Interviews

MADE IN FRANCE - Blackaria

3 décembre 2009 | Par : Gore Sliclez

French Giallo

Le Giallo n’est pas mort ! François Galliard et Christophe Robin de chez School’s Out veulent nous le faire savoir à travers leur premier long métrage commun intitulé Blackaria, un vibrant hommage (selon la formule d’usage...) à ce genre qui fit les beaux jours du cinéma italien il y a une trentaine d’années. Le slogan sur l’affiche du film est sans équivoque : violent, érotique et intense ! Bref la formule magique pour garantir l’intérêt du spectateur avide de jolies courbes tâchées de sang.

Angela est témoin du meurtre d’une voisine libertine chez qui elle découvre un moyen de lire l’avenir. Une succession de meurtres s’ensuit et Angela se sent désormais en danger...

Véritable exercice de style de bout en bout, Blackaria est un régal visuel fait de cadrages astucieux, de couleurs flamboyantes , de jeux de lumières parfaits et de jolies donzelles toutes plus ravissantes les unes que les autres. Un film qui devrait ravir les amateurs du genre et offrir une expérience très enrichissante à leurs auteurs. Malgré quelques lenteurs le film reste surtout captivant, ensorcelant grâce à cette musique dont le refrain vous hante bien longtemps après et une mise en scène belle et érudite. Des actrices convaincantes et qui s’investissent autant reste un vrai plaisir pour du cinéma amateur et pour des réalisateurs passionnés.

Du cinéma entier, sincère comme nous l’aimons provenant de deux réals cinéphiles qui méritent assurément l’intérêt de producteurs ayant le nez fin.

- Une petite présentation s’impose. Qui sont François Gaillard et Christophe Robin ?

FRANÇOIS : Et bien.. je commence... BLACKARIA est ma première co réalisation... et mon 4ème long métrage... autoproduit ! Juste avant, j’ai fait un long qui n’a pas intéressé grand monde : WELCOME TO MY NIGHTMARE. Il s’agissait d’une histoire de vengeance ou une jeune fille dotée de pouvoirs télékinésiques réveillait toute une famille de morts vivants pour se venger de ses camarades qui avaient osé se moquer d’elle... Avant cela, j’ai réalisé deux autres longs sous pseudonymes... car il n’y a pas quoi être très fier... Désolé...

CHRISTOPHE : Quand à moi, c’est ma première co réalisation, et premier long métrage, d’ailleurs. Auparavant, j’avais fait quelques courts-métrages de genres différents, d’un film onirique à une comédie sentimentale. J’ai trouvé dans le genre fantastique un certain plaisir, il faut l’avouer. C’est un genre dans lequel je souhaite perdurer.

- D’où vient le titre de votre film Blackaria ?

FRANÇOIS : En fait, comme pour tous mes autres films, BLACK ARIA est un titre tiré d’un album de musique : il s’agit en l’occurrence d’un album instrumental de Glenn DANZIG, ancien chanteur des MISFITS et SAMHAIN (groupes de punk !)... mais ne me demandez pas ce que ça veut dire, je n’en ai toujours aucune idée.

- Votre film est clairement une référence au cinéma italien via le giallo d’un certain Dario Argento mais aussi de Lucio Fulci. Qu’est-ce que vous aimez tant dans ce cinéma justement ?

FRANÇOIS : Me concernant, je trouve dans ce cinéma un grain de folie, une sorte d’excès, un « jusqu’au boutisme » qu’on ne trouve dans aucune production américaine. La plupart des gialli sont sensés être, à la base, des films d’exploitation. (Le giallo est lui même un genre de roman populaire). Mais au sein de ces thrillers, on retrouve des libertés expérimentales, « auteurisantes », ou parfois simplement complaisantes, que ne permet pas le formatage américain d’aujourd’hui. Les films japonais de la NIKKATSU proposaient d’ailleurs le même cocktail mélangeant esthétisme raffiné et sexualité/violence déviante. C’est vrai que Dario ARGENTO et Lucio FULCI sont des sources d’inspiration inévitables. Surtout FULCI, qui, pour moi, reste un modèle… Beaucoup de gens l’ignorent, mais FULCI a œuvré dans le giallo pour y signer de vraies perles… Bien sûr, il y a L’EVENTREUR DE NEW YORK et L’EMMUREE VIVANTE (qui est un de mes préférés)
Mais il y a surtout LE VENIN DE LA PEUR et LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME… deux films qui, avec L’EMMUREE VIVANTE, sont pour moi la référence ultime de BLACKARIA, aussi bien dans les thèmes qu’ils abordent (la sexualité refoulée, le regard sur l’avenir…) qu’en terme de mise en scène.

J’aime cette utilisation récurrente du zoom rapide et violent, ces inserts complaisants sur les geysers de sang, les plaies béantes, et surtout, cette sexualité omniprésente qui transpirait chaque fois que FULCI filmait les femmes… On oublie souvent de le mentionner à son sujet, mais cet homme filmait les femmes comme des déesses… du moins, jusqu’à L’EVENTREUR DE NEW YORK, qui lui, respire la misogynie.
Mais regardez Anita STRINDBERG, Florinda BALKAN, Marisa MELL, Barbara BOUCHET, Jennifer O NEIL… Elles sont toutes magnifiques… toujours mettre la femme en valeur, une leçon que je tire de Lucio FULCI, et aussi Mario BAVA, qui reste pour moi une influence majeure !

- Sans oublier cette scène mythique dans Pulsions de De Palma à qui vous rendez hommage...

FRANÇOIS : Mais PULSIONS est un giallo américain !!!! Le seul, peut être, ( avec UN TUEUR DANS LA VILLE de Armand MASTROIANNI) mais c’en est un ! En fait, De PALMA a voulu transcender le meurtre de PSYCHOSE, et en le poussant dans ses retranchements, il en est arrivé à réaliser son giallo à lui... Car je pense que PSYCHOSE est le film phare de tous les gialli, la pierre angulaire.( ça, et les romans de Edgar WALLACE).

C’est pourquoi beaucoup de personnes ont reproché à DE PALMA de s’être inspiré de Dario ARGENTO dans PULSIONS, plus précisément avec ce meurtre au rasoir dans L’OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL...
Mais je pense avant tout qu’il s’agit de deux interprétations baroques du fantasme "hitchcockien". Donc pour moi, la scène de l’ascenseur de PULSIONS est une scène phare typique du giallo. Un classique à côté duquel nous ne pouvions passer.

- Au départ votre film s’intitulait 3 Hits from Hell car il devait y avoir trois sketches en hommage au giallo. Et puis c’est devenu un long métrage. Pourquoi ce changement ?

CHRISTOPHE : Ce film à sketchs était un concept qui regroupait trois courts-métrags tournant autour d’une trame simple : une femme est témoin d’un évènement et devient victime l’espace d’une nuit. BLACKARIA devait rentrer dans ce concept. A la base, il devait durer 26 min, et devait accompagner d’autres films de nos amis réalisateurs de notre association School’s Out : Comme Guillaume Beylard, Thomas Szczepanski ou Aurélie Godefroy. Mais au fur et à mesure, et surtout lors du montage, nous constations que la durée d’un long-métrage nous permettait de creuser certains personnages, notamment les personnages féminins. Et puis en même temps, nous étions tellement plongés dans ce film que nous ne voulions pas en sortir de sitôt.

- Mais ce concept à sketches est-il toujours d’actualité ?

CHRISTOPHE : Bien sûr, les ’’3 Hits From Hell’’ sont toujours d’actualités, et les autres courts-métrages sont désormais terminés. Dans quelques temps, ces projets seront visibles.

- Comme chez Argento, vous priviliégiez les couleurs flashy. Pas trop difficile de respecter continuellement et scrupuleusement cette condition avec les décors, les costumes etc ?

FRANÇOIS : En fait, nous nous sommes imposés une ligne de conduite : si on ne peut pas reconstituer les années 70, nous devons rester fidèles à leur cinégénie. Donc, il ne s’agissait pas de coller des pat’ d’eph et des perruques frisées à nos acteurs, mais plutôt de les plonger dans un univers visuel très marqué… Le film devait avoir un côté « vieux studios »… alors que nous n’avions pas de studio, ni de décorateur… Du coup, on a fait des repérages pour les intérieurs. Nous sommes allés visiter des maisons, et surtout, des hôtels.

