Interviews

MADE IN NORWAY - Cold Prey 2

5 décembre 2008 | Par : Damien Taymans

Le monstre qui venait du froid

Le panorama cinématographique européen est en pleine mouvance. Hormis les précédentes incursions françaises dans le genre, la mainmise de la production ibérique et les récentes résurrections transalpines, s’il est une partie de l’Occident qui a véritablement le vent en poupe, c’est bien la Scandinavie. A la tête d’une industrie largement impliquée dans les productions dramatiques, l’Europe du Nord s’est depuis peu découvert une véritable passion pour le cinéma de genre. Des balbutiements vampiriques du Frostbiten suédois à la récente vague qui envahit peu à peu le marché mondial (la perle vampirique Let the right one in, le brutal Manhunt aka Rovdyr et le futur et déjà jubilatoire Dead Snow), le cinéma nordique s’est également distingué avec Cold Prey, slasher traditionnel magnifié par les plaines neigeuses qui s’étendent à perte de vue et l’atmosphère glaciale qui en découlait.

Révélation des festivals, le métrage de Roar Uthaug appelait incontestablement une séquelle pour les producteurs de la Fante films qui comptent susciter avec la suite un engouement similaire. Uthaug appelé sous d’autres cieux, la Fante doit changer de cap et engager une nouveau metteur en scène. Leur dévolu se pose sur Mats Stenberg, publicistes talentueux qui travaillait déjà pour la société à l’époque. Epaulé par l’expérience d’Uthaug, oeuvrant ici en tant que producteur et scénariste, de Thomas Moldestad (scénariste du premier qui remet le couvert pour ce deuxième opus) et Martin Sundland (producteur), Stenberg signe avec ce Cold Prey 2 (Fritt vilt II, en norvégien dans le texte) une séquelle comparable à celle offerte par Rosenthal au chef-d’oeuvre Halloween de Carpenter. Outre le réinvestissement d’une grande partie de l’équipée technique, les deux séquelles se présentent comme une suite directe des événements du premier épisode et, coïncidence ultime, se déroulent toutes deux en milieu hospitalier où se retrouve coincée la jeune héroïne, seule survivante du carnage originel.

Cependant, à l’instar du métrage de Rosenthal, celui de Stenberg s’écarte quelque peu de la voie tracée par l’oeuvre de son confrère Uthaug, s’inscrivant davantage dans la lignée des survivals que des slashers, sous-genre auquel appartenait le modèle. "C’est une suite directe, nous explique le cinéaste, ça commence deux heures après la fin du premier. Comme un 2e chapitre de l’histoire de Jannicke. Mais l’histoire est totalement différente, avec des émotions différentes. Donc non c’est n’est pas pareil.
Mais en même temps oui. Il y a tellement de similitudes. Mais c’est difficile d’en parler sans dévoiler trop de choses.
Je pense que mon approche est différente de celle de Roar.
" Et le metteur en scène de légitimer le changement de ton adopté ("Beaucoup de gens ont apprécié que ce ne soit pas le genre de suite où cinq ados allant dans le même motel se font trucider.") par son oeuvre par le sempiternel mélange des genres, apanage des néophytes en longs métrages qui sur-référencent souvent à l’excès au détriment de la cohérence de l’oeuvre (l’exemple le plus frappant, côté hexagonal, reste le récent Frontière(s) de Xavier Gens). Mais si Stenberg trouve de suite les mots qu’il faut pour rassurer les spectateurs sur ses références car, si le réal’ affirme ne pas être un véritable admirateur du genre horrifique, son panel d’oeuvres-phares rassure autant qu’il séduit (Halloween, Vendredi 13 et, plus spécialement, The Hitcher).

Reste à espérer que cet éloignement volontaire ne déroute pas trop les aficionados de l’opus d’Uthaug et qu’il permette à ce second opus, à mi-chemin entre reprise conventionnelle et déviation obligatoire, de devenir une marque de réussite pour les futures et nombreuses suites qui engorgent le marché cinématographique horrifique depuis des lustres.

L’INTERVIEW DU REALISATEUR, MATS STENBERG

Comment êtes-vous arrivé sur ce projet ?

J’ai travaillé en tant que réalisateur de pubs en Scandinavie entre 1994-1995, et donc je travaillais pour des boîtes dans différents pays. Celle qui me représentait en Norvège à cette époque était Fante films.
Comme vous devez le savoir, ils ont produit le premier Cold Prey.
Quand Roar (qui a réalisé le premier métrage - ndlr) est parti sur d’autres projets, ils ont cherché un nouveau metteur en scène.
J’avais déjà manifesté mon désir de lire des scripts et il était peut-être temps pour moi de démarrer ma carrière de real de cinéma. Une chose en entraînant une autre… Yeah ! Je pense qu’ils savaient que ce serait un challenge de faire une bonne suite. Et puis j’ai aussi beaucoup aimé le script.

Vous m’avez chambré à propos de mon prénom et vous êtes le real d’une première oeuvre horrifique. L’horreur est-elle une passion pour vous ?

Je ne suis pas un fan absolu du film d’horreur, mais j’ai grandi avec la grande vague horrifique américaine des années 80. Au cinéma, j’ai vu tous les classiques, comme Halloween (oui je sais c’est en 1978 mais c’est presque les 80’s) et Vendredi 13. The Hitcher (l’original) est un des mes films préférés de cette époque. Je crois me rappeler avoir vu Fog de Carpenter trois fois. Et bien sûr la vague asiatique des 90’s a été une immense inspiration. Particulièrement la façon dont ils ont adapté l’horreur avec une approche plus urbaine. Et les plans, et les couleurs…

Roar Uthaug, le real du premier opus, est producteur et scénariste sur celui-ci. Comment avez-vous travaillé avec lui ? Vous a- t- il conseillé pendant le tournage ?

Nous sommes assez différents dans notre manière de tourner, nos goûts ou nos références divergent également… Nous avions un groupe d’écriture composé de Roar, Thomas (scénariste), Martin (producteur), Kristian (producteur) et moi-même, nous avions des échanges très créatifs. Parfois, nous étions parfaitement d’accord, d’autres fois nous nous battions sur certains détails. Mais quand le tournage a commencé je n’avais plus besoin d’aucune contribution. Je suis dans la réalisation depuis longtemps et je suis assez sûr de ce que je veux.

Quand le projet de tourner une suite est-il né ?

Je crois (mais vous devriez plutôt demander aux producteurs) après la sortie et quand il est devenu évident que Cold Prey avait une solide base de fans en Norvège. Je veux dire qu’il s’agit du premier vrai slasher norvégien et le public a adoré. Mais du coup les attentes sur la suite étaient très importantes.

Cold Prey 2 garde-t-il l’atmosphère du premier ?

Oui et non. C’est une suite directe ; ça commence deux heures après la fin du premier. Comme un 2e chapitre de l’histoire de Jannicke (survivante de Cold Prey). Mais l’histoire est totalement différente, avec des émotions différentes. Donc non c’est n’est pas pareil.
Mais en même temps oui. Il y a tellement de similitudes. Mais c’est difficile d’en parler sans dévoiler trop de choses.
Je pense que mon approche est différente de celle de Roar.

Le tueur disparaît à la fin du premier opus, après les coups de piolet. Comment la menace réapparaît—t-elle dans cette suite ?

Me demandez-vous sérieusement de vous révéler l’ultime secret lorsqu’on parle d’une suite de ce genre (rires) ? En Norvège, les gens ont beaucoup spéculé avant que certains articles ne divulguent des éléments. Jannicke va-t-elle craquer ? La mère ou un frère éloigné de l’homme de la montagne (que nous appellerons Brath) vont-ils apparaître ?Si vous allez voir le film vous saurez.

Thomas Moldestad travaille de nouveau sur le script du film. De nombreux prix lui ont été décernés pour son travail sur Cold Prey. Vous a-t-il aidé à vous immerger dans l’univers du film ?

Comme je vous l’ai dit… Nous travaillions en équipe sur le script et même si, lorsqu’il s’agit de l’histoire c’est le travail de Thomas, nous avons tous essayé de porter la meilleure histoire à l’écran.
En plus d’être une personne géniale, Thomas n’a aucun problème de prestige. Il est ouvert aux nouvelles idées.
Mais comme je l’ai dit, j’aime vraiment ce script. Même si j’ai commencé par lire la version 4 et que nous avons terminé avec la version 13, bien sûr !

