Interviews

MADE IN FRANCE - Die Die My Darling

21 octobre 2011 | Par : Alan Deprez (Vivadavidlynch)

Interview de François Gaillard (réalisateur)

Après le fabuleux « néo-giallo » Last Caress (interview à consulter ici), François Gaillard (co-réalisateur de Blackaria) nous revient déjà avec Die Die My Darling , qui propose au spectateur de coller aux basques d’une mystérieuse tueuse, incarnée par la sublime Aurélie Godefroy (égérie du réalisateur). Le tout dans un univers stylisé aux couleurs saturées et dans le cadre d’un moyen-métrage chapeauté par l’éditeur Le Chat qui Fume. Une invitation impossible à refuser… On ne pouvait décemment pas faire l’impasse sur une nouvelle interview exclusive du sympathique « frenchie » ! D’autant plus que l’on a la primeur de visionner Die Die My Darling en copie de travail !

François, après le titre Last Caress inspiré d’une chanson des Misfits, quid de ce nouveau titre mystérieux, Die Die My Darling ?

Encore un titre des Misfits, pardi ! Je crois en Glenn Danzig comme d’autres croient en Dieu ! Sa musique, son travail, son univers ; ça continue à m’obséder ! La référence punk est importante pour moi. J’ai été jusqu’ici énormément influencé par le Bis italien et japonais. On y retrouve de tout : des explosions de violence inattendues, du cul, du graphisme au-delà de toute logique narrative et même certains passages poétiques à la limite de la naïveté ! C’est gratuit et c’est rentre dans le lard ! Pour moi, ce Bis, c’est le rejeton punk du cinéma de genre !

Les Misfits, c’était ça ; on y retrouvait du punk hardcore très “vénère”, mais aussi du Rockabilly, des expérimentations coldwave/gothiques, de purs morceaux de spleen, ... Et une imagerie à la limite du Grand Guignol, avec leurs maquillages de zombies et leurs coupes de cheveux « devil locks ». Ils véhiculaient toute une culture du rétro avec des références aux films d’horreur des années 50 et aux EC Comics. Avec mon bagage de vieux bisseux, je me sens très proche de l’état d’esprit de ce groupe !
J’essaie de faire avec le cinéma ce que les Misfits ont fait avec la musique ! Et puis, il faut bien l’avouer : le morceau original ("Die Die My Darling") est un pur joyau. C’est noir, c’est violent, avec un soupçon d’humour et de mélancolie. C’est beau, quoi !

La chorégraphie des combats impressionne durablement et Aurélie Godefroy s’y révèle plus que stupéfiante. J’imagine qu’elle a dû sérieusement s’entraîner pour le rôle. Comment a-t-elle cerné le personnage à tes côtés et quelle a été sa préparation ?

Aurélie et Jeanne Dessart (qui joue la nazie) se sont toutes les deux entraînées avec Antony Cinturino, le tueur de Last Caress, qu’on peut voir au début de Die Die My Darling. Antony a été militaire au Kossovo et il a donc une sacrée expérience du combat rapproché. Il testait ses prises sur Christophe Robin (co-réalisateur de Last Caress et Blackaria), qui faisait office de cobaye pour montrer aux filles ce qu’il attendait d’elles. Il a emmené les filles dans un gymnase et leur a fait répéter une petite chorégraphie.

Aurélie s’est également inscrite dans une salle de sport, pour être au top physiquement. Mais on s’est mis tous les deux d’accord : elle ne devait pas se transformer en "catcheuse bulgare". Elle devait rester sèche, fine comme une lame. Ensuite, on a beaucoup parlé de son personnage pendant la préparation. Aurélie me connait bien et savait que sur le tournage, j’allais rester concentré sur le visuel et la technique. Alors, je lui ai écrit un petit background du “character” de Archangel (NB : nom du personnage d’Aurélie Godefroy dans Die Die My Darling). Et elle se l’est parfaitement approprié. Elle l’a incarné exactement comme je l’imaginais : une vraie superhéroïne de comics ! Et puis, nous nous sommes tous les deux basés sur une référence que nous partageons depuis longtemps, la Meiko Kaji des Lady Snowblood, pour le côté impassible du personnage lors des scènes de tension.

Une des premières impressions à la vue de l’œuvre est qu’elle est à nouveau pétrie de références diverses. Pour en revenir aux combats, j’imagine que tu avais pas mal de films de “kickeurs” et “kickeuses” en tête ?

Je te parlais à l’instant des Lady Snowblood, mais je pensais également aux dessins animés de Yoshiaki Kawajiri, Ninja Scroll en tête. On ne voulait pas des chorégraphies démonstratives, mais plutôt quelque chose de brutal et saignant. Très japonais en fin de compte. D’ailleurs, on s’est bien mis d’accord avec Antony sur le fait que les filles ne faisaient pas de Kung-fu. Elles devaient se battre à la militaire ! On a visionné pas mal de Steven Seagal ensemble pour s’inspirer de ses prises les plus “vicelardes”. On a bien pris notre pied en décortiquant la scène du bar en sous-sol de Justice sauvage (NB : Out for Justice). Je dis ça sans ironie ; on s’est toujours foutu de ma gueule quand je parlais des combats de Seagal (je parle des classiques, ceux du début des années 90), mais j’ai toujours trouvé ça très efficace, nerveux et méchant !

