Interviews

MADE IN JAPAN - Tokyo gore police

22 novembre 2008 | Par : Damien Taymans

Oh ça tache !

Vous aimez les pelloches tordues qui en ont sous le capot ? Vous êtes fans des distorsions physiques qui débouchent sur la destruction massive et brutale de pauvres corps qui se voient déchirés, écartelés, explosés par la main ennemie ? Vous seriez prêts à vous damner pour mater, le temps d’un instant, des débauches assassines baignées dans des mares, que dis-je, des lacs, que dis-je, des océans d’hémoglobine ? Et bien, chers amis, calmez votre organe érectile et essuyez la bave qui s’écoule de la commissure de vos lèvres tremblantes. Tokyo Gore Police, assurément, est fait pour vous ! Située dans un Tokyo futuriste où la police a été privatisée, l’intrigue du métrage nous met face à Ruka (la magnifique Eihi Shiina d’Audition), une jolie policière toute de cuir vêtue (mmmh...), armée d’un sabre à la lame méticuleusement aiguisée, qui écume la métropole afin de venger la mort de son paternel. Sa mission : éliminer tous les Engineers, des meurtriers mutants, aberrations de la Nature qui ne sont autre que des rebuts humains, qui présentent une particularité des plus étonnantes : se métamorphoser à force d’encaisser les coups.

Yoshihiro Nishimura est une véritable institution dans le pays du Soleil levant. Maquilleur sur Meatball machine, Strange Circus et Sukeban boy, artisan des effets spéciaux du délirant Machine girl de Noboru Iguchi, le nippon passe pour la seconde fois derrière la caméra, quatre années après son Speakerman : The Boo, pour nous livrer sa propre version de l’horreur, une horreur constituée de morceaux de barbaques qui volent en éclat et de tripailles qui pendouillent, renforcés par des containers entiers d’hémoglobine dans une foutue déferlante d’effets gore. Exagérant son propos, exacerbant chacune de ses exécutions, Tokyo gore police se pose comme un délire splatter assumé, une « fantaisie goresque » pour reprendre les termes de son réalisateur autant désireux de divertir le public que de l’amener au stade la nausée sans pour autant édulcorer l’intérêt formel de l’entreprise : « Il n’est pas vraiment possible de récolter autant de sang à partir d’un seul corps humain entaillé. Je désirais plutôt tourner chaque scène avec un souci d’esthétisme, qu’elle soit le plus artistique possible. »

Du long de ses 110 minutes, Tokyo Gore police offre un spectacle divertissant, parfois pompant (c’est quand même long !) mais jamais pompeux, agrémenté de quelques coups d’éclat humoristiques et ironiques, comme ces publicités fallacieuses tendance Starship Troopers réalisées par des pointures horrifiques du Japon : Noboru Iguchi (Machine girl) et Yudai Yamaguchi, responsable de Battlefield Baseball et de Meatball Machine. De fausses réclames qui témoignent de l’importance pour le réalisateur d’ « inclure une certaine critique sociale (…) qui fait référence à la situation actuelle » d’un pays au bord de la crise philosophique et ontologique, cloîtré entre le poids des traditions et le désir de s’émanciper et de goûter à une modernité sociétale. Une mentalité réac’ qui trouve son alliée dans la censure cinématographique nationale, peu permissive à l’égard de ces exagérations sanguinolentes. Ceci expliquant cela, Nishimura se tourne à nouveau (l’expérience était similaire pour Machine girl) vers les Américains plus coulants en la matière. « Au Japon, il est quasiment impossible de faire des films trashs étant donné que la moindre éclaboussure sanguine ou la moindre explosion de violence est directement censurée. Avec ce projet, nous n’avions aucune restriction côté américain du moment que nous ne perpétrions « aucun massacre de chiens, de chats et d’enfants ». C’est ce qui explique pourquoi j’ai été aussi loin dans ces descriptions extrêmes, vu les frustrations que j’avais précédemment connues. »

A l’instar de Machine girl adjectivé par certains de gorefest impitoyable et par d’autres comme un délire festivalier sans âme, Tokyo gore police risque de diviser l’assistance mais ne saurait en aucun cas laisser de marbre. Préparez-vous dans les chaumières, ça va charcuter sec !

L’interview de Yoshihiro Nishimura

Vous avez occupé quelques fonctions sur ce film (scénariste, réalisateur, maquilleur, effets spéciaux) comme sur votre précédent métrage. N’est-ce pas trop difficile à gérer une telle dispersion ?

C’était une vraie dispersion, c’est clair mais j’ai l’habitude. Quand je m’occupe habituellement des effets spéciaux, je reste près du réalisateur pour lui faire quelques suggestions. La seule différence cette fois est que je ne pouvais pas piquer un somme entre deux prises puisque je devais m’occuper de tout (rires).

Tokyo gore police est produit par la prod’ américaine Fever dreams et celle nippone Nikkatsu. Pourquoi vous êtes-vous tourné vers les Etats-Unis ?

Tokyo Gore Police, comme Machine Girl, a été à 100 pourcents financée par une production américaine appelée Media Blasters qui ont inclus Nikkatsu afin de prendre soin du marché japonais. Le métrage a donc été au départ conçu pour conquérir le marché américain (et ceux d’autres langues) et pas spécifiquement pour le Japon.

C’est pourquoi le casting complet est japonais. Au Japon, il est quasiment impossible de faire des films trashs étant donné que la moindre éclaboussure sanguine ou la moindre explosion de violence est directement censurée. Avec ce projet, nous n’avions aucune restriction côté américain du moment que nous ne perpétrions « aucun massacre de chiens, de chats et d’enfants » (rires). C’est ce qui explique pourquoi j’ai été aussi loin dans ces descriptions extrêmes, vu les frustrations que j’avais précédemment connues.

Votre casting comprend quelques belles révélations comme Eihi Shiina ou Tak Sakaguchi, deux figures bien connues des fans d’horreur. Comment les avez-vous convaincus de faire ce film ?

Caster Eici Shiina était une demande de la production américaine étant donné sa popularité sur leur terre cinématographique depuis son rôle dans Audition de Takashi Miike. Au commencement, je ne me rendais pas compte de cette popularité et je n’étais donc pas sûr de l’incorporer dans mon film. Mais après l’avoir rencontrée en personne, j’ai compris qu’elle constituerait un bien bel assortiment pour Tokyo gore police. Les litres d’hémoglobine et Eichi, ça fait une rencontre parfaite.

Je connaissais Tak Sakaguchi depuis Meatball Machine. J’ai même travaillé avec lui sur plusieurs autres films. Il a exécuté un excellent boulot dans mon film. D’ailleurs, cette première séquence n’aurait pas été possible sans lui !

Les Engineers ne sont pas des monstres habituels. Ils possèdent une vie dramatique et nous ne pouvons nous empêcher d’éprouver de l’empathie pour eux. Pourquoi les avoir rendus si touchants ?

Je pense qu’il est important d’expliquer pourquoi ils se sont métamorphosés en monstres. La connaissance de leur passé permet d’approfondir chacun de ces personnages. Je n’ai jamais perdu cette donnée de l’esprit quand je bâtissais chacun des Engineers.

Nous avons récemment pu admirer votre magnifique travail sur Machine Girl. Tokyo Gore police va encore plus loin dans les éjaculations sanguines. Etes-vous un sadique amoureux des gorefests ?

Je ne suis pas spécialement fan de l’effet brut du gore, du splatter plat. Le film est un monde d’imagination. Je l’étiquette plutôt comme une fantaisie goresque. Tu sais, il n’est pas vraiment possible de récolter autant de sang à partir d’un seul corps humain entaillé. Je désirais plutôt tourner chaque scène avec un souci d’esthétisme, qu’elle soit le plus artistique possible.

De fausses publicités parsèment votre film. Hommage aux grindhouse ou satire sociale ?

Je pense qu’il est important d’inclure une certaine critique sociale dans ses œuvres. Ces agréments parodiques font référence à la situation actuelle du Japon. Je n’ai donc pas vraiment pensé aux grindhouses en les injectant dans l’œuvre.

Une suite est-elle possible ?

J’ai déjà quelques idées pour une séquelle. Si vous achetez tous les produits Tokyo gore police (les DVD), je ferai plus facilement une suite (rires). Je vous remercie en tout cas de votre intérêt. Merci du fond du cœur.

(Interview réalisée avec beaucoup de sous-titres par Damien)

Le trailer

Commentaires

oserais-je dire que ca m’excite ? ben oui, j’ose...

23 novembre 2008 | Par dark forest

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