Interviews

MADE IN IRELAND - Savage

26 juin 2011 | Par : Gore Sliclez

Retour sur l’un des meilleurs films de l’année passée

Présenté au dernier festival du BIFFF, Savage a particulièrement marqué les esprits malgré une audience clairsemée et étrangement silencieuse pour l’occasion. Sans doute, le sujet du film...
Savage raconte l’histoire d’un paparazzi victime un soir d’une agression violente où il en ressort castré. Meurtri physiquement et psychologiquement, Paul connaît une lente descente aux enfers qui le mène tout doucement vers un épilogue convenu.

Brillamment interprété par Darren Healy, dont la métamorphose physique est impressionnante, épaulé par la non moins talentueuse (et craquante) Nora-Jane Noone, ce film irlandais n’est pas à classer trop vite dans la catégorie des vigilante movies au risque de passer à côté de la subtilité émotionnelle du scénario. Le combat psychologique de la victime est ici la conséquence d’une frustration commune à tout individu de sexe masculin atteint dans sa virilité sans possibilité de partager ou d’expliquer l’émotion. Comme dans un viol, la victime se sent humiliée voire avilie. Des sentiments lourds et sombres que Paul va devoir affronter seul, toujours borderline, capable de verser dans n’importe quel excès.

Un film touchant mais également d’une violence implacable (même si le réal s’en défend) qui ne laisse pas indifférent c’est certain et qui propose une vision moins caricaturale et western qu’un piètre Death Sentence.

Impossible de savoir actuellement si le film sortira ou non en salle chez nous ou bénéficiera d’une sortie DVD. C’est tout le bien que l’on souhaite de toute façon pour cette œuvre intelligente et hard ainsi que pour son réalisateur, Brendan Muldowney, à qui nous avons posé quelques questions sur son film.

- Après huit courts métrages vous faites enfin votre premier long. Pourquoi cette attente ?

En fait c’est neuf court métrages mais vous savez je n’avais pas trop le choix. J’aurai aimé faire un long métrage plus tôt si j’avais pu. Ce n’est pas la quantité de courts que vous faites qui intéressent les financiers mais la qualité ou les prix récoltés. Il a fallu que j’attende 2004 et la réalisation de mon film "The Ten Steps" qui remporta un prix à Sitges ainsi que douze autres à travers le monde pour que les gens commencent à remarquer mon travail. Et puis ça prend un bon moment avant de proposer un film écrit et prêt pour un tournage. J’ai développé d’autres projets mais qui sont restés sans suite.

- D’où vous est venu l’idée du scénario ?

J’ai toujours été fasciné par l’histoire de Bernard Goetz, cet habitant de New York qui dans les années 80 a tiré sur quatre membres d’un gang dans le métro. Il s’est toujours défendu en disant qu’il s’était senti agressé mais eux, car ils ont survécu, clamaient qu’ils ne faisaient que mendier. Il a été prouvé par la suite, lors du procès, que Goetz avait déjà été agressé et que cette fusillade dans le métro était en fait une provocation, il cherchait délibérément les ennuis.

- Y a-t-il une telle violence à Dublin ? Et si oui comment l’expliquez-vous ?

Je pense que la culture de la boisson que nous rencontrons en Irlande mais aussi en Angleterre provoque un certain type de violence que nous ne voyons pas dans d’autres pays européens. Cependant je ne pense pas que Dublin soit plus dangereux que n’importe quelle autre grande ville.

- Avez-vous rencontré d’autres victimes de castration ? C’est plutôt rare dans le cinéma un homme victime de castration non ?

Je dois dire que ce n’est pas très commun en effet. J’ai eu la possibilité de rencontrer des personnes victimes d’un cancer des testicules ça oui mais cette histoire-ci est plus une métaphore selon moi. En effet, j’ai rencontré des personnes victimes de viol ou d’agressions violentes et à chaque fois ils comparaient cette douloureuse expérience comme une castration. Je voulais dès lors montrer le fonctionnement de l’esprit et des sentiments de Paul après une telle attaque. Il y a eu des castrations dans le cinéma mais focaliser à ce point sur un personnage c’est rare en effet. Mon film explique également la part de testostérone qui existe dans la violence masculine...

- Comment Darren Healy s’est-il préparé pour son rôle ?

Je pense qu’il s’est préparé mentalement pour ce rôle en parlant énormément du personnage avec moi. Il a refusé également de rencontrer les autres acteurs qui interprétaient les agresseurs afin d’être vraiment effrayés par eux lors du tournage.

- Contrairement aux autres héros des vigilant movies, le personnage de Paul hésite, il est effrayé. Il n’entre pas dans le stéréotype du vengeur froid.

Je voulais surtout un sens du réalisme dans mon film. Voir de façon microscopique tous ces petits détails qui font qu’un homme ordinaire qui a subi une telle agression soit capable ensuite d’une telle violence.

- Que pensez-vous du genre "vigilant movie"’ justement ?

J’aime d’abord les films qui détournent le genre "vigilante" et présentent des "vengeurs" pas si blanc et noir ou très à droite. Bien sûr j’aime voir ces films-là aussi mais toujours avec un certain de degré de superficialité. Alors que pour ma part je préfère beaucoup plus quand le personnage principal de l’histoire est un être complexe qui agit également de façon moralement complexe. Par exemple Travis Bickle
dans Taxi Driver ou plus encore dans le film Irréversible où la vengeance vise la mauvaise personne.

- Avez-vous eu des problèmes avec la censure pour cette fin de film très trash ?

Non, nous avons eu un certification "plus de 18 ans" en Irlande et en Angleterre. Si vous regardez plus attentivement encore la scène finale il n’y a pas tellement de violence explicite. D’ailleurs, sur la durée de la scène, le son couplé à l’interprétation rendent la situation plus horrible encore.

- Que voudriez-vous dire aux gens qui pensent que votre film est trop violent ?

N’allez pas le voir ! C’est impossible de faire un film qui parle de violence sans un certain réalisme vécu à l’écran.

- Vous écrivez toujours vos scénarios. Vous ne faites pas confiance à d’autres ?

J’aimerai que quelqu’un me donne un bon scénario ! C’est seulement le fait que je ne l’ai pas trouvé. Heureusement, vu que mes actions montent, je vais peut-être en recevoir plus maintenant (rire).

- Pouvez-vous nous parler un peu de votre prochain film Love Eternal ?

C’est une adaptation du rom ’In Love with the Dead’ du Japonais Kei
Oishi. C’est un mélange entre histoire d’amour et nécrophilie. Ça paraît sombre comme ça mais c’est assez soft en fait. Le film vient de recevoir une aide de la Irish Film Board et est produit par Fastnet Films. On espère pouvoir commencer le tournage en Mars de l’année prochaine.

TRAILER

Commentaires

Yes ! Le grand retour de Gore Sliclez ! Welcome home, son ;-)

26 juin 2011 | Par Vivadavidlynch

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