La bande originale composée par Double Dragon est une fois de plus une des réussites du film, mais semble plus 80’s dans l’esprit (par rapport aux “scores” de Blackaria et Last Caress), partageant même, l’espace de la séquence en boîte de nuit, d’étonnantes résonances new wave. Quelles étaient tes intentions, quand tu as défini la tonalité de la BO avec le groupe ?

Concernant le morceau du générique, « We rule the night », il s’agit d’un titre de Abberline (un groupe de Toulouse) remixé par Double Dragon. Le groupe est très new wave/Goblin (NB : groupe de rock progressif emmené par Claudio Simonetti et essentiellement connu via ses BO pour Dario Argento) et la voix masculine lui donne ce côté plus 80’s que d’habitude. Pour les morceaux originaux de Double Dragon, j’ai pioché dans leur vieux répertoire. Je ne crois pas que ce soit conscient, je me suis juste contenté de choisir les morceaux qui collaient le mieux aux images. Un ami m’a fait remarquer que l’univers de Die Die My Darling était finalement très gothique, alors que Last Caress, quant à lui, est un film très méditerranéen.

En suivant mon instinct, j’ai récupéré les morceaux les plus "gothiques/new wave" de Double Dragon. Et puis, le film a aussi un côté "beat’em all", dans l’esprit des jeux vidéo 2D des années 80. Le groupe, conscient de cet aspect, m’a aiguillé vers deux morceaux (“Furies” & “React”) dont les sonorités évoquent les jeux de cette génération. D’ailleurs, l’un de ces morceaux a servi pour la bande annonce d’une web série que vient de lancer School’s Out : Another Hero ! J’invite tes lecteurs à visionner cette toute nouvelle création de Guillaume Beylard et Florian Roche !

L’apparition de Rurik Sallé apporte une dimension plus "franchouillarde" (dans le bon sens du terme) au niveau du phrasé et du jeu. Est-ce une volonté chez toi de réunir un casting hétéroclite, issu d’horizons divers (donc apportant leur sensibilité propre dans l’acting), comme aux grandes heures du cinéma Bis rital ?

Bien sûr ! Rurik et moi partageons un amour du cinéma français populaire des années 70 ! Je suis moi-même un grand fan de Henri Verneuil ! Et je voulais que Rurik en fasse des caisses, comme Belmondo et Charles Denner dans Peur sur la ville. Je le voulais cynique, gestuel, provocateur ! Ce qui est marrant, c’est qu’il a enchaîné derrière sur Innocence de Jean-Christophe Savelli (NB : et Raphaël Bertin), où il joue un rôle à l’opposé exact de ce qu’il a fait pour Die Die My Darling . Son jeu y est plus torturé, en accord total avec l’univers sombre de Savelli. Die Die est un film fun et coloré, ce que Rurik a compris d’entrée. L’opposé radical d’Innocence. Rurik vient de prouver qu’il était un vrai caméléon. J’espère que bien d’autres réalisateurs vont capter son potentiel. Je suis vraiment fier de lui.

L’univers de Die Die My Darling est un véritable fantasme pour mâles propulsé à l’écran, avec ses “amazones” se foutant royalement sur la gueule en tenues sexys. Comment parviens-tu à fédérer autour de toi autant d’actrices talentueuses et au physique de déesses antiques ? Question supplémentaire pour les lectrices de Cosmopolitan : quelle est ta conception du glamour ? Parce que celui qui émane du film, relayé par Aurélie Godefroy et Ioanna Imbert (pour ne citer qu’elles), fait preuve d’un goût certain, entre sophistication et fétichisme. François Gaillard ne serait-il pas un érotomane qui s’oublie ?

Comment je fais pour m’entourer de si jolies filles ? C’est simple : je vis à Montpellier, la ville qui regorge des plus jolies filles de France !!! Les filles du Sud sont aussi plus à l’aise avec leur corps ; elles sortent et font la fête, sont beaucoup moins coincées que les parisiennes. Et puis, je l’avais déjà signalé en parlant de Last Caress, à part Aurélie Godefroy, toutes mes actrices sont dans la vingtaine. Cette nouvelle génération est beaucoup plus ouverte à la culture "films de genre" que celle des trentenaires qui ont grandi dans les années 90. Quand j’avais 20 ans, les filles de mon âge refusaient de participer à un film d’horreur, elles ne voulaient même pas en voir un seul. J’essayais de leur montrer mes films préférés de l’époque comme Freaks ou Suspiria, mais c’était le bide à chaque fois. Aujourd’hui, les filles avec qui on tourne me parlent de À l’intérieur et Martyrs. Ioanna (NB : Imbert), par exemple, est une fan hardcore de ces deux films ! Jeanne (NB : Dessart) me parle de plaisirs coupables comme Maximum Overdrive ! Dans les années 90, des filles comme ça, ça n’existait pas ! Ces "nénettes" bouffent des séries qui explosent le politiquement correct, elles jouent aux jeux vidéo, collectionnent les comics… alors, quand tu leur parles d’un film d’horreur ou d’un film de baston, elles sont forcément partantes ! Qu’est ce que j’aimerais avoir 10 ans de moins ! Les années 90 m’ont fait perdre mon temps !