Cold Prey était un pur slasher, cette suite a l’air de s’apparenter à un survival. Vouliez-vous différencier votre film du premier ?

Oui. J’ai n’aime pas trop la pureté au cinéma. J’ai toujours adoré ceux qui mélangeaient les styles et je trouve que cela me convient mieux en tant que réalisateur.
Et comme j’ai eu la chance de commencer par un film d’horreur mêlant action et sentiments, je devais juste foncer.
La fin ressemble à un western même si je ne mentionnerai pas ce genre dans mes influences pour ce film. Mon film préféré des 80’s reste « The Hitcher ». Il y a beaucoup d’action dans celui-là…

Le début du film fait penser à Halloween 2, qui était aussi une suite immédiate. Vous en êtes-vous inspiré ?

Je l’ai vu au cinéma mais je ne m’en souviens plus vraiment. C’était pas terrible, non ?
Mais non, ce n’était pas une inspiration. Mais comme nous avons pris une voie narrative identique à celle d’Halloween 2, il est naturel qu’il y ait des similitudes.
Si quelqu’un se fait presque tuer par un maniaque, il finira à l’hôpital et la police sera impliquée. C’est ce qui arriverait dans la vraie vie, et nous voulions avoir un point de vue réaliste pour Cold Prey 2.
Au moins jusqu’à un certain point…

La photographie de Daniel Voldheim était magnifique. Qui s’en est occupé sur votre film ?

Anders Flatland est assez connu en Norvège et en Scandinavie pour son travail sur des clips et des publicités.
Nous avons très souvent essayé de travailler ensemble mais nous n’étions pas synchro quand il s’agissait de finaliser.
Donc nous n’avions jamais tourné une seule image ensemble jusqu’à Cold Prey 2.

Mais je ne voulais pas quelque chose de clinquant. Je voulais ses sentiments sur la lumière et les mouvements de caméra. Et aussi son ouverture d’esprit (car j’aime aussi travailler les angles, les lentilles et les cadres).
Je pense qu’il a beaucoup apporté au projet avec son enthousiasme et sa créativité.
Nous avons tourné en 35mm (Cold Prey était en super 16) ce qui nous a offert la possibilité d’une lumière réaliste et sombre.
Pour certains plans de couloirs, que l’on voit dans le teaser, on a utilisé des ampoules tungstène ordinaire de 25w et 40w !

Que pensez-vous de la récente vague horrifique en Scandinavie (Cold Prey, Let the right one in…) ?

J’adore !
Etant suédois mais travaillant au Danemark et en Norvège, j’apprécie que la Scandinavie ait sa propre « vague ». Nous devons essayer nous aussi de faire nos propres films de genre.
Comme quand Luc Besson a commencé à tourner des films d’action. Ils étaient géniaux et totalement différents des films d’action américains.
Et puis on voit bien la mode horrifique en France et en Espagne depuis quelques années et à quel point ça renouvelle le genre. J’espère que nous pourrons faire de même ici.

Ce film est-il aussi terrifiant que le premier ?

Je ne suis pas la bonne personne pour répondre, non ?
Mais j’ai lu de nombreux blogs et je pense que cela dépend de qui vous êtes et de ce qui vous fait peur…
Mais beaucoup de gens ont apprécié qu’il ne s’agisse pas seulement d’un slasher, et que ce ne soit pas le genre de suite où cinq ados allant dans le même motel se font trucider.

Jannicke manipule-t-elle toujours aussi bien son arme ?

(Rires) Je ne crois pas qu’elle l’utilise dans le premier mais c’est une femme intelligente et pleine de ressources donc si elle doit…elle le fera !

D’autres projets à venir ?

Certaines personnes disent qu’il faut déjà avoir abordé un autre projet quand le précédent se termine. Mais j’espère que ca ne concerne pas les réalisateurs de premiers films. Mais vous savez, j’aime toujours autant réaliser des pubs et après un an de cinéma j’aimerais bien m’y remettre un peu.

Sinon j’ai déjà quelques idées et je change de boîte de production en Norvège pour Four and a half. J’espère apporter à leur département de films fantastiques une touche un peu plus commerciale. Le temps nous le dira…

(Interview réalisée par Damien et Nicore et traduite par Ursula)

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