Interviews

MADE IN INDONESIA - La porte interdite (Joko Anwar)

28 novembre 2008 | Par : Quentin Meignant

Nouvelle pépite indonésienne du réal de Pintu Terlarang

Joko Anwar s’est initié au cinéma en 2003 avec Joni Be Brave, un court d’action dont il était aussi le scénariste. L’homme, alors sans aucune expérience à la réalisation, a rapidement réussi à se faire une place au soleil dans un cinéma indonésien en pleine recrudescence.

En effet, ce pays méconnu des cinéphiles commença, à l’aube du nouveau millénaire, à développer un cinéma d’exploitation assez conséquent grandissant de manière exponentielle. Ce qui se faisait avec des bouts de ficelle voici dix ans se réalise maintenant à gros coups de dollars US pour un cinéma moderne teinté d’un certain traditionalisme.

Anwar n’est pas pour rien dans cette progression fulgurante puisqu’en 2005, il réalisa Janji Joni, aka Joni’s Promise, film d’aventures teinté de romance et d’humour, qui remporta un vif succès dans son pays d’origine.

Fort de ce succès, le cinéaste s’attaqua alors à Kala : Dead Time, film d’aventures fantastiques aux relents mystiques, qui fut présenté au BIFFF l’année dernière. Déroutante et sortant totalement des sentiers battus, l’oeuvre manquait toutefois de rythme mais permettait de découvrir une culture nouvelle et inconnue. Le pays n’ayant pas surfé sur le raz-de-marée asiatique de ces dernières années, il se pourrait bien qu’il soit le prochain eldorado oriental, nous permettant ainsi de découvrir une civilisation qui fait plus souvent parler d’elle dans la rubrique des faits divers internationaux.

A ce titre, la dernière création de Joko Anwar, Pintu Terlarang (aka The Forbidden Door, aka La porte interdite) pourrait bien être l’oeuvre qui propulsera l’Indonésie au rang de grand du cinéma. Projet ambitieux, Pintu Terlarang porte en lui beaucoup d’espoirs, d’une part ceux d’un réal qui aimerait faire parler de lui mais surtout, d’autre part, d’une nation toute entière pour qui le rêve n’a jamais vraiment existé...

Tiré d’un roman de Sekar Ayu Asmara, le film racontera l’histoire d’un sculpteur, dominé par sa femme et sa mère. Ce dernier prend connaissance de l’existence d’une secte dont les membres peuvent assister à la vie dépravée de certaines familles grâce à des caméras cachées. Il tombe alors sur un canal montrant un jeune garçon qui se fait tabasser par ses parents complètement dérangés. Il cherche à sauver l’enfant mais se rend vite compte que la réponse à ses questions se trouve dans sa propre maison, derrière une porte secrète...

Rencontre avec un cinéaste du bout du monde...

Bonjour Joko. Peux-tu nous décrire ton parcours jusque maintenant ?

J’ai été diplômé comme ingénieur aéronautique à l’institut de technologie de Bandung en 1999. Ensuite, je suis devenu journaliste et critique de films pour le Jakarta Post. Tout naturellement, j’ai très vite écrit mon premier scénario Arisan ! (The Gathering) qu’a tourné Nia Di Nata en 2003. Il a fait un énorme carton au box-office national et a été véritablement encensé par l’ensemble de la critique. Le succès du film m’a permis d’avoir une offre pour diriger directement mon premier long-métrage. Janji Joni (Joni’s Promise) a dès lors vu le jour en 2005. Il était tiré d’un script que j’avais écrit 8 ans plus tôt, en 1997, alors que j’étais encore au collège. Je n’avais que 21 ans...

Comme Kala : Dead Time, La Porte Interdite (Pintu Terlarang) mettra en scène une sorte de quête. Est-ce une caractéristique indispensable à tes films ?

Hmmm... C’est vrai ? Franchement, si c’est le cas, ce n’est pas intentionnel. Il y a aussi un critique de films qui a affirmé que, dans toutes mes oeuvres, je mettais en scène une femme enceinte qui se retrouvait en péril. Cela doit me venir inconsciemment ou alors c’est le fruit d’un hasard total.

