Interviews

MADE IN BELGIUM/FRANCE/USA - The Incident

4 juillet 2012 | Par : Quentin Meignant

Quand un clippeur entre avec brio dans l’horreur...

Auteur d’un très beau parcours dans les festivals européens qui l’a notamment mené à Gérardmer et Bruxelles après une première mondiale sur le sol canadien lors du TIFFF, The Incident, le premier long-métrage d’Alexandre Courtès, clippeur mondialement connu, sort aujourd’hui en DVD et Blu-ray sous la bannière de M6 Vidéo. Encore prévu lors du tout prochain NIFFF, qui se déroulera du 6 au 14 juillet prochain, le film a marqué les esprits et peut même se targuer d’avoir été exploité en salles outre-Atlantique sous le titre d’Asylum Blackout.

Si Alexandre Courtès reconnaît que « faire du cinéma n’était pas une fin en soi », l’homme est néanmoins ravi du parcours effectué jusque là et notamment de la bonne tenue du film lors du BIFFF 2012, où « le public est extrêmement chaud », événement au cours duquel il s’est confié à nous. Ne reniant guère ses influences carpenteriennes, le cinéaste affirme néanmoins s’être « construit ses propres influences au fil des années » tout en avouant qu’Assault « demeure une référence majeure ». Fort d’un casting anglais, car « pour bénéficier du tax shelter, le film se devait d’être résolument européen », mais aussi belge, avec les présences de Philippe Résimont, Damien Marchal,… dans la volonté d’avoir « de vraies gueules », The Incident détourne totalement les codes du slasher classique. Fier de cette « originalité qui fait de ce film un ensemble qui est mien », Alexandre Courtès loue notamment le script de base qui lui a été présenté par Craig Zahler ainsi que le travail de Roy Lee et Doug Davison, producteurs qui lui ont « laissé toute la liberté possible pour créer mon film ».

Doté d’impressionnants décors d’une froideur incroyable, The Incident constitue donc une œuvre à mi-chemin entre l’hommage et l’originalité qui dépeint un univers horrifique prenant place en 1989, « époque qui évite la prépondérance des téléphones portable bien entendu mais qui, surtout, m’a permis de me régaler au niveau du style, notamment vestimentaire et des accessoires », confie Courtès, qui affirme que le choix « de protagonistes principaux « rockeurs est un clin d’œil à sa carrière de clippeur » qu’il ne « compte pas mettre entre parenthèses », tandis que le fait qu’ils soient cuistots « permet de relier chaque meurtre au domaine de la bouffe, une des lignes conductrices ».

Auteur depuis des Infidèles en compagnie de Gilles Lellouche et Jean Dujardin, ce qui constitue « un fameux tremplin dans le domaine du cinéma et une belle expérience de comédie », Alexandre Courtès fait en tout cas partie des cinéastes à tenir à l’œil, d’autant qu’à « seulement quarante ans », il espère « encore tourner de nombreux films », « notamment, pourquoi pas, un film de science-fiction ».

Toujours est-il que The Incident est une première réussite maîtrisée dans le domaine du cinéma de genre qui ne demande désormais qu’à s’offrir à vous (voir le lien vers la boutique M6 en bas de l’article ou sur l’image du DVD). Pour rappel, le film suit trois rockeurs en mal de reconnaissance qui payent leurs factures en cuisinant pour les patients très dangereux d’un asile psychiatrique de haute sécurité. Une nuit, alors qu’une violente tempête fait péter tous les plombs, le trio va devoir trouver un moyen de se frayer un chemin hors d’une forteresse transformée en véritable enfer sur terre...

INTERVIEW COMPLÈTE D’ALEXANDRE COURTÈS (RÉALISATEUR DE THE INCIDENT)

Alexandre Courtès, bonjour. Les fantasticophiles vous connaissent encore assez peu puisque The Incident est votre première intervention dans le genre. Avant cela, vous avez étudié l’art graphique à l’Ecole Penninghen de Paris. Arriver au cinéma, était-ce une fin en soi ?

Une fin en soi, je ne sais pas trop. C’était un désir en tout cas. Cela fait longtemps que j’aime le cinéma et que je voulais en faire. Et je n’en suis pas encore à la fin, enfin, j’espère vu que je n’ai que 40 ans.