Concernant le glamour, c’est très simple : une femme doit être toujours belle à l’écran ! J’insiste auprès d’Anya (Savary, ma maquilleuse) pour que les filles soient maquillées comme des pin-up ! J’aime les filles maquillées, j’aime ce qui est voyant et j’aime admirer des femmes qui me paraissent inaccessibles ! Encore une fois, depuis les années 90, le cinéma se contente de maquillages discrets, car les actrices sont sensées incarner le fantasme de la "girl next door". Moi, je m’en fous de ma voisine de pallier. Je veux voir des filles qui sortent d’une bande dessinée. Je veux mettre leur corps en valeur ! Je ne vois rien de mal à tout ça, je veux juste montrer à quel point elles peuvent être belles. Je veux le montrer au spectateur et je veux le leur montrer à elles. Car la plupart d’entre elles, malgré les apparences, sont très complexées. Un jour, une des actrices de Last Caress est venue me voir et m’a timidement avoué qu’elle s’était trouvée magnifique dans le film… C’était le plus beau compliment qu’on pouvait me faire !

Je veux juste éviter le côté “vulgos”. Car oui, on peut montrer des femmes en petites tenues ou nues, sans les filmer comme des putes ! Il suffit simplement de montrer le meilleur de leur physique, choisir au montage les plans ou elles sont le plus à leur avantage. Qu’elle soit nue ou pas, et quelque soit l’univers dans lequel elle évolue, une fille ne sombrera jamais dans la vulgarité si on la filme sous son plus beau jour !

Et oui, je suis un érotomane ! Mais hélas pour moi, les tournages sont les seuls moments de ma vie ou je ne souffre pas de timidité maladive envers les femmes. Tout ce que je fantasme, je le transpose alors à l’écran.

On remarque aussi une fascination pour le décorum et les uniformes SS. Serais-tu un familier du genre "nazisploitation" ? Et si oui, quelles en sont les œuvres qui ont marqué ta vie de cinéphile ?

Pendant longtemps, le personnage de Ilsa la louve des SS m’a obsédé. Aussi malsain et vulgaire que soit le film, j’aime beaucoup l’aspect BD à la Elvifrance (NB : fameux éditeur français de “pockets” - BD petit format - érotiques) de la saga des Ilsa. Mais ce qui m’a fasciné, au-delà du délire "cracra" des tortures qui parsèment les films, c’est Dyanne Thorne !!! L’icône, un pur “supervillain” de comic book ! Je rêvais de récupérer l’image du personnage et de la réinterpréter à ma manière ! J’avais même dessiné le personnage incarné par Jeanne dans Die Die My Darling il y a de ça 8 ans ! C’est dire si ça me trottait dans la tête !

Sinon, je voulais donner à Die Die My Darling un petit côté rétro cabaret, un mélange de moderne et des années 40. A petite échelle, hein ! Mais ci et là, on a glissé des looks très années 30-40, avec des gavroches, des cigares, des bretelles, … Je trouvais que ça tranchait avec la direction artistique de Last Caress et Blackaria. Pour les “nazisploitations”, je me suis bien marré devant des films comme Train spécial pour Hitler (NB : Alain Payet, 1977) et surtout La maison privée des SS (NB : alias Hôtel du plaisir pour SS, Bruno Mattéi, 1977) ! Mais le véritable choc reste pour moi Salon Kitty (NB : Tinto Brass, 1976), que j’ai découvert seulement l’année dernière ! Mais là, on parle d’un chef-d’œuvre, doublé d’une charge politique et d’une réflexion sur le pouvoir ! Je rêve de réaliser un film érotique de la sorte, avec une telle portée intellectuelle ! Mais bon, j’ai encore beaucoup à apprendre !

Alors, toujours pas de certitudes (date de sortie) quant à l’exploitation de ces films en DVD/Blu-ray par le Chat qui Fume ? On se plaît à rêver d’un "double programme" Last Caress - Die Die My Darling

Et bien, on n’en est pas si loin, puisque Last Caress va sortir en Blu-ray en Allemagne d’ici la fin de l’année et qu’on pourra compter Die Die My Darling parmi les bonus. Je ne sais pas ce qu’il en est de la sortie française, mais je sais que Le Chat qui Fume s’occupe d’abord du marché étranger. J’aimerais voir ces films sortir en France, mais notre beau pays reste celui qui rapporte le moins !

Un tout grand merci à François Gaillard, pour sa sympathie et sa disponibilité.

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