Interviews

MADE IN CANADA - Territoires

8 juin 2011 | Par : Damien Taymans

Les invasions barbares

Lauréat de la compétition Thriller du défunt BIFFF, Territoires sort sur les écrans français ce 8 juin 2011. L’occasion était trop belle pour ne pas revenir à la charge auprès du réalisateur du film, Olivier Abbou, signataire de Madame Hollywood diffusé en son temps sur Canal +. Autre lieu (le Canada), autre contexte (ici des douaniers un poil xénophobes maltraitent de potentiels envahisseurs) pour une tension tout aussi dense. Alors pour ceux qui n’auraient pas de quoi se payer l’aller-retour pour Cuba afin de visiter les vestiges de Guantanamo, Territories vous offre pour pas cher un aller simple vers l’enfer. Enfilez vos salopettes orange et venez goûter aux joies de la condition animalière...

Comment est né le script de Territoires ?

Je sortais d’un téléfilm pour Canal +, intitulé Madame Hollywood que j’avais écrit avec Delphine Bertholon, sorte de giallo moderne en huis-clos, sur lequel, malgré le peu de moyen, je m’étais bien amusé. Je voulais vraiment remettre ça.

J’ai donc parlé à un ami romancier et scénariste, Thibault Lang-Willar, de mon envie de faire un film de genre mais dont le background serait politique. Pourquoi ? Parce que je me rends bien compte que tout ce cinéma de genre américain des années 70, (ou même le polar français), le cinéma B en général, que j’adore, était porté par une volonté de témoigner de la société américaine à cette époque. Ces dernières années le film de genre est à 95% devenu un spectacle de fête foraine, dénué de toute portée politique ou de regard sur le monde. Il n’y a qu’à voir le nombre de remakes pâles et insipides produits et leurs originaux pour le comprendre. Ca n’est que le genre qui se regarde le nombril et reproduit à l’infini le même type de schéma. .

Lang-Willar m’a alors téléphoné et m’a dit « des douaniers arrêtent d’innocents citoyens américains à la frontière avec le Canada, les obligent à enfiler des combinaisons oranges et les enferment dans des cages ».

J’ai adoré ! On avait un cadre, des vrais personnages de méchants (qui ne détestent pas les douaniers ?!) et Guantanamo en background ! Restait plus qu’à écrire…

Quelle est la part de réalité qu’entretient Territoires avec les tortures assénées aux prisonniers de Guantanamo ?

Je pense que personne ne découvrira quoi que soit sur les « faits » en regardant Territoires. Ca n’est pas sa vocation. En revanche sur le comment peut être… Nous avons tous en tête les images de Guatanamo, d’Abou Grahib. Elles font partie maintenant de notre « conscient » collectif. L’idée était de transposer dans le cadre d’un film de genre les traitements infligés aux prisonniers à Guantanamo et de se retrouver, sans en faire plus, dans un film d’horreur ! Nous nous sommes concentrés sur les moyens mis en œuvre pour désorienter, désensibiliser, ôter l’humanité des prisonniers afin de les préparer aux interrogatoires. Nous nous sommes documentés, nous avons beaucoup lu sur la torture physique et psychologique, l’origine de ces pratiques… et tout ce qui apparaît dans Territoires est fidèle à la réalité (à part le marquage au fer). La plus grande autoproclamée démocratie du monde, chantre de la liberté, leader du monde occidental, pratique la torture à grande échelle sans que cela ne provoque finalement plus de remous que ça. Guantanamo est camp dans lequel le droit n’existe pas et la Loi abolie… où finalement les prisonniers n’existent pas. Une faille spatio-temporelle. Ca n’est pas rien ! C’est un concept formidable… Un Guantanamo bis, mais beaucoup moins médiatisé, jamais visité par aucun avocat ou association, existe en Afghanistan : le camp de Bagram, rénové récemment par Barack Obama…

Mais Territoires évoque les humains qui se cachent derrière les « bourreaux ». De quel monde sont-ils les enfants ?

A côté des stroboscopes, de l’enfermement, du marquage au fer rouge, n’aviez-vous pas envie de recourir une nouvelle fois à la perceuse pour torturer les personnages, comme c’était le cas dans l’une des séquences de votre mini-série Madame Hollywood ?
Non, ça va ! Je crois que je me suis suffisamment, en tout cas pour l’instant, exprimé avec la perceuse ! En revanche, l’héroïne de Madame Hollywood refusait d’obéir et de se marquer au fer rouge. Je suis allé au bout dans Territoires !

Comment s’est passée la phase d’écriture du scénario, rédigé à quatre mains ? Comment vous êtes-vous réparti les rôles lors de la rédaction de celui-ci ?