Vous avez notamment travaillé en tant que clippeur avec de nombreuses célébrités comme Daft Punk, U2, The White Stripes,… Avez-vous fait le tour du domaine ou vous y attelez-vous encore avec plaisir ?

Oui, bien sûr. J’en ai encore fait un qui est sorti hier (lisez le 13 avril – NDLR) pour Sébastien Tellier, qui est assez rigolo, « Cochonville » (voir le clip). Et sinon j’ai encore fait Justice en début d’année. De temps en temps, c’est bien de revenir aux sources. Je vais donc alterner si je trouve les projets intéressants.

En 2012, vous avez aussi participé à la réalisation des Infidèles avec vos amis Gilles Lellouche et Jean Dujardin. Cela constitue un fameux tremplin dans le monde du cinéma. Avez-vous déjà d’autres projets en attente ?

Oui, en tout cas beaucoup plus que The Incident pour l’instant. Avec un Jean Dujardin qui venait de recevoir l’Oscar, il y avait un gros gros buzz. Par contre, ce qui est cool, c’est que cela m’a permis de faire une comédie et c’est un truc que j’aime bien aussi finalement.

Et justement, avez-vous d’autres projets en attente ?

J’ai des projets. Pour l’instant je développe des idées mais il n’y a encore rien de concret.

The Incident, tourné en 2011, est un thriller horrifique doté de scène assez gores. Etait-ce une volonté pour vous de débuter dans le domaine de l’horreur ?

Ce n’était pas vraiment une volonté de commencer dans ce domaine. C’était tout d’abord une rencontre avec un producteur et il ne s’agit pas d’un scénario que j’ai écrit. C’est un scénario que l’on a découvert et qui me semblait vachement bien. Il me semblait aussi que je pouvais le faire moi. Après, ce que j’aime bien, ce sont les films de genre et je ne refuse pas l’idée de faire un jour un film de science-fiction. C’est un domaine que j’aime beaucoup. Les films de genre, il y en a beaucoup et il y a plein de genres que j’aimerais explorer : le film noir, le conte fantastique, une comédie fantastique,…

Le script de The Incident émane de Craig Zahler. Qui est venu vous trouver pour le mettre en scène. Avez-vous accepté de suite ? Avez-vous procédé à une réécriture vous-même afin que l’intrigue colle plus avec ce que vous aviez l’intention de faire ?

On a tout d’abord demandé une réécriture et j’en ai fait une aussi avec un autre scénariste.

La première mondiale de The Incident a eu lieu au TIFFF en septembre de l’année passée. Depuis il est passé à Gerardmer et maintenant à Bruxelles. Etait-ce l’un de vos objectifs de faire le tour des festivals ?

Écoute, si on m’invite, bien sûr que oui (le film est programmé dans quelques jours au NIFFF – NDLR).

A ce titre, comment le film est-il accueilli en général ?

Plutôt bien. Notamment à Gerardmer où il a été bien accueilli. J’ai été un peu déçu de ne pas être en compétition là-bas. Mais, ici, au BIFFF, je suis enfin en compétition.

Comment trouvez-vous l’ambiance, ici, au BIFFF ?

Nulle, nulle ! (rires) Non, non, très bien. Non, c’était très chouette. On m’avait averti qu’il fallait que je chante une chanson et je pense avoir bien choisi. Et ça s’est très bien passé. Déjà à Gerardmer j’avais été prévenu que les gens bougeaient un peu pendant la séance mais pas autant qu’ici, c’est certain…

The Incident a été tourné entièrement en Belgique. Dans quel endroit exactement ? Les lieux sont-ils vraiment aussi stressants en réalité que dans votre film ?

L’intérieur, ça a été fait à côté de la gare du Midi dans un entrepôt qu’on a adapté à notre scénario. A ce titre la déco a vachement bien bossé entre autres, comme les autres équipes car ça a été super de travailler ici avec eux. Mais la déco, ils ont vraiment fait un travail fantastique car on a tout recréé pratiquement. La cuisine, par exemple, n’existe pas. Tout ce qu’il y avait en fait dans cet endroit se résume aux poutres, au plafond et au sol. Et tout le reste après, on a fait les murs, on a construit tous les endroits présents dans le scénario. Donc, c’est un endroit qu’on a fait sur nos références. Quant à l’extérieur, il s’agit en fait d’une sorte de petit village d’entreprises situé à une heure de Bruxelles.

Est-il facile de convaincre des producteurs américains de venir tourner ici, en Belgique ? D’autant qu’il s’agissait tout de même de Roy Lee et Doug Davison.

Oui, car en fait ils étaient plutôt contents grâce au Tax Shelter. (rires) En fait, par rapport à des soucis de production, il fallait que ce soit un film européen. Donc, pour le tourner en anglais, il a fallu trouver des acteurs plutôt Anglais qu’Américains. C’était un bon choix économiquement et artistiquement puisque, encore une fois, Artémis, avec qui on a bossé et les équipes sur le tournage étaient extras.

Comment a fonctionné votre collaboration avec ces grands messieurs que sont Roy Lee et Doug Davison ?

Ils ne sont pas venus en Belgique et on a avant tout parlé par téléphone. Ils ont relu le script, vu une partie des images, ils m’ont donné des conseils et on a discuté. Ils m’ont surtout laissé un peu libre de faire ce que je voulais.

The Incident s’éloigne du slasher classique car les patients agissent intelligemment et ne sont pas de simples machines à tuer. Pourriez-vous nous en dire plus concernant ceux-ci ?

Déjà, j’étais bien content de trouver un scénario qui joue avec le cinéma de genre sans en reprendre tous les clichés. C’était plutôt intéressant pour moi de faire quelque chose d’original. En plus, j’avais peur de ne pas être un super-nerd dans tout le genre, d’utiliser ces codes-là et de ne pas faire comme il fallait. J’étais donc bien content de proposer quelque chose d’original qui serait mien surtout. Pour les malades, c’était bien d’avoir des situations inédites. Ce qui était aussi marrant, c’était un peu cet aspect arroseur-arrosé, bref les cuistots cuisinés. Tous les meurtres ont en tout cas un rapport avec la bouffe.

L’action du film de déroule en 1989. Pourquoi cela ? Serait-ce aussi pour éliminer l’impact des téléphones portables sur l’intrigue ?

C’est clair qu’il fallait éviter l’impact des téléphones portables mais en plus cela me plaisait au niveau artistique. Pouvoir donner des fringues avec un petit style en plus aux protagonistes, avoir les vieux téléphones comme on aime en voir dans les films, tout un petit truc de stylisme qui pouvait apporter plus qu’un univers contemporain.

Le fait que les personnages soient des rockeurs n’est pas non plus anodin ?

Non, c’est clair et en plus cela m’a amusé cette sorte de clin d’œil à ma carrière de clippeur. Pouvoir utiliser ça dans un autre domaine, c’était une liaison que je trouvais marrante.

Une grosse partie du casting des malades est belge. Comment avez-vous fait ? Un appel au casting ou aviez vous déjà des noms ?

Il y a deux catégories de dingues dans le film : ceux qui parlent et ceux qui ne parlent pas. Bien entendu, certains noms, comme ceux de Résimont ou Nys étaient déjà connus de nous, d’autres ont été pris pour leur « gueule ». En tout cas, je n’ai pas du tout été déçu par ce casting belge.

Quelles ont été vos influences pour mettre en scène The Incident ?

Je n’ai pas vraiment eu d’influences même si celle de Carpenter plane bien entendu sur le film. Maintenant, je sais quelles images j’aime mettre en boîte depuis que je le fais. En fait, à part Carpenter et notamment Assault, j’essaie surtout de me faire plaisir. En fait je pense que mes influences, maintenant que ça fait 10-15 ans que je tourne, commencent à se mélanger et à se faire miennes. Je ne pense pas constamment à tel ou tel plan de référence. Mais je vois des images par-ci, par-là. Mais j’aime bien le côté Carpenter de mon film pour l’aspect bref, efficace, rapide. C’est un peu le chouette cadrage et aussi le côté un peu rock de Carpenter que je reprends.

(Interview réalisée par Quentin Meignant durant le BIFFF 2012. Un grand merci au service presse du BIFFF.)

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