Interviews

MADE IN NORWAY - Manhunt

7 mars 2009 | Par : Damien Taymans

Le slasher venu du froid

A l’image de Sauna et Morse, Manhunt appartient à une nouvelle vague de films d’horreurs venue tout droit du froid, qui font le tour des festivals ces derniers mois et permettent aux réalisateurs de se faire petit à petit un nom. En effet, les pays scandinaves n’en sont pas à leurs premiers pas dans le genre, mais confesse Patrk Syversen malgré « quelques films du genre ces dernières années, ils n’étaient pas aussi nombreux, et n’ont pas eu autant de succès que maintenant. » Car, hélas, rares sont les bobines qui sortent dans les salles au grand jour ; quand elles n’ont pas la chance d’être diffusées dans une unique salle de cinoche, elles finissent en direct-to-video dans le silence le plus total. Déclencheur de cette nouvelle opportunité nordique, un certain Cold prey qui sut enchanter les festivaliers et fut le premier à se frayer un chemin vers la gloire. "Cold Prey a ouvert les portes aux films d’horreur en Norvège en raison de son succès commercial, et les producteurs ont vu qu’il était possible de se faire de l’argent avec ce genre de films. Nous avons écrit Manhunt avant que Cold Prey ne sorte, et nous avons décidé de le filmer nous-mêmes, en partant de rien. Après la sortie de Cold Prey, les gens ont commencé à montrer de l’intérêt pour notre projet, et nous ont permis de le sortir au cinéma."

Heureusement, Patrick Syversen eut de la chance : son premier film, qui porte le doux nom de Manhunt (Rovdyr en version originale), est un bon petit survival old school, qui rappelle avec délice les films des seventies auxquels il rend hommage, Massacre à la Tronçonneuse et La Dernière Maison sur la Gauche en tête. Ce que le cinéaste avoue sans mal : « Les films rétro des années 70 ont clairement été l’inspiration clé de Manhunt. Nous voulions que le film soit une vraie gifle, et les films d’exploitation des seventies avaient ce côté-la. Ils étaient pleins de références, et allaient jusqu’au bout. […] Evidemment, nous avions ces films en tête quand nous écrivions, mais il était davantage question de capturer une sensation. Celle de malaise, d’impuissance ». Oeuvre créée avec son épouse, la tendre Nini Robsham avec laquelle il partage tout, jusque dans les dérives professionnelles, Manhunt est avant tout une bobine dithyrambique à l’égard d’un style de moins en moins désuet, sorte de nostalgie à la mode qui consiste à renvoyer inlassablement vers les seventies pour contrer le malaise des productions contemporaines. Torchée avec passion, édifiée avec déférence, cette péloche méritait qu’on s’y attache plus profondément.

Pouvez vous nous parler un peu de vous ? Sur quoi avez-vous travaillé avant ce premier long ?

Je suis un écrivain et réalisateur norvégien de vingt-six ans. J’ai toujours été passionné par le ciné, et j’ai commencé à écrire assez tôt, vers l’âge de douze ans. J’ai tourné beaucoup de films moi-même pendant mes premières années, puis j’ai commencé à élargir le budget et les ambitions. J’étais dans une école de cinéma en Norvège il y a quelques années, et c’est là que j’ai rencontré Nini Bull Robsham, ma fiancée, collaboratrice et coscénariste. Après quoi, j’ai réalisé quelques publicités et clips, mais nous étions surtout focalisés sur la réalisation de courts métrages indépendants à petits budgets. J’ai fais un court nommé Utkant (Ailleurs en français) qui a vraiment bien marché dans les festivals à travers le monde. Après quoi, nous étions tellement impatients à l’idée de faire un long métrage que nous avons décidé de nous pencher sur l’écriture d’un survival qui pourrait être réalisé avec un budget limité ; nous avons commencé à travailler sur Manhunt en août 2006.

Quelles étaient vos références pendant la réalisation de Manhunt ?

Les films rétro des années 70 ont clairement été l’inspiration clé de Manhunt. Nous voulions que le film soit une vraie gifle, et les films d’exploitation des seventies avaient ce côté la. Ils étaient pleins de références, et allaient jusqu’au bout, ce que j’aime beaucoup. L’idée était toujours de faire un film dans cette veine : filmer rapidement, et toujours avoir cette énergie. Nous voulions que le film soit un véritable survival se passant au fond des bois, tout droit sorti des seventies, un peu comme Three on a Meathook (NDLR : Trois filles pour le boucher en version française) et les autres films de ce genre.

Est-ce que le succès de Cold Prey a eu un impact sur la production de Manhunt ?

Cold Prey a ouvert les portes aux films d’horreur en Norvège en raison de son succès commercial, et les producteurs ont vu qu’il était possible de se faire de l’argent avec ce genre de films. Nous avons écrit Manhunt avant que Cold Prey ne sorte, et nous avons décidé de le filmer nous-mêmes, en partant de rien. Après la sortie de Cold Prey, les gens ont commencé à montrer de l’intérêt pour notre projet, et nous ont permis de le sortir au cinéma.

Que pensez-vous de la récente vague de films d’horreurs scandinaves ?

J’aime le fait que les films d’horreur scandinaves soient très présents dans les festivals ces temps ci. Nous avons eu quelques films du genre ces dernières années, mais ils n’étaient pas aussi nombreux, et n’ont pas eu autant de succès que maintenant. Ce qui est bien, c’est qu’ils sont tous si différents, du brillant et poétique Let The Right One In (NDLR : Morse en version française) en Suède, à des survivals plus directs comme notre film.

Certaines personnes considèrent Manhunt comme un mélange entre Massacre à la Tronçonneuse et Délivrance. Qu’en pensez-vous ?

Evidemment, nous avions ces films en tête quand nous écrivions, mais il était davantage question de capturer une sensation. Celle de malaise, d’impuissance, et bien sûr celle de voir un véritable survival. Délivrance est un film magnifique, qui tape dans pas mal de domaines sociaux et psychologiques, et nous avons essayé de nous inspirer de ces éléments-là. Ce qui est commun aux films que vous avons cité est le fait que les personnages et leurs réactions sont particulièrement importants, et nous voulions que ce soit également comme ça dans notre film. C’est pour cette raison que nous n’expliquons jamais les motivations des chasseurs. Le film n’est pas centré autour d’eux, mais autour de personnes dans une situation sans espoir.

Comment s’est déroulé la phase d’écriture avec Nini Robsham ?

Nini et moi écrivons ensemble depuis que nous nous somme rencontrés, et elle est vraiment formidable. C’est une bonne chose que d’avoir quelqu’un avec qui collaborer car nous dépassons toujours nos limites. De plus, il est bien d’avoir un point de vue masculin et féminin sur ce que nous faisons. Nous avons partagé le travail en deux de manière à ce que chacun s’implique autant. Parfois elle écrit un brouillon et je lui donne mon impression, et des fois c’est l’inverse. A la fin de la phase d’écriture, nous rédigeons les derniers brouillons ensemble, et c’est assez amusant.

Nini est scénariste, mais aussi actrice au sein du film. Comment a-t-elle géré ces deux rôles, qui sont totalement différents ?

Je ne peux pas parler à la place de Nini, mais faire tellement de choses dans le film était certainement difficile. En plus de l’écriture et de son rôle d’actrice, elle était également productrice exclusive, alors nous avons décidé que son personnage serait tué tôt dans le film. Nini a fait du bon boulot en tant qu’actrice, et nous avons mis beaucoup de ses tics et de ses manies dans son personnage. Cependant, le tournage de la scène de sa mort a été difficile. L’écrire était amusant, mais il faisait froid quand nous tournions, nous étions pressés par le temps, c’était vraiment intense. Nini pleurait vraiment sur le plateau, et les tremblements que vous voyez à l’écran sont réels. C’était particulièrement difficile. Nous avons fait beaucoup de colorisation donc ça ne se voit pas tellement pendant le film, mais son visage virait au bleu à cause du froid et du manque d’oxygène. Elle s’est vraiment donné à fond.

La musique du film rappelle celle de la Dernière Maison sur la Gauche ? Le film de Wes Craven est-il une référence pour vous ?

J’aime vraiment beaucoup la Dernière Maison sur la Gauche, et c’est définitivement un des films cultes que nous voulions évoquer. La chanson de David Hess collait vraiment bien. Au début, nous n’avions pas planifié d’avoir un générique à l’ouverture, mais cela s’est déroulé de manière totalement naturelle lors du montage. Au début, nous avons utilisé ce morceau comme une musique de film provisoire, afin de capturer la touche de David Hess que je voulais. C’est alors que j’ai réalisé qu’il fallait que j’utilise cette chanson. « Wait for the Rain » est parfait. Ce n’est pas véritablement dans le film, mais sur la face B de la bande originale si je ne me trompe pas, et ça rendait vraiment bien.

Est-ce que Manhunt doit être perçu comme un hommage aux séries B des années 70 ou est-ce une manière de les remettre au goût du jour ?

C’est un peu des deux. Pour nous, les émotions que l’on essayait de décrire étaient la chose la plus importante, ainsi que la recherche de la bonne manière de raconter l’histoire. Les survivals rétro convenaient parfaitement, alors nous avons changé les règles, modelé différentes choses. Nous n’avions jamais l’intention de réinventer le genre, mais simplement de tenter l’expérience de faire un film parlant des réactions primaires de l’homme.

Quelles est votre prochain projet de film ?

Nini et moi sommes en train d’écrire quelques projets actuellement, ils sont tous à différent stades de développement.

(Interview réalisée par Damien et Metzgerin)

(Traduction : Metzgerin)

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