Ecrire à quatre mains n’est pas un problème, je n’écris jamais seul, parfois nous sommes trois (comme sur Yes We Can), parfois quatre ! (comme sur le film que je souhaiterais faire après…). Il n’y a pas de répartition du travail : nous écrivons tout ensemble. Nous nous enfermons autour d’une table basse, écoutons de la musique, mangeons, regardons des films et écrivons !

Vous ne ménagez pas vos acteurs. Après les tortures psychologiques infligées aux héroïnes de Madame Hollywood, les victimes de Territoires subissent mille et un sévices. Certains de vos acteurs ont-ils souffert de ces conditions de tournage ?

Mais Territoires n’est pas du tout un torture porn ! Faire de la surenchère gore ne m’intéressait pas. D’autant que je reste persuadé que travailler sur l’identification du spectateur et sur le hors-champ est nettement plus payant. C’est un travail sur les sensations a dirigé toute la mise en scène et qui a forcément déterminé les choix esthétiques que nous avons fait avec Karim Hussain, le chef op’. Notre travail a toujours consisté à faire ressentir plutôt qu’à montrer. A faire ressentir très violemment parfois, mais c’est le sujet du film. Le son a évidemment joué un grand rôle dans cette démarche. De plus, je pense que c’est film qui peut largement dépasser les fans de genre. Territoires est un thriller psychologique qui met en perspective des évènements politiques récents. C’est une farce violente et absurde sur notre monde. Mais je ne sais pas si l’humour sera perçu derrière le nihilisme !

Quant aux acteurs, non, même si les conditions étaient parfois difficiles (la nuit, le froid dans les forêts près de Montréal en novembre…), l’ambiance a été toujours été très bonne ! On s’est finalement beaucoup amusé…

Pour votre premier long métrage, vous attaquez un tournage en langue anglaise au Canada. Ce « déracinement » a-t-il nécessité un temps d’adaptation sur cet autre « territoire » ?

Pas vraiment ! J’ai toujours eu très envie, alors que je ne connaissais pas, d’aller au Québec, à Montréal. L’accueil y était très sympathique et mes collaborateurs tous talentueux et extrêmement professionnels. Montréal c’est un peu l’Europe et un peu l’Amérique, un territoire vraiment à part, que j’ai beaucoup aimé. J’aimerais vraiment y retourner pour réaliser un autre film.

Le film est monté par Douglas Buck, réalisateur du très dérangeant Family portraits. Comment est-il arrivé sur ce projet ?

C’est Karim Hussain, le chef’opérateur (avec qui j’ai aussi travaillé sur Yes We Can cet hiver…) qui me l’a présenté. J’étais assez impressionné à l’idée de rencontrer Douglas dont j’avais été très impressionné par Family Portraits. Douglas est venu à Paris pour monter Territoires. C’était vraiment une collaboration formidable. En plus d’être un excellent réalisateur, c’est un monteur très doué… et un ami !

Pouvez-vous nous dire un mot sur votre prochain film, Yes we can ?

Yes We Can est une fiction pour Arte, produite par Gilles Galud (avec qui j’ai fait Madame Hollywood). C’est l’histoire de deux losers qui ont un soir une idée de « génie » pour se refaire : partir au Kenya kidnapper la grand-mère de Barack Obama et demander une rançon à la Maison Blanche ! C’est une comédie complètement délirante, régressive, une tentative de faire pont entre la comédie française de duo des années 70, 80 et les frères Farrelly, le tout filmé comme Curb your Enthusiasm ! Les deux personnages sont interprétés par Vincent Desagnat et Loup-Denis Elion (Scènes de ménage sur M6).
Après Territoires, cela peut sembler un virage à 180°, mais l’Amérique s’avèrent encore être au cœur du film…

Comment avez-vous vécu la projection du film au festival de Bruxelles ?

C’est un génial exercice d’humilité pour un réalisateur. Les gens parlent, crient, rigolent sans cesse. Ils dialoguent littéralement avec le film ! C’est assez fou, mais cela permet aussi de prendre du recul sur son travail et de regarder le cinéma pour ce qu’il est aussi : de la fête foraine ! En ce qui concerne l’humour noir de Territoires, rien n’aura échappé au public du BIFFF ! Et en soit, c’était plutôt exceptionnel !

Heureux du prix de la compétition Thriller récolté au BIFFF ?

Evidemment ! Très heureux ! C’est encourageant pour la suite… J’espère vraiment pouvoir le montrer le film au quatre coins du monde…

Commentaires

Cet article a simplement répondu à mes questions . Je n’avais pas du tout cette façon de faire ce genre de problématique j’ai l’impression que je vais gagner en autonomie. cool !

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2 mars 2012 | Par Suk

Vu au bifff et bien aimé. le début du film est vraiment terrible !!!!

8 juin 2011 | Par jp22

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