Interviews

MADE IN BELGIUM & FRANCE - AMER

3 avril 2010 | Par : Damien Taymans

Attention chérie, ça va trancher

Rendez-vous à L’Atelier, snack-sandwicherie de Ma Campagne à Bruxelles avec Hélène Cattet et Bruno Forzani, les co-réalisateurs du film franco-belge (ou belgo-français, c’est selon) Amer. Motivés comme pas deux, Sartana et moi avons entretenu la conversation pendant trois heures avec ces derniers qui nous ont avoué avec subi "une des interviews les plus sympas". Il faut dire qu’entre chaque question, Sartana plombait l’ambiance en nous livrant ses réflexions sur les gialli, sur son optimisme concernant le cours actuel du Dow Jones et sur ses insatiables pulsions fantasmatoires à l’égard de certains membres du staff du BIFFF (nous révélerons les noms contre cinq ChaCha®). Au fil de l’interview, il s’est en plus risqué à émettre quelques remarques douteuses sur le film, ce qui lui a valu des coups de sachets de sucre dans la tronche et de petite cuiller sur les mains. Voici un condensé de cette inoubliable entrevue :

Sartana : Le film a été terminé il y a combien de temps ?

HC : On a reçu la copie en fin septembre, juste avant sa première officielle au festival suédois de Lund. La première s’est très bien déroulée, l’accueil a été génial.

BF : Pourtant, on ne savait pas à quoi s’attendre : on n’avait aucun recul et certains distributeurs considéraient qu’il n’était pas assez commercial comme film. On a eut peur que les spectateurs se lèvent et s’en aillent. Et finalement, ils ont acclamé le film et l’ont adoré.

Damien : Comment est né ce film ?

BF : A la base, la partie centrale, celle de l’adolescence était un court-métrage. Avant de faire Amer, nous avions réalisé quatre courts-métrages dont trois auto-produits et un produit. Et celui qui avait été produit est resté une expérience frustrante parce qu’on ne s’est pas entendu avec la production. On s’est dit que si on faisait de nouveau un court-métrage, on le ferait sans argent, comme avant. Nous avions cette idée de court mais le mettre en scène sans argent était difficile et l’étirer sur un format plus long, c’était inenvisageable étant donné qu’il fonctionnait sur une quinzaine de minutes, pas plus. Etant donné que ce court se centrait sur une adolescente qui découvrait son corps et le désir qui l’habite…

HC : … on s’est dit qu’on pouvait le compléter avec l’enfance et l’âge adulte de cette même fille pour en faire un long métrage.

BF : Dans la deuxième partie, on voyait une esthétique proche de celle de Sergio Martino pour L’étrange vice de Madame Wardh par exemple.
HC : Bien que le côté érotique vienne lui des pinku…

BF : Notamment un film de Konuma dont on ne connaît pas le titre dont on a vu un extrait dans un documentaire de Nakata qui s’appelle Sadistic and Masochistic. Une séquence où une femme marche au milieu de yakusas. On a vu cette scène il y a plus de dix ans et, dans notre esprit, elle était différente de ce qu’elle est réellement. Du coup, quand on a construit cette séquence, on a eu peur de faire exactement la même chose. Puis, en revoyant la fameuse scène du docu, on s’est rendu compte qu’elle n’avait strictement rien à voir avec ce qu’on avait imaginé. Pour la première partie, Hélène voulait faire quelque chose de plus gothique et on voulait une version de la Goutte d’eau en free-jazz avec l’apparition du fantastique qui découle de l’inconscient de la petite fille. La troisième partie, c’était la partie giallo avec des influences comme Una lucertola con la pelle di donna (Le venin de la peur en français) de Lucio Fulci.

Sartana : Pourquoi avoir justement conservé ce vestige du whodunit alors que vous auriez pu rester sur un cet unique érotisme exploité jusque-là ? Parce qu’à ce moment-là, on s’en fout un peu du whodunit…

BF, s’énervant, un sachet de sucre à la main avec lequel il frappe Maxime : Comment ça, on s’en fout ?

HC : Ce qu’on aime bien, c’est d’utiliser l’iconographie du giallo tout en la détournant pour essayer d’en faire quelque chose de personnel afin de construire le personnage. Du coup, nous voulions utiliser la relation qu’il y a entre l’assassin et la victime dans le giallo pour établir un parallèle avec la relation qu’entretient notre héroïne avec son désir. C’est pour cette raison qu’on a usé ce lien assassin-victime.

BF : On trouvait aussi que dans la manière de raconter, c’était intéressant d’utiliser le whodunit mais sans en faire le but du film. Mais c’est vrai que certaines personnes à qui on a fait lire le scénario focalisaient sur cet aspect whodunit, qui n’était pas la finalité de notre métrage.

