Interviews

MADE IN SPAIN/CANADA - Mama

16 mai 2013 | Par : Seb Brunclair

Énorme succès surprise du box office américain, Mama (sorti ce 8 mai en Belgique et ce 15 mai en France) est le premier long métrage d’Andrés Muschietti et a été produit par Guillermo Del Toro, rien que ça. Au lendemain de sa projection lors du dernier BIFFF dans une ambiance totalement survoltée à base de chanson et de projections de papier toilette, nous l’avons rencontré ainsi que sa soeur et productrice Barbara, avec qui il a co-écrit le film.

Mama a d’abord vu le jour sous la forme d’un court métrage. Est-ce que vous aviez toujours eu un long métrage en tête ou pensiez-vous que cela en resterait là ?

Andrés Muschietti : Le court métrage est quelque chose que nous avons réalisé sans avoir écrit de véritable histoire, donc nous n’avions pas l’intention de le développer en long métrage par la suite. C’était plutôt un exercice de style pour promouvoir le projet que nous avions en tête à ce moment-là, « The Yearning », qui était une autre histoire de fantôme. Mais les gens ont commencé à montrer plus d’intérêt envers le court-métrage qu’envers ce projet-là, ils voulaient savoir ce qu’était cette « Mama ». Il nous a donc fallu répondre à toutes ces questions.

Est-ce que ce projet finira tout de même par voir le jour ou l’avez-vous abandonné ?

A.M. : Non, nous ne l’avons pas abandonné. Il n’est juste pas actif pour l’instant et reste dans un tiroir depuis environ 5 ans. Mais c’est une magnifique histoire de fantôme, et nous finirons peut-être par la sortir de ce tiroir.

Comment décririez-vous le personnage de Mama ? Est-ce que vous la voyez comme un gentil ou un méchant fantôme ?

A.M. : C’est un bon fantôme, mais ses méthodes sont…discutables (rires). Mais au final, peu importe sa bonté parce que nous ne la dévoilons pas avant la toute fin du film. Donc au début, justement parce que nous cachons sa vraie nature, on ne montre que son côté maléfique.

Barbara Muschietti : C’est un fantôme « gris », ni tout blanc, ni tout noir. C’est un vrai personnage avec ses bons et ses mauvais côtés et je pense que c’est ce qui fait de Mama un monstre intéressant.

A.M. : Oui, je ne pense pas qu’on puisse vraiment dire que c’est un personnage tridimensionnel, parce que c’est un fantôme et que c’est son instinct protecteur qui la pousse à agir. Et c’est ce qui en fait à la fois une âme aimante et une tueuse.

Quelles ont été vos inspirations pour le design du personnage de Mama ?

A.M. : En grandissant, nous avions chez nous une peinture de Modigliani que je trouvais vraiment effrayante et qui m’a hanté longtemps. Je n’avais jamais rien vu de tel au cinéma et je me suis dit que si je trouvais ça effrayant, cela pourrait produire le même effet sur d’autres gens. Donc au moment d’établir le design de Mama, je me suis dit que je n’avais pas envie de rester dans les clichés habituels mais plutôt d’opter pour un tout autre type de peur, quelque chose de plus paisible et humain, tout en gardant un aspect inquiétant au niveau du visage. Ses yeux sont vides et positionnés selon un angle bizarre, et son cou est allongé, ce qui donne un tout autre type de personnage effrayant.

Pourquoi avoir choisi de représenter Mama par des mites ? Est-ce que ça a une signification au niveau de l’intrigue ?

A.M. : Il s’agit plutôt d’un outil visuel pour indiquer la présence de Mama sans avoir à la montrer. Les mites sont une extension du personnage et de sa présence qui permettent de maintenir le mystère et le suspense qui l’entourent. Je pense que c’est le genre d’éléments visuels qui aident à rendre le film plus prenant.

La fin du film est assez triste. Vous n’aimez donc pas les happy endings ?

A.M. : J’aime surtout les fins mémorables. Je me rends compte qu’il y a un tas de films dont je n’arrive même pas à me souvenir de la fin, et je déteste ça. Je pense que Mama n’en fait pas partie. Et je dirais que la fin est douce-amère, pas totalement triste ni heureuse. On en restera là pour ne pas spoiler le film.

Était-ce difficile de travailler avec des enfants, en particulier sur un film d’horreur ?

A.M. : Au plus ils sont jeunes, au plus c’est difficile, parce que ça devient de plus en plus compliqué de maintenir leur attention et de leur faire comprendre ce qu’on est en train de faire. Je dirais que dans le cas d’un enfant de 5 ans, comme l’actrice qui joue Victoria enfant au début du film, c’est probablement le plus gros challenge. Mais comme je réalise des publicités depuis environ 15 ans, j’ai acquis de l’expérience en ce qui concerne la direction de jeunes acteurs et appris ce qui peut les faire réagir, en fonction de leur âge. En fait le plus difficile est de trouver des enfants aptes à relever un tel défi ; les diriger est plutôt naturel pour moi parce que ça fait partie du jeu.

En bénéficiant du soutien de Guillermo Del Toro comme producteur, n’avez-vous pas peur d’être éclipsé par son nom et son aura ?

A.M. : Non pas vraiment. Pour moi, le fait de l’avoir en tant que mentor est quelque chose dont je suis très fier, et même si son nom est en général mis en avant dans la promotion du film, je suis vraiment heureux qu’il nous ait aidés dans ce projet. On se fiche de la place que prend son nom sur les affiches, vu qu’on apprécie qu’il nous ait aidés à faire de Mama un grand film. Et je pense que les gens savent qu’il y a d’un côté le producteur/mentor et d’un autre côté le réalisateur, donc je ne m’en fais pas pour ça.

B.M. : Il faut aussi dire que c’est notre premier film et que personne ne sait qui nous sommes, et pourtant il a été vu par 15 000 000 de personnes pour l’instant. Et ça, c’est grâce à Guillermo. Bien sûr, le bouche à oreille y est aussi pour beaucoup, mais la première vague de spectateurs est sans doute due en grande partie à son nom. Et rien que pour ça, nous lui sommes extrêmement reconnaissants.

Prévoyez-vous de travailler à nouveau avec lui ?

A.M. : On ne sait jamais. Pour l’instant, nous n’avons aucun projet commun mais nous collaborons sur différentes choses : il planche sur l’adaptation en série télé de son roman « The Strain » et il se pourrait que j’en réalise un épisode. Il y a donc quelques petites collaborations mais il n’y a pas de film à l’horizon pour l’instant.

B.M. : Je pense que Guillermo adore ce rôle de mentor. C’est un excellent professeur et il semble vraiment apprécier cela.

A.M. : Il aime faire office de mentor auprès de réalisateurs débutants, ça fait partie de son expérience en tant que producteur. Et il a du cran, parce ça demande de prendre pas mal de risques de soutenir un réalisateur inexpérimenté dans le domaine du long-métrage , comme il l’a fait dans mon cas. Il a fait confiance à nos instincts mutuels et il mérite un certain crédit pour ça.

Comment se passe la collaboration entre frère et sœur ? Est-ce plus facile ?

B.M. : Je ne peux pas imaginer que j’aurais fourni autant de travail si ce n’était pas mon frère qui était à la réalisation. On veut tous les deux la même chose, et c’est ça la clé. On veut le meilleur film possible. Je connais Andy depuis 39 ans, et cela crée une certaine forme de communication dans laquelle on n’a même pas besoin de parler pour se comprendre. Et le fait d’avoir grandi avec les mêmes influences nous aide à comprendre ce que pense l’autre, et je pense que c’est une bonne chose. Il y a des tas de frères et sœurs qui travaillent dans l’industrie du cinéma, et ce n’est pas pour rien : c’est un business difficile avec pas mal de coups bas, et c’est important d’avoir quelqu’un qui vous aime et qui vous soutient inconditionnellement.

Que pensez-vous de ce festival pour l’instant ? Avez-vous apprécié être enroulé dans du papier toilette devant une foule de Belges déchaînés ?

A.M. : (Rires) C’était vraiment agréable, et je n’avais jamais vu quelque chose de comparable. J’avais entendu des choses à propos de ce public et le court-métrage Mama a été récompensé ici en 2008 mais je n’avais pas pu venir. Et c’est complètement fou. Je soupçonne que les spectateurs prennent du « sel de bain » (nom d’une drogue synthétique - NDLR), ça expliquerait pas mal de choses (rires). Et je trouve le fait qu’ils vous demandent de chanter très gratifiant, parce que je n’arrive pas à penser à quelque chose qui soit plus fun que présenter son film et chanter une chanson dans la foulée. Je suis un fan de karaoké, donc je ne pouvais pas refuser.

Qu’est-ce vous aimez dans les festivals de cinéma en général ?

A.M. : Les gens. Parce qu’en général on n’est là que pour un jour et demi et entre les rendez-vous avec la presse, les présentations et les repas, on n’a pas l’occasion de voir de films. Du coup tout se rapporte aux gens. En général c’est génial, parce que les habitués du festival se retrouvent et forment une espèce de communauté, et on ressent cette joie. C’est clairement LE moment que les gens ont attendu toute l’année, et ça se sent ici au BIFFF. Hier je regardais un film et en les voyant réagir dans la salle, j’ai immédiatement compris quel impact cet événement a sur eux. Je comprends pourquoi, et j’imagine que ces gens attendent ça toute l’année.

Je confirme !

(Rires)

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