Montpellier reste une petite ville, alors, tout y est beaucoup plus accessible qu’à Paris. Les propriétaires, et autres locataires nous laissaient visiter les lieux en toute liberté. Pour les costumes, nous avons fouillé des friperies, et aussi, emprunté des fringues aux mamans de nos chères actrices.

- La lumière y est très recherchée. Un petit mot pour celui qui officiait derrière les spots ?

FRANÇOIS : Il s’agit d’une personne formidable : Anna NAIGEON, qui joue dans le film le rôle de Anna MARIA… Vous en connaissez beaucoup, vous, des directeurs de la photo aussi bien galbées, qui sont capables de gérer la lumière et de jouer nus en même temps ?
Cette fille est unique. Elle est une fan hardcore de Mario BAVA, alors, elle a tout de suite épousé le concept de BLACKARIA.
Et tout comme Mario BAVA lorsqu’il était directeur de la photo, elle est capable de vous confectionner une lumière travaillée, avec trois bouts de scotch.

Anna est un directeur de photo à l’ancienne : elle ne va pas demander au réalisateur de s’équiper de tout un matériel HD pour se reposer ensuite sur la qualité du format, et suggérer des ré-étalonnages numériques foireux ! Non, elle, elle sculpte la lumière : tout se fait sur le tournage ! Aujourd’hui, sur des tournages aussi modestes que le notre, c’est très rare !

- Comment arrive-t-on à se lancer ainsi pour la première fois dans un long métrage ? De quand date l’aventure ?

FRANÇOIS : Alors, comme je le disais, il s’agit de mon 4ème long…
Mon premier « essai » remonte à 2001… et il est exécrable… il s’agit aussi d’un film auto produit, tourné avec un caméscope empruntée à ma tante… On a réussi à le vendre en 2003, chez REDEMPTION FILM, qui l’a sorti en Angleterre, en Grèce et en Allemagne. Il s’est fait éreinter… à juste titre ! Mais bon, le bas de l’échelle est toujours le meilleur endroit pour démarrer.

L’argent de ce film m’a permis de produire mon 3ème : WELCOME TO MY NIGHTMARE, et l’argent de la vente du second, qui ne vaut guère mieux, a été réinvesti dans BLACKARIA. J’avais d’ailleurs tenté en solo une première version de BLACKARIA, d’une durée de 26 minutes… mais contrairement à la nouvelle version, il y avait beaucoup de tension avec les actrices. Du coup, ma direction d’acteur était exécrable, et j’avais du mal à me concentrer sur le visuel du film. J’ai vu, à l’occasion d’une soirée, les courts métrages de Christophe, et là, je lui ai proposé de co réaliser avec moi ce nouveau BLACKARIA …
Lui s’occupait des acteurs, et moi, je me concentrais sur l’esthétique du film.

- D’où vient l’idée de fondre le verre de la boule de cristal pour en faire les verres de lunettes ? C’est très original...

FRANÇOIS : En fait, j’ai repris l’idée de base dans une bande dessinée américaine des années 70 : THE WITCHING HOUR, sorti en France sous le titre IL EST MINUIT L’HEURE DES SORCIERES.
Je l’avais lu quand j’étais tout petit, je devais avoir 6 /7 ans… le héros était un braqueur, et l’histoire tenait sur deux pages.
J’en ai repris la structure scénaristique, et j’ai transposé le tout dans un univers « giallesque », typiquement italien… le personnage est alors devenu un une femme, et depuis, l’histoire a beaucoup évolué.

- Aimeriez-vous, comme le personnage d’Angela, connaître l’avenir ? Que feriez-vous dans un premier temps si vous en aviez la chance (ou la malchance c’est selon).

FRANÇOIS : Comme le suggère Angela dans le film, je jouerais au loto… hé hé…

- Qui se cache derrière School’s Out ?