Damien : Le traitement des couleurs est particulier selon les étapes…

BF : On voulait que ce soit un film pop et hyper-coloré. Il y a donc une utilisation différente des couleurs selon les parties. La première, c’était l’utilisation de gélatine, à la Suspiria ou Mario Bava. La deuxième, des couleurs naturelles saturées un maximum pour faire ressortir des éléments de décor ou de costumes. Dans la troisième, c’était la nuit américaine qui créait un lieu entre réalité et fantasme.

HC : Rien n’a été improvisé. On disposait de 39 jours et nous devions intercaler 900 plans. Nous devions carburer et nous nous étions préparés bien à l’avance en faisant un résumé plan par plan de ce que nous voulions.

BF : Comme il y avait autant de plans, on ne voulait pas que ça s’essouffle pendant le film, donc on a dû bien préparer. Comme on avait beaucoup d’argent et qu’il fallait le faire assez rapidement, on a craint d’être fatigués et faibles certains jours.

HC : D’autant que comme nous avions défini la cohérence au niveau des plans, l’abandon de tel ou tel plan entraînait que d’autres disparaissent. Notre Bible et nos essais d’avant tournage nous permettaient de pallier les problèmes et de se rassurer un peu au cas où quelque chose serait modifié.

Damien :Comment s’est passée la phase de production ?

HC : Nous avons rencontré Eve (Commenge – ndlr) sur le dernier court-métrage que nous avons fait et qui avait été une expérience pénible. Elle était directrice de production et nous nous étions bien entendus avec elle. Elle a lu le projet, l’a aimé et a ouvert sa boîte pour pouvoir lancer le projet. C’était un sacré pari de produire ce type de film en Belgique.

Sartana : Et en France, vous avez été chercher le gars qui veut faire du cinéma de genre avec François Cognard… Vous souhaitez continuer avec eux ?

De concert : Ah ben oui, évidemment…

Au niveau de la projo de Gerardmer, comment ça s’est passé ?

HC : C’était un peu violent. La moitié de salle avait adoré, l’autre avait détesté. Du coup, les gens s’engueulaient dans la salle, pendant le film, en sortant. On est arrivés un peu à la fin et on a entendu que tout le monde discutait.

Sartana : Je trouve la musique formidable bien que le dernier morceau vienne plutôt du poliziottesco, ce qui crée un certain décalage…

BF (après avoir donné un nouveau coup de sucre) : On a voulu utiliser cette musique-là à l’heure actuelle, à un premier degré. Et donc le challenge était d’arriver à la rendre encore belle et efficace tout en l’utilisant pour ce qu’elle était. Parfois, à deux images près, on se rendait compte que telle musique fonctionnait en décalage, presque à contretemps.

Sartana : Bon, ok, j’ai changé d’avis.

Damien : Mais quel faux-cul ! Vous pourriez-nous dire un mot sur votre nouveau projet ?

BF : Déjà, ce sera à Bruxelles, nous voudrions utiliser l’Art nouveau de la ville. Ca fonctionnerait un peu comme un binôme avec Amer et on l’appellerait Omer (rires). C’est davantage centré sur un type d’enquête, quelque chose de plus classique.

Hc : Plus pour jouer sur le côté détective… Nous sommes en fait toujours en cours de réflexion par rapport au sujet, nous en discutons entre nous et essayons de nous mettre d’accord.

BF : Nous exploiterons plus le côté fantasmatique masculin et nous travaillons actuellement dessus. Nous voulons vraiment faire ce truc sur Bruxelles car toute notre équipe habite ici, ceux avec qui nous faisons nos courts-métrages depuis dix ans.

Sartana : Vous n’avez pas tenté d’avoir des guests dans votre film ?

HC : Au départ, on avait écrit le rôle de la mère en pensant à Edwige Fenech quand même…

BF : Y en a quelques-uns avec qui on rêverait de tourner. Mais on aime beaucoup faire des films avec des gens pas très connus.

HC : Oui, et bon, c’est une star, Edwige aussi… (rires)

Damien : Le choix qui tue…

Plutôt Eros ou Thanatos ?

BF : Eros

HC : Thanatos

BF : Parce que le sexe c’est bien !

HC : Parce que la mort, c’est mieux !

Plutôt giallo ou rosso ?

Les deux : giallo

Plutôt Argento ou Mario Bava ?

BF : Argento, parce qu’il a consacré le travail de Bava. Comme si Bava avait posé les bases et Argento avait construit le reste.

Plutôt couteau ou lame de rasoir ?

Les deux : Lame de rasoir.

BF : Ca tranche mieux

HC : Ca rase mieux surtout !

Plutôt Belgique ou France ?

BF, après une longue hésitation : Les deux !

Oui, tu te mets à dos, soit Eve soit François…

BF : Ok, ben je réponds l’Italie alors…

(Interview réalisée par Damien et Sartana)

(Remerciements à Bruno et Hélène pour leur dynamisme éclatant, Eve Commenge, pour sa disponibilité et son amour du cinéma et Dirk, du festival Offscreen)

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