Interviews

MADE IN SPAIN - Timecrimes

6 décembre 2008 | Par : Damien Taymans

Retourner le temps

Se situant en marge d’une production fantastique ibère en plein essor, Timecrimes se démarque de ses contemporains volontiers anxiogènes pour s’imposer dans une toute autre catégorie, celle de la comédie science-fictionnelle. Amoureux des scénarios un brin tortueux et du genre SF qui les empile, Nacho Vigalondo s’attèle pour la première fois à un projet de long après avoir distillé nombre de courts dont les qualités filmiques et scénaristiques présageaient la réussite tant formelle que thématique de ce nouveau métrage.

C’est que le projet de Timecrimes n’est pas neuf dans le cerveau du cinéaste qui en rêve depuis quelques années. "Juste après 7 :35, j’ai directement essayé de réaliser Timecrimes, explique Vigalondo. Mais la tâche était si fastidieuse que j’ai dû remplir les blancs avec des courts-métrages comme Choque. De plus, lorsque je tombe amoureux d’un scénario, mon envie de le tourner ne dépend nullement du format et je m’amuse autant sur un court que sur un long." Imprévisible de bout en bout, surprenant de l’entame à son aboutissement, l’oeuvre se plaît à décrire les trajets louvoyants de son personnage principal qui paie un lourd tribut en conséquence de ses instincts un poil salaces. Jouant des ellipses, brisant les contraintes spatio-temporelles, faisant cohabiter de nombreux personnages singulièrement identiques, l’intrigue devient rapidement un véritable jeu de cache-cache jubilatoire dont les zones d’ombre se voient promptement balayées par des explications certes échevelées mais crédibles.

Philosophe et fier de son produit, Vigalondo affirme fièrement que cette déstructuration découle d’un véritable amour du cinéma et prouve un respect total envers un public trop souvent rabaissé au rang d’avale pop-corn. "J’aime le ciné de genre car ses modèles sont faits pour être détruits et déstructurés. Lorsque vous jouez avec de tels codes, le plus amusant est justement de les briser. La meilleure preuve en est