ans Hardcore de Dennis Illiadis (étant donné que le film a connu une sortie DVD aux Etats-Unis sous le même label que Rooms for tourists) et j’ai été impressionné par son incroyable talent.

Actuellement, la torture occupe le devant de la scène alors que le viol est généralement relégué au hors-champ ou simplement suggéré afin de ne pas heurter le politiquement correct. I’ll never die alone contient pourtant son lot de scènes crues et violentes. Vouliez-vous choquer le spectateur en le plaçant en position de voyeur ?

J’ai commencé à tourner mon premier film, Habitaciones para turistas, en 2000, au moment où les films d’horreur n’étaient pas aussi violents que ça. Mais, même si le film est sorti bien avant dans les cinémas aux States, on l’a ensuite comparé à Hostel. Et je pense que chacun de mes films passe pour quelque chose de choquant d’une certaine manière, mais selon moi, un film d’horreur doit déranger et en même temps entraîner le public. Je pense que si vous essayez juste de choquer le spectateur sans qu’il y ait quelque chose d’autre dans le film que de la violence, celui-ci ne dépasse pas le statut d’amusement. Mon but est de faire des films qu’on peut revoir sans être ennuyé. C’est compliqué parce que la plupart du temps, les réalisateurs argentins tendent à être explicites et didactiques quand ils touchent à un sujet important. J’ai voulu laisser flotter dans l’air beaucoup d’idées qui sont nées dès que j’ai commencé à imaginer ce film.

I’ll never die alone est basé sur des cas réels, puisque dans certaines régions argentines, de jeunes types, les fils des personnes importantes ou riches maltraitent et tuent des filles de classe inférieure. La combinaison était trouvée : c’est un film traitant d’un sujet très sérieux que j’ai conçu comme un véritable hommage en restant dans la tradition des films d’exploitation d’où il vient : le film essaie d’être choquant et raconte quelque chose sans pour autant être éducatif ou moralisateur.

Comment avez-vous convaincu les jeunes actrices de jouer dans votre film ?

C’était difficile car nous pensions à des actrices avec lesquelles nous n’avions pas travaillé auparavant et nous avons finalement réalisé que nous avions besoin de personnes qui connaissaient notre travail, notre mode de fonctionnement. Au même moment, les actrices ont réalisé qu’elles seraient au centre du film. Les violeurs n’apparaissent que peu à la caméra et la plupart du temps, on ne peut pas voir clairement leur visage. Le point de vue également, excepté quelques scènes dévolues au policier, est toujours celui des filles. Elles ont donc compris que c’était une aubaine de pouvoir adopter un jeu très différent des interprétations réalistes que l’on demande habituellement dans les productions argentines. Notre référence en matière d’interprétation était le cinéma japonais dans lequel les acteurs essaient d’être plus minimalistes au niveau du langage corporel, ce qui fait que l’explosion est d’autant plus forte lorsqu’ils sont sous tension.

Comme I spit on your grave, Délivrance ou La Dernière maison sur la gauche, le viol se produit en pleine nature. Est-ce plus violent quand le décor respire l’innocence ?

C’est une belle observation. J’ai en réalité opté pour ce cadre en référence avec les cas réels que j’ai déjà mentionnés. Pour moi, c’est l’endroit parfait pour raconter cette histoire de prédateurs, dans laquelle les rôles peuvent s’inverser et les victimes peuvent devenir des chasseurs. Mais d’autres films que j’apprécie particulièrement se déroulent en milieu urbain comme Ms. 45, Class of 1984, Un justicier dans la ville ou Extremities. Tous ces films pourraient être vus comme des œuvres fascistes mais ils reprennent surtout le principe de l’œil pour œil. Peu importe l’endroit où les personnages se trouvent et combien de personnes les entourent, ce qui importe en revanche c’est le personnage torturé lui-même et le manque de réactions des gens qui sont dans les environs.

I’ll never die alone est votre quatrième film de genre et surtout le plus violent de tous. Souhaitez-vous abandonner la forme du film d’horreur classique pour un style plus perturbant ?

Je suis conscient que ce film-ci est l’un des plus dérangeants, étant donné que le viol est l’un des sujets les plus délicats que vous pouvez aborder. Le côté formel abandonné dont vous parlez découle du fait parce que nous savions que nous travaillerions en référence au cinéma d’exploitation. Mais en même temps je pense que ces films d’exploitation des années 70 signifiaient quelque chose à leur époque et si vous souhaitez faire de même aujourd’hui, vous devez apporter quelque chose de neuf. Je pense que si je l’abordais de manière stylistique, nous aurions juste fait un film d’exploitation typique dans lequel le viol est juste un moyen d’injecter plus de sexe, ce qui rend le film inoffensif. Je ne voulais pas faire un film inoffensif mais plutôt pénible à regarder.

Que pensez-vous de votre sélection dans la catégorie 7ème parallèle au festival de Bruxelles ?

J’ai été choqué quand j’ai appris que j’étais en compétition avec de tels talents, plus spécialement les deux réalisateurs que j’adore, Shinya Tsukamoto et José Mojica Marins (alias Zé du Cercueil). C’est accablant non seulement d’avoir la chance de montrer ce film-là (c’est probablement le film doté du plus petit budget au festival) mais aussi d’être en concurrence avec de tels autres noms. Je reste stupéfié.

D’autres projets pour l’avenir ?

Nous avons effectivement quelques projets en route. Nous essayons de réaliser deux films avec un plus gros budget via l’Argentinean Film Institute mais nous continuons à réaliser ces petits films low budget également. Nous préparons une coproduction avec le festival du film d’horreur du Mexique Morbido. Le film s’intitule Masacre, esta noche et nous avons prévu de le tourner dans les mois qui suivent afin de le projeter à la deuxième édition du festival, en Octobre.

(Interview réalisée par Damien)

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