Pintu Terlarang est basé sur un roman de Sekar Ayu Asmara. Quelles ont été tes autres influences pour bâtir le film ?

En fait, il s’agit d’une adaptation assez libre où nous n’avons pas repris chacun des éléments du livre de Sekar Ayu Asmara. Et, à vrai dire, je ne me suis pas réellement inspiré de quelque chose d’extérieur. Pintu Terlarang n’a donc été en rien influencé par un film ou un cinéaste parce que j’aime vraiment tous les genres de films. Mais pendant que j’écrivais le script, j’écoutais tout le temps Leonard Cohen, cela a sans doute été ma plus grande influence.

Kala : Dead Time a participé au BIFFF l’an passé. Présenteras-tu Pintu Terlarang dans des festivals européens en 2009 ?

Oh oui, et comment ! Je l’espère de tout coeur et je ferai tout pour que cela arrive !

Pintu Terlarang est actuellement en post-prod’. Comment cela se passe ?

Tout le processus de Pintu Terlarang, que ce soit la production, la réalisation ou la post-prod’, se déroulent à merveille. Je travaille avec la même équipe depuis des années, ce qui facilite pas mal de choses. Nous n’avons donc eu aucun problème de communication entre nous et ça, c’est très important. En plus, j’ai le meilleur des producteurs qui soit : il n’a cessé de nous encourager, de nous soutenir et, surtout, d’avoir confiance en nous !

Quelles seront, selon toi, les grandes qualités de ton film ?

Hmmm... C’est difficile ! (rires) Je sais qu’en tant que grand fanatique de cinéma, je suis trop souvent déçu quand je regarde des films dont on m’a promis monts et merveilles. Aussi, je ne veux pas trop en dire car je ne veux pas que mon film soit décevant une seule seconde.

L’ambiance du film ressemblera-t-elle à celle, très troublante, de Kala : Dead Time ?

Pintu Terlarang (The Forbidden Door pour l’international) est beaucoup moins sombre que Kala. Les décors sont plus modernes mais il y a tout de même un sentiment anachronique qui se dégage d’eux, un peu comme pour Kala à certains moments. La tradition est donc quelque part sous-jacente. Ca, c’est une caractéristique que l’on peut retrouver dans chacun de mes films.

Pintu Terlarang sort le 22 janvier en Indonésie. As-tu déjà trouvé des distributeurs étrangers ? Sinon, que dirais-tu pour convaincre les acheteurs potentiels ?

Je n’ai pas encore trouvé de distributeur étranger jusque-là. Si je peux dire quelque chose aux acheteurs étrangers, c’est que Pintu Terlarang sera un film kick-ass qui sera attrayant pour n’importe quel spectateur quel qu’en soit le pays. C’est sans doute le film le plus important jamais sorti en Indonésie. Enfin, c’est ce que je pense. (rires)

L’industrie cinématographique indonésienne est presque inconnue en Europe. Est-elle florissante ? Disposez-vous de budgets conséquents ?

Nous ne pouvons pas encore véritablement appeler cela une industrie mais nous nous en approchons tout doucement. Le nombre de films indonésiens augmente chaque année et cela devient vraiment impressionnant. Un seul film indonésien est sorti en 1999, après la décennie la plus pauvre du business ciné en Indonésie, pour plus de 70 films cette année ! Imaginez la différence !

Les budgets moyens vont de 200.000 à 800.000 dollars US. Pour Kala : Dead Time et Pintu Terlarang, nous sommes restés sous la barre des 600.000 dollars de budget.

Tu travailles beaucoup comme réalisateur mais aussi comme scénariste. As-tu déjà de nouveaux projets en vue pour les années futures ?

Je suis en train de préparer mon prochain long-métrage. Il s’agit d’un slasher intitulé Modus Anomali, dont je ne peux vous dire plus pour l’instant. Je suis en train d’essayer de trouver des investisseurs pour ce nouveau projet.

Merci Joko et bonne chance pour Pintu Terlarang. En espérant qu’il permettra au cinéma indonésien de sortir définitivement de l’ombre...

(Interview réalisée par Mae-Nak)

Trailer de Pintu Terlarang :

Commentaires

le scirpt est tantant ! faut voir si le spectacle suis maintenant !

30 novembre 2008 | Par Honeyboy

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