FRANÇOIS : Toute une petite troupe, en fait… Plus exactement la troupe des réalisateurs des 3 HITS FROM HELL que nous avons cité plus haut… en fait, nous sommes une sorte de collectif qui se serre les coudes autour d’un concept (le cinéma fantastique des années 70) auquel nous avons choisi de rester fidèle… pour le moment…
Certains ont leur propre association en parallèle, et leurs propres films à monter, notamment Thomas SZCZEPANSKI, qui vient de terminer un long métrage d’action RUN IF YOU CAN.

- La pochette du DVD présente une très belle affiche. Est-ce l’affiche officielle et si oui qui l’a réalisée ?

FRANÇOIS : Merci beaucoup. En fait, j’ai dessiné 3 affiches différentes pour le Festival de Sainte MAXIME, et Guillaume BEYLARD m’a aidé à les fignoler via une retouche numérique.
Moi, je suis un manchot avec Photoshop, alors j’ai pris mes pinceaux, et je me suis lancé. Après, je ne sais pas si ce sera l’affiche officielle, tout dépendra de notre providentiel distributeur.

- Sur celle-ci on peut lire comme adjectifs du film : violent... (grâce au maquillage d’un certain David Scherer notamment ?)

FRANÇOIS : OUI ! En fait, J’ai connu David par un certain Jean MACH… un ami de 10 ans, qui avait embauché David sur 8th WONDERLAND, son long métrage. ( qui sort d’ailleurs ce mois de Janvier en salles !)… et à la même époque, Guillaume BEYLARD venait lui aussi d’embaucher David sur CHILDREN OF THE GRAVE, un sketch destiné aux 3 HITS FROM HELL.

Sur ce, je me suis rendu compte que David partageait avec moi la passion que je voue à Lucio FULCI, et au cinéma bis italien en général.
En fait, tout comme avec Anna NAIGEON, David et moi parlions le même langage… et tout comme elle, David sait s’adapter aux pires conditions de tournage…. Il ne dit jamais non, il trouve toujours la solution. Il est constructif et inventif. Et lui aussi, fait tout en live.
Ce que j’aime chez ces deux personnes, c’est qu’au delà de leurs compétences techniques, elles sont cultivées et ouvertes d’esprit. Elles sont donc totalement impliqués dans la conception du film… elles ne se cachent pas derrière l’étiquette du « simple technicien »… non, elles font toujours de leur mieux, cherchent toujours la solution, et restent solidaires avec le film.

L’idéal serait pour moi de continuer mon éventuelle carrière avec elles !

- ...et érotique également. Comment avez-vous persuadé vos actrices justement pour se dévoiler quelque peu (voire de moitié) pour ce film ?

CHRISTOPHE : Les deux actrices, Clara et Anna pour la scène de l’ascenseur, nous connaissaient bien avant le tournage, suffisamment pour s’investir avec plaisir dans le projet. Elles savaient que nous comptions ajouter de l’érotisme dans le film, cet ingrédient qui pouvait épicer l’histoire. Et notre envie première avec François était de les mettre en valeur, et surtout ne pas tomber dans une vulgarité et complaisance. L’érotisme sert l’histoire, et c’est bien entendu un argument. Après, nous avons discuté des vêtements et des dessous qui pouvaient donner une vision précise des personnages. Nous voulions que les actrices soient dans une pleine confiance. C’est la clé essentielle. De plus, le tournage s’était passé dans une telle familiarité que nos actrices étaient à l’aise.

- Si vous projetez ce film au BIFFF les organisateurs ne répondront plus de rien...

FRANÇOIS : Rien ne nous ferait plus plaisir... mais le film dispose sans doute d’un budget trop modeste pour un festival de l’envergure du BIFF.

CHRISTOPHE : Mais si l’occasion se présente, nous nous laisserions volontiers tenter par l’aventure.

- Comment avez-vous trouvé vos actrices sexy Clara Vallet, Aurélie Godefroy ou encore Anna Naigeon ?

FRANÇOIS : Concernant Aurélie GODEFROY, je travaille avec elle depuis un moment... elle a joué dans tous mes films, et tenait déjà le rôle principal de WELCOME TO MY NIGHTMARE, ou elle incarnait une victime, alors, je trouvais intéressant de lui donner le rôle du bourreau cette fois ci... un rôle qui lui sied à merveille, car, si dans la vie, Aurélie est une personne très douce, j’ai toujours senti au fond de son regard un grain de folie... une sorte de « freak » qui sommeille en elle.
De plus, elle aussi partage avec moi une passion pour le giallo... mais son personnage m’a été directement inspiré par le rôle de Catherine DENEUVE dans le REPULSIONS de Roman POLANSKI, une référence que nous partageons tous les deux depuis longtemps...

CHRISTOPHE : Il était alors très aisé de la diriger, car elle cernait exactement dans quel univers nous souhaitions la plonger... comme l’a dit François, elle a su « canaliser » ce grain de folie qui germait en elle... à un tel point que, la plupart des acteurs jouant ses victimes avaient réellement peut d’elle lorsque nous filmions ses attaques au couteau...

FRANÇOIS : En mimant un coup de couteau, elle a d’ailleurs accidentellement entaillé les fesses d’Anna lors de l’assassinat dans la chambre africaine.
Et si vous écoutez attentivement le son lorsqu’elle attaque Marco, chez lui, on l’entend pousser un cri de sursaut, qui n’était pas prévu dans le script, bien entendu...
Mais je vous rassure, dans la vie, Aurélie est une personne très saine, elle n’a rien d’une psychopathe.

CHRISTOPHE : Concernant Anna NAIGEON et Clara VALLET...
Notre preneur de son, Enguerran PRIEU, les connaissait toutes les deux depuis le lycée.
La rencontre avec Anna n’est tout de même pas des plus banales.
Guilhem SENDRAS, un membre fondateur de SCHOOL’S OUT, faisait un repérage pour tourner son sketch de 3 HITS FROM HELL... Avec Enguerran, ils sont tombés sur une grande propriété : Un mas composé de 4 habitations... Il se trouve qu’Anna habitait dans le mas en question, elle a débarqué en reconnaissant finalement Enguerran, et leur a demandé ce qu’ils faisaient là. Guilhem lui a parlé de son film.
Elle lui a demandé qui était le directeur de la photo, il a répondu un truc du genre : « … euh... un peu tout le monde... »

Sur quoi, Anna est parti fouiner dans sa maison, pour en ressortir avec des blondes, des mandarines, et des réflecteurs...

Du coup, Anna est devenue le directeur de la photo de toute l’équipe SCHOOL’S OUT !

FRANÇOIS : Concernant Clara, Enguerran me l’a présenté sur mon précédent court métrage : ALL MURDER ALL GUTS ALL FUN... elle ne jouait alors qu’un petit rôle, on cherchait une actrice qui voulait bien rester allongée sur un lit avec un serpent qui rampait le long de son corps...
Lorsque je l’ai rencontré, je me suis dit : « un canon pareil va m’envoyer sur les roses ! »...
Et bien non, elle a accepté avec le sourire, sans broncher !
On la connaissait à peine à l’époque !
D’entrée, elle m’a prouvé à quel point elle pouvait être courageuse !
Après, c’est surtout Christophe qui a fait sa connaissance... sur le tournage, moi, j’étais concentré sur l’aspect visuel.

- Comment était l’atmosphère durant les scènes "hot" ?

FRANÇOIS : Très détendue, comme l’a précisé Christophe.
En fait, moi, je travaillais surtout avec Anna, rapport à la photographie, et à la direction « gestuelle » des actrices... ayant très peu d’affinités avec Clara, C’est Christophe qui a surtout travaillé avec elle...
Rapport à Bava ; Anna et moi parlions le même langage, alors que , Clara et moi, on se connait à peine, en fin de compte...

CHRISTOPHE : Oui, il est vrai que François et Clara n’ont pas grand chose à se dire... heureusement que j’étais là (rires !) Pour cette scène, c’était un peu... « chacun son actrice ! ».

- Où a eu lieu le tournage d’ailleurs ?

FRANÇOIS : Le tournage s’est déroulé dans l’immeuble d’un ami...On a monopolisé sa cabine d’ascenseur pendant deux nuits...
On a bloqué les portes avec des bouts de scotch, et la plupart des voisins gueulaient, en pensant que l’ascenseur était en panne !
Lorsqu’ils prenaient les escaliers, ils passaient devant nous... alors dés qu’on les entendait venir, On enroulait Anna dans un duvet, car c’était la plus dénudée des deux atcrices.
On affichait un sourire toutes dents dehors, en lançant un « bonjoooooooooooooooooooooouuur. » à peine décontracté...

- Avez-vous “coaché” les actrices au style giallo ?

FRANÇOIS : Comme je le disais toute à l’heure, Anna connaissait déjà très bien les films de Mario BAVA, alors , d’entrée, elle n’a pas eu besoin d’initiation...

CHRISTOPHE : De mon côté, je me suis plutôt basé sur les répétitions... bien que j’ai fait découvrir le PULSIONS de Brian de PALMA à Clara, ainsi que LES FRISSONS DE L’ANGOISSE de Dario ARGENTO, et L’EMMUREE VIVANTE de Lucio FULCI, notamment parce que le personnage de Angela DUCCI est quasiment un démarquage de Virginia DUCCI, rôle interprété par la très belle Jennifer O NEIL dans ce dernier film.

- Le maquillage de ces actrices fut également très réussi...surtout celui de la Dame en rouge...

FRANÇOIS : Merci. Pour cela, nous avons fait appel à Angéline GEERS, une maquilleuse professionnelle très douée.
Elle avait déjà travaillé avec nous sur UNDER THE BLADE, une fausse bande annonce réalisée par David SCHERER, sur laquelle je faisais office de cadreur.
Depuis que je me dope aux films italiens, j’ai compris que le maquillage pouvait jouer un rôle à part entière dans l’élaboration d’un personnage féminin. Beaucoup de réalisateurs demandent des maquillages très discrets aujourd’hui.... moi, je veux des maquillages de JAMES BOND girls des 60’s...
Je veux « glamouriser » les actrices au maximum... on fait de la fiction, bordel ! Alors allons y à fond.
Je pense surtout au personnage de Anna Maria dans la scène de rêve... Là, on nage en plein fantasme sexuel, alors, niveau maquillage, question faux cils et paillettes, Angéline pouvait se lâcher, je lui faisais une confiance aveugle.

Pour le maquillage de la dame en rouge, Angéline a posé les bases, car elle n’a pas pu être présente tout le long du tournage, c’est donc Aurélie GODEFROY, l’actrice en personne qui l’a fignolé elle même...
Je voulais en faire un personnage de film expressionniste allemand... un peu notre Max SCHRECK à nous quoi... mais le but était surtout d’en faire une poupée vivante, d’où l’idée de la coiffer avec des « anglaises ».
Je rêvais de créer un personnage défini par son aspect purement visuel... un peu comme ces images de Lon CHANEY sur LONDON AFTER MIDNIGHT... le film est toujours incomplet, presque personne ne l’a vu, mais l’image de CHANEY est si forte, si évocatrice, qu’elle est devenue l’icône d’un film fantasmé.
De plus Aurélie a un visage très expressif... le teint blanc faisait alors ressortir le rouge à lèvres, les cils, et renforçait ses expressions faciales...
J’avoue que je suis très fier de son jeu.

- Et puis comment ne pas parler de la musique très angoissante de Double Dragons ?

FRANÇOIS : Aaahh... DOUBLE DRAGONS !!!! Je les ai rencontré sur WELCOME TO MY NIGHTMARE... le film disposait d’une bande originale et d’un thème principal, mais, il me manquait des plages...
Et là, DOUBLE DRAGONS m’a sauvé la vie... Il faut savoir que, comme son nom l’indique, DOUBLE DRAGONS est un duo de musiciens, et l’un des membres avec lequel je travaille se nomme Pascal GARCIN.
Il adore Les GOBLINS, Georgio MORODER et John CARPENTER. Des compositeurs de ce que j’appelle « la grande époque »... la période fin 70/début 80... L’explosion de la musique électronique dans le cinéma...

Bref, des influences qui épousaient parfaitement celles de WELCOME TO MY NIGHTMARE... et finalement celles de BLACKARIA !

Car, concernant BLACKARIA, le film est très marqué 70’s... notamment les années 70-75.
Alors que la musique électronique de DOUBLE DRAGONS évoque plutôt LES GOBLINS de période TENEBRES … donc, l’aube des années 80... Personnellement, j’adore le travail de DOUBLE DRAGONS, mais je n’avais aucune idée de ce que donnerait le mélange de ces deux influences temporelles... l’idée était de parier sur le décalage que cela provoquerait.

De plus, j’adore travailler avec eux... ils sont rapides, efficaces, et ouverts d’esprit...
Pour moi, ils ont un rôle essentiel dans l’élaboration de notre travail, au même tire que Anna NAIGEON et David SCHERER.

- Comment s’est passé la réalisation “bicéphale” du film ?

CHRISTOPHE : En ce qui me concerne, je me suis entièrement consacré à la « direction » d’acteurs.

FRANÇOIS : Et moi, je me suis concentré sur tout ce qui touchait au visuel... dont le cadrage/montage, et tout ce qui concerne la direction artistique.
au moins, nous ne nous marchions pas sur les plates bandes... Il s’agit d’un travail purement complémentaire.

- Vos impressions après la projo au festival de Sainte Maxime ?

FRANÇOIS : Me concernant, c’est la première fois qu’on s’intéresse à un de mes films... les réactions ont été positives, les gens ont réagi comme nous le souhaitions... notamment concernant deux effets gores : l’énucléation dans l’ascenseur, et le coup de chaîne dans la gueule !
Et depuis le prix, on commence un peu à parler de nous, à nous poser des questions... jusqu’ici, je faisais mes films dans mon coin, et j’allais les vendre au Marché du film à Cannes comme des sacs de patate... et tout le monde s’en foutait, personne n’en parlait... sauf pour dire de temps en temps : « ouuuuuaaaaaaaaaaaaiiiiiiis... c’est nul !!! ».

Et là, on parle de mon travail... pourvu que ça dure... pour cela, je tiens à remercier Michael ABBATE, organisateur du Festival de Sainte MAXIME... car il a eu un coup de coeur pour le trailer du film, et l’a mis en avant sur le site du Festival.

CHRISTOPHE : Honnêtement, cette projection nous a donné un petit coup de pouce... elle nous a permis de le montrer à des gens de DEVIL DEAD ou encore SCI FI UNIVERSE...

- Quels sont vos projets dans l’avenir ?

CHRISTOPHE : On doit terminer le concept des 3 HITS FROM HELL... il nous reste un sketch à terminer... MOTHER OF MERCY.

FRANÇOIS
 : Oui... ce sera plus un film mêlant horreur gothique et action... oui, ça fait un peu indigeste annoncé comme ça, mais on va essayer de le rendre le plus homogène possible...
Il s’agira d’un film visuellement très inspiré des planches de Berni WRIGHTSON période CREATURE DU MARAIS, de Frank FRAZETTA et des comics des éditions WARREN en général.
Bon, en tout cas, on va faire de notre mieux pour mener ce projet à bien...
Et après, de mon côté,je dois attaquer ma première véritable production... je viens d’être embauché par MAD FILMS, la boîte de production derrière 8th WONDERLAND, pour réaliser MENS INSANA IN CORPORE SANO... un polar écrit et produit par Jean MACH... il s’agit d’une co production franco belge et germano canadienne... Ouf !
Bref, si tout va bien, on commence l’hiver 2010.
Mais j’espère après ça prolonger la collaboration avec Christophe... s’il veut encore de moi...

TEASER

GALERIE

Commentaires

Interview très intéressante !
En effet, le bas de l’échelle est un bon endroit pour démarrer surtout quand on a la passion.
Cath

18 décembre 2009 | Par

Enfin , le retour du GIallo, je commençais vraiment à désespérer.
mais à quant une édition DVD ?

4 décembre 2009 | Par Martin

Un petit aire d’italie plane dans ce jolie film que j’ai eu la chance de découvrir ! School’s Out promet, il font leur trou petit à petit ! Bravo à tous et croisons les doigts pour le futur !
Amicalement et artistiquement
Steam

3 décembre 2009 | Par Steamboy

Je ne peux que vous encouragez..... Vous apprenez de vos erreurs et n’avez pas froid aux yeux : résultat une photo impec et des personnages hauts en couleur. Moi je vous suis mais alors de très près !

3 décembre 2009 | Par Françoise Ellong

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