Interviews

MADE IN FRANCE - Delirium Tremens (Part 1)

4 novembre 2011 | Par : Quentin Meignant

Le huis-clos qui pourrait captiver l’Hexagone...

Jeune réalisateur passionné de cinéma de genre mais aussi plus généralement par le Septième Art, Mehdi Belhadj s’apprête à donner vie à Delirium Tremens, son premier long-métrage, dont la première bande-annonce s’est avérée particulièrement prometteuse.

Doté d’un très maigre budget (moins de 2000 euros), le réalisateur, âgé d’à peine 22 ans, a su réunir durant 8 petits jours dans la maison d’un couple d’amis un duo d’acteurs très convaincants. Du cinéma de genre à la française somme toute, les metteurs en scène hexagonaux étant bien souvent obligés de faire preuve d’ingéniosité pour lutter contre le cruel manque de finances.

Qu’à cela ne tienne, Delirium Tremens semble tenir la route et est doté d’un pitch original et annonciateur d’un suspens psychologique de grande qualité. Le film suit Gabriel (Maximilien Poullein), peintre alcoolique et agoraphobe, qui est également sujet à de nombreux cauchemars qui l’obligent à subir une vie d’insomnie presque totale. Estimant que la source de ses problèmes est son addiction à l’alcool, une amie, Nina (Prisca Silie) entreprend de l’aider à se sevrer. C’est alors que Gabriel s’enfonce dans une spirale de transes durant lesquelles il peint le portrait de jeunes femmes que l’on retrouve bientôt violées et assassinées.

NB : Ne ratez pas, la semaine prochain, l’interview de Maximilien Poullein, l’interprète principal, dans notre MADE IN FRANCE - Delirium Tremens (Part 2).

ENTRETIEN AVEC MEHDI BELHADJ

Mehdi, la plupart des fans de cinéma de genre n’ont pas encore la chance de vous connaître. Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis donc un jeune réalisateur de 22 ans qui tente de se faire une place dans le monde du cinéma (ce qui n’est pas si simple... ). J’ai étudié pendant 3 ans à la faculté de Poitiers en section Arts du spectacle où j’ai pu parfaire mes connaissances en cinéma et faire des rencontres dans le métier. J’ai eu la chance d’avoir comme professeurs Xabi Molia, réalisateur de 8 fois debout et Benoit Décaillon, réalisateur de Sodium Babies. J’ai réalisé pendant ces années quelques courts-métrages que mes professeurs ont apprécié mais qui étaient loin de faire l’unanimité du côté des étudiants. Mes projets laissaient rarement indifférents mais provoquaient beaucoup moins de félicitations que de mauvaises critiques, notamment pour mon court-métrage Piégée. Puis, après mon diplôme, je suis retourné dans ma ville d’origine, Limoges, pour pouvoir me consacrer plus entièrement à mes passions : la réalisation et l’écriture. J’ai écrit assez rapidement Delirium Tremens que les quelques amis que j’avais gardé en contact ont apprécié. Tous ont décidé de me suivre dans cette aventure.

Le cinéma de genre est-il une finalité pour vous ? Où est-ce simplement une étape avant d’aborder des thèmes et genres plus « généralistes » ?

J’ai toujours été attiré par le cinéma de genre. Le cinéma des années 80 est ma grande passion et j’admire plus précisément des réalisateurs comme Stuart Gordon, Wes Craven, Joe Dante et par-dessus tout John Carpenter qui est un véritable modèle pour moi. Mes courts-métrages se revendiquent tous leur appartenance à ce genre (à part un ou deux). Je ne peux donc pas nier mon attirance pour cette mouvance. Néanmoins, je ne souhaite pas me restreindre au cinéma de genre, j’ai besoin de traiter mes thèmes de différentes manières. Beaucoup de personnes disaient que mes films se résumaient à des douches de sang et que les personnages finissaient toujours par mourir. Je n’ai pas envie que l’on me catalogue dans cet univers morbide qui, en plus, ne m’intéresse pas vraiment. J’aimerais avoir la chance de tourner un film comme Crazy Heart qui a été pour moi un grand choc cinématographique. Pour le moment, disons que le cinéma de genre m’aide à avoir un nom dans le métier, mais je ne veux pas que mon nom soit associé à ce genre de façon indélébile.

Quelles ont été les influences qui vous ont permis de construire le récit et la mise en scène de Delirium Tremens ?

Pour ce qui est des influences, je vous ai donc déjà parlé de mon grand amour pour Carpenter, qui a toujours guidé ma réalisation. Après, je ne dirais pas que le film revendique des influences bien marquées. Ce sont plutôt des clins d’œil disséminés tout au long du film comme la statuette de Freddy ou encore celle de Jigsaw. Pour l’esthétique générale de Delirium, je voulais lui donner ce grain un peu « documentaire », un peu sale et avec une lumière clinique que l’on retrouvent dans le très très bon Dread. Avec l’équipe, nous nous sommes également amusés à réaliser quelques plans normalement très coûteux mais avec les moyens du bord, notamment un plan que l’on avait baptisé « A la Fincher » en référence à Panic Room.

Quel fut le budget exact de Delirium Tremens ?

Le budget était de 1900€. Ne dépendant d’aucune maison de production, j’ai cherché comment rassembler une petite somme qui nous permettrait de réaliser le film que nous imaginions. Ce sont donc mes parents, des collègues, ma belle-famille et mon amie, Marie Ronvel. Sans eux, rien ne se serait fait. Je ne les remercierai jamais assez de m’avoir donné la chance de réaliser mon premier long-métrage. Je ferai tout pour qu’ils ne soient pas déçus du résultat !

Le côté « low-budget » a toujours une incidence sur chaque phase de la production. Comment et sur combien de temps s’est déroulé le tournage ?

Le tournage s’est déroulé sur 8 jours très précisément, à Poitiers. Vu le peu d’argent que nous avions pour la réalisation de ce projet, il nous était tout simplement impossible de louer des locaux pour nos décors. C’est un couple d’amis, Brice Gerbeau et Magali Pradel, qui m’ont accordé le droit de tourner l’intégralité du film dans leur maison. Brice est d’ailleurs le maquilleur du film, l’ingénieur du son et le concepteur des toiles. Comme vous le voyez, chacun avait plusieurs casquettes sur le tournage. A cause du manque de moyens, rassembler une équipe où chaque personne n’aurait eu qu’un seul poste fixe n’était même pas envisageable. De plus, travaillant de façon quasi-bénévole, je ne pouvais pas me permettre de faire travailler mon équipe pendant des semaines. Le tournage a donc été très épuisant car nous étions tout le temps sur une tâche différente. Je les remercie au passage de ne s’être jamais plaint pendant ces 8 jours. Ce sont des gens formidables que j’espère retrouver rapidement sur un prochain film.

La très plaisante bande-annonce de Delirium Tremens semble dévoiler un ensemble très intimiste. Quel traitement avez-vous apporté au personnage principal pour le rendre aussi convaincant ?

Merci beaucoup pour le compliment ! Effectivement j’ai voulu rendre cette histoire très intimiste et la mise en scène devait forcément aller dans cette idée. En pré-production, la communication avec Max (Poullein - NDLR) et Prisca (Silie - NDLR) s’est faite essentiellement par téléphone, on discutait de leur ressenti, ils me posaient des questions sur mes intentions de tournage et on a pu ensemble donner encore plus de corps à cette œuvre. Max et Prisca se donnaient toujours à 100% pendant les prises, malgré des journées de 18h de tournage. N’étant pas vraiment cadreur de nature, mon chef opérateur Samy Kim, avec qui j’avais déjà réalisé quelques projets auparavant, m’a fait un travail absolument bluffant. J’avais mes plans en tête et lui les réalisait à la perfection. Si vous avez le meilleur des acteurs dans votre film mais que vous êtes incapable de le filmer, le résultat sera décevant. Il fallait donc que les acteurs et Samy soient en parfaite harmonie pour que le résultat soit saisissant. Je pense qu’on ne s’est pas trop mal débrouillés.

Avec un pitch de base résolument dramatique, à quoi faut-il s’attendre exactement ? Une œuvre poignante de bout en bout ou un suspens allant crescendo ?

Difficile de répondre à cette question... Disons que le suspens sera toujours présent car l’intrigue ne fera qu’évoluer jusqu’à un climax qui ne laissera personne indifférent. Je ne sais pas si le film sera poignant mais ce sera en tout cas une expérience troublante car chacune des séquences est déroutante, que ce soit par les dialogues ou par les échanges de regard ou encore simplement par l’ambiance. J’espère en tout cas que c’est ce que les spectateurs ressentiront !

La bande-annonce laisse entendre que Delirium Tremens sera un huis-clos. Avez-vous tout de même tourné des scènes en extérieur ? Sous quelles formes seront-elles présentées (flash-back ou autres) ?

C’est effectivement un huis-clos de bout en bout. A aucun moment nous ne quittons les lieux. Pendant l’écriture, je n’ai jamais ressenti le besoin de faire sortir le personnage de cette maison. Le film devait intégralement se dérouler dans l’antre de Gabriel. Chaque pièce est une partie de son corps, quitter cette maison c’était quitter Gabriel. Ce choix aurait été une erreur car la force de ce film, je pense, est qu’aucun élément extérieur n’altère l’intégrité de Gabriel. Nous suivons surtout ce personnage avant de suivre la relation qu’il entretient avec Nina. Si Gabriel peint, nous tenons le pinceau ensemble, s’il reste dans la maison, nous restons avec lui et s’il souffre, nous ressentons sa souffrance.

Le film bénéficie aussi des présences de Maximilien Poullein, que nous connaissons déjà bien, et Prisca Silie. Quelles directives leur avez-vous donné afin d’aborder leur binôme ?

Le film repose évidement sur la relation entre Gabriel et Nina, mais l’intrigue repose bien plus sur lui. Il fallait donc que le jeu de Max soit concentré sur son visage, c’est pour cela que j’ai tourné beaucoup de gros plans ou plans buste sur son personnage ce qui rend le film bien plus oppressant et touchant par la même occasion. Le personnage de Gabriel est très difficile à cerner car c’est quelqu’un de très sanguin. Il peut passer de la colère à la tendresse en un battement de cils, et des plans larges n’auraient jamais pu capter toutes ses émotions. Je lui donnais des directives pendant le tournage, bien évidemment, mais lorsque vous avez un objectif posé sous votre nez, vous comprenez très vite que le regard et les mimiques du visage sont à mettre en avant pendant la prise. Pour Nina, c’était l’inverse car, étant l’antithèse parfaite de Gabriel, il fallait qu’elle fasse vivre les lieux, qu’elle illumine chacune des pièces, donc les plans larges étaient une nécessité. Je ne peux pas trop en dire au risque de trop en dévoiler. En tout cas, Prisca et Max m’ont vraiment facilité la tâche car, dès la première lecture, ils avaient cerné leur personnage. Sur le tournage, il y avait beaucoup de propositions de leur part et toutes étaient parfaitement justes. Ils étaient fusionnels dans leur relation et dans leur rapport à la caméra. Ce fut un bonheur de les filmer.

Avez-vous déjà une idée de la distribution qui attend Delirium Tremens ? Une exploitation en salles est-elle envisageable ?

Notre premier but est qu’il soit diffusé dans des festivals comme le BIFFF, ou le festival de Sitges et surtout celui de Gérardmer. Je ne pense pas avoir une distribution en salles, à part une diffusion à Poitiers ou Brive grâce aux contacts que j’ai, car le marché du cinéma de genre indépendant est très cruel en France... Par contre, je ferai tout pour obtenir une distribution en DVD.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées pour donner naissance à un tel projet ?

Le plus délicat reste le financement, c’est une évidence. En France, les maisons de production sont plutôt frileuses vis-à-vis de ce genre de film. On peut le voir sur les différentes distributions en salles : Djinns, A L’Intérieur, Martyrs, La Meute... Il est très compliqué de convaincre les producteurs que le film sera rentable. C’est pour cela que j’ai fait en sorte d’écrire un scénario réalisable sans un grand financement. Néanmoins, nous avons obtenu pratiquement 2000€ et il ne nous fallait pas un euros de moins. Malgré notre statut de semi-professionnels, nous avons tout de même fabriqué 2 pièces entières à l’intérieur même des murs de la maison. Toute l’équipe mettait la main à la pâte pour donner naissance à ces lieux. Ensuite, trouver les bons acteurs n’est pas une mince affaire. Il n’est pas si facile que ça de convaincre des personnes de jouer dans un thriller horrifique. Ce genre cinématographique n’est pas dans nos mœurs et les gens ne font pas forcément confiance à ce type de projet. Enfin, en ce qui concerne la distribution en salles, c’est quasiment infaisable. Lorsqu’on voit des films de genre produits par des maisons de production reconnues, avec des acteurs de talent, qui ne sortent que dans 30 salles en France, ça fait réfléchir... C’est pour cela que mon objectif est d’obtenir une distribution en DVD, au moins pour rentrer dans nos frais et surtout pour que tous les membres de mon équipe aient un nom dans le métier.

Avez-vous de nouvelles idées ou de nouveaux projets sur le feu ?

J’ai effectivement de nouveaux projets en tête. Avant Delirium Tremens, j’ai écrit un scénario intitulé Arcane que j’ai soumis à différentes maisons de production comme Eskwad, Légende Films, Cartel Production et La Fabrique 2, j’attends leur réponse. Je vais également travailler avec Brice sur un scénario du nom de Horresco Referens qu’il m’avait écrit il y a quelques temps pour un court-métrage mais que nous allons modifier pour le proposer en tant que long-métrage. Je me lance aussi dans la réalisation d’un clip musical pour la chanteuse Ennyday, que nous tournerons d’ici un mois ou deux. Et bien sûr beaucoup d’autres idées de scénarii que je vais m’empresser de mettre sur papier pour continuer à proposer mes projets aux maisons de production.

BANDE-ANNONCE


"Delirium Tremens", bande-annonce #1 (2011) par MaxPoullein

Commentaires

Un ami m’as envoyé ce lien et je dois dire qu’il a bien fait ! Je lirais la suite demain ! merci

achat vignoble

de bons articles sur achat vignoble vignes à vendre hérault investir dans le vin vignoble à vendre informations sur le aufildesvignes.com

1er septembre 2012 | Par Vanessa

Ajouter un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Image du jour

Récentes critiques

affiche du film
Cam
2018
affiche du film
Halloween
2018
affiche du film
The Night Comes for Us
2018
affiche du film
The Predator
2018
affiche du film
La Nonne
2018
affiche du film
L'Homme qui tua Don Quichotte
2018

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage