Interviews

MADE IN FRANCE - 8th wonderland

31 mai 2009 | Par : Damien Taymans

Comment combattre un pays qui n’existe pas ?

Présenté au Marché du film à Cannes l’an passé, 8th wonderland était étrangement sélectionné pour la catégorie 7ème parallèle du BIFFF cette année-ci. Étrangement ? En réalité, pas tellement, étant donné que la pellicule s’insère parfaitement dans la vague de l’anticipation en décrivant une société alternative sise sur une plateforme Internet. Le site en question est peuplé d’une communauté de gens désireux de voir évoluer les choses, généralement déçus par les gouvernements de leur pays respectif. De cette conjonction d’individus revanchards et déboussolés naît un nouvel état, très justement rebaptisé huitième merveille du monde. Quelques idées couillues, une bande d’individus aussi burnés que leurs idées et le tour est joué : les façades des églises du Vatican se couvrent de distributeurs de capotes et des footballeurs pros se retrouvent à confectionner de leurs petites menottes des paires de baskets à l’autre bout de la planète.

Irrévérencieux à souhait, 8th wonderland ne joue pourtant pas trop aisément la carte de la moralisation, les cinéastes (et scénaristes) Jean Mach (déjà auteur du script d’Aquarium) et Nicolas Alberny préfèrent se poser en retrait de l’organisation qu’ils couvrent et ne jamais tomber dans la facilité manichéenne. On a voulu que ce site ne soit pas qu’une utopie, explique Alberny, on a donc décrit quelques dérives qui lui sont inhérentes : on n’arrive pas bien à distinguer qui est du côté du bien ou du mal. A aucun moment, le gouvernement n’est pointé comme une entreprise maléfique où il n’y aurait que des gens corrompus. Une distanciation qui les honore tant on connaît l’aisance avec laquelle des oeuvres jouant sur la démagogie outrancière ont été surprimées.

Film intelligent et subversif, 8th wonderland a reçu une mention spéciale au BIFFF 2009 pour l’originalité de ses idées et son audace visuelle. Une mention qui illustre parfaitement l’étonnante capacité de ce petit bout de film, bricolé pour un budget qu’on devine dérisoire.

L’INTERVIEW DU REALISATEUR

Avis de tempête, Zombi woof, Helium killer, Forgotten King kong, autant de courts qui abordent le genre fantastique ou l’anticipation. Le cinéma dans lequel tu as été baigné ? Quelles sont tes références ?

Les premiers films que l’on m’a fait voir étaient pour la plupart des films fantastiques. Souvent, après on va vers d’autres genres, surtout quand on est à la fac de cinéma et qu’on est aiguillés par les profs qui vous répètent que le fantastique n’est pas le bon cinéma. Mais je ne l’ai quand même jamais quitté et il m’a guidé pour mes courts métrages qui ne sont pas toujours ouvertement fantastiques mais dont les influences le sont en tout cas…

Tu avais déjà collaboré en tant que compositeur sur Par l’odeur alléché de Jean Mach. Votre premier travail ensemble ? Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Nous venons tous deux de Montpellier. C’est un petit microcosme, y a pas tellement de monde qui y fait du cinéma donc tout le monde se connaît plus ou moins. Après quelques discussions avec Jean, nous avons compris que nous avions plus ou moins les mêmes idées, on appréciait le travail de l’autre également. C’est comme ça que s’est formée la collaboration. Et nous ne nous sommes toujours pas fâchés l’un avec l’autre, donc ça va…

Comment est née l’idée de faire 8th wonderland ?

Elle est née d’une scène, qui est d’ailleurs la scène-choc du film, celle qui se passe en confrontation avec le G8. Tout est parti de cette scène avec l’idée d’en faire un court-métrage. Mais dans la soirée, on a élaboré le concept du site et on a eu l’idée de l’intégrer dans cette histoire et donc, d’en faire un long. La genèse du film est donc venue sur une soirée. Par la suite, on a regardé les informations pendant trois mois et, comme il y avait matière à exploiter, on a planché sur l’écriture. Ca remonte à il y a quatre ans et on constate que malheureusement les informations n’ont pas évolué depuis et que ce qui était d’actualité à l’époque l’est toujours aujourd’hui. Ce qui fait que même si le film n’est pas sorti entretemps, il n’est pas démodé.

Quel était le budget de 8th wonderland ? Et de quels moyens logistiques disposiez-vous ?

On n’avait pas énormément d’argent puisque les organismes officiels nous ont refoulés pour la plupart. Nous avons donc fait appel à des fonds privés, souvent venant de mécènes. Ensuite, il y avait pas mal d’effets spéciaux donc, en post-production, nous avons reçu quelques aides très utiles. Mais le budget n’était pas entièrement bouclé quand on a entamé le tournage : nous disposions juste de quoi démarrer et faire le tournage.

Au niveau technique, on a tourné avec une grosse équipe pendant trois semaines et ensuite, la semaine suivante, nous avons fait toutes les webcams que l’on peut apercevoir dans la salle virtuelle puisque c’était juste des plans fixes, sans direction d’acteurs et qu’ils ne nécessitaient pas une grande équipe.

Vous avez fait appel à des figurants pour le film qui ne devaient que se filmer devant leur ordinateur pendant une vingtaine de secondes. Une action qui a reçu beaucoup d’engouement ?

Nous avons reçu 150 vidéos en tout. Nous avons complété avec quelques vidéos de nous-mêmes afin d’arriver à un nombre de 200. Beaucoup de gens ont joué le jeu et se retrouvent dans le film. Malheureusement, on ne pourra pas tous les créditer parce que 150 noms au générique, déjà qu’il y a énormément d’acteurs… Ils figureront dans le bonus DVD.

A l’heure où la plupart des œuvres de genre françaises se cantonnent plutôt à des survivals en général remplis de gore, vous créez une œuvre crédible, anticipant des dérives potentielles. Envie de bousculer un peu le panorama du ciné actuel ou plutôt de délivrer un message ?

Au niveau de la diversification, ce n’était pas du tout volontaire. On aurait très bien pu partir sur un concept de film d’horreur étant donné notre amour du genre. En ce qui concerne l’envie de délivrer un message, c’est vrai qu’on aime ce genre de film qui fait directement référence au cinéma des années 70 dans lesquels il y avait souvent de l’anticipation mêlée à un fond social et politique assez présent. En l’occurrence cet hommage à ce pan cinématographique que nous affectionnons est quelque peu réactualisé vu que le film aborde la structure d’Internet.

Le casting est rempli d’inconnus mais peuplé de quelques caméos de gens connus en France (Nikos, Amanda Lear, Julien Lepers). Etait-ce une manière de rendre plus crédible encore l’intrigue ?

On avait l’idée à la base, comme il y a beaucoup d’images qui sont relayées par les médias, de crédibiliser un petit peu l’histoire en prenant une star dans tous les pays respectifs qui apparaisse à l’écran : Nikos pour la Grèce, Amanda Lear pour l’Italie et Julien Lepers pour la France. Mais on n’a pas pu avoir d’autres personnes et on a donc abandonné l’idée en cours de route. Mais ils ont donné leur accord et ont vraiment leur place dans le film.

Vous aviez essayé du côté des JT français ?

Oui, on avait tenté avec PPDA me semble-t-il. Je pense qu’il serait plus disponible actuellement mais, à l’époque, ça n’avait pas pu se faire. On devrait peut-être retourner quelques scènes (rires).

Le site internet de 8th wonderland est sublimement construit. Celui réel qu’on trouve sur la toile n’est pas de cette teneur. Votre webmaster a connu des problèmes judiciaires entre-temps ?

(Rires) Non, pas du tout. On les voit au début tchatter tel que ça se passerait réellement et ensuite, l’image de la salle virtuelle telle qu’elle nous est renvoyée, est une extrapolation que eux-mêmes formulent. On est en réalité dans leur esprit. Un site ne peut pas fonctionner comme ça actuellement : la technologie n’est pas assez avancée. En ce qui concerne notre site internet, il n’est pas fini, il est en cours de construction mais il reprendra quand même pas mal d’étapes qui sont présentes dans le film, notamment le design.

J’ai recueilli quelques réactions à la sortie de la salle. Si tout le monde s’entendait sur les qualités indéniables du film, certains pointaient son aspect démago. N’est-ce pas un des écueils inévitables sitôt qu’il y a dénonciation ?

On a essayé de travailler afin d’être le moins moralisateur possible. Maintenant, il est clair qu’on tombe dans cet écueil quand on essaie de dénoncer des dérives. On a voulu que ce site ne soit pas qu’une utopie, on a donc décrit quelques dérives qui lui sont inhérentes : on n’arrive pas bien à distinguer qui est du côté du bien ou du mal. A aucun moment, le gouvernement n’est pointé comme une entreprise maléfique où il n’y aurait que des gens corrompus.

Une sortie en salles est-elle prévue ?

Oui, le 10 janvier 2010 normalement.

Comment avez-vous trouvé l’accueil réservé au film ici à Bruxelles ?

Je voulais venir au BIFFF, j’avais envie de voir ce festival et j’adore les films de genre, donc je suis vraiment dans mon élément ici. L’ambiance est terrible : le public est participatif. Dans le bon sens du terme en ce qui concerne la projection de 8th wonderland. Il a même applaudi alors que la salle était assez stoïque à d’autres projos et puis la salle ne s’est pas vidée, ce qui est une autre bonne surprise. J’avais simplement peur que le film ne soit pas à sa place étant donné qu’il n’est pas ouvertement fantastique ni horrifique.

(Interview réalisée par Damien au BIFFF 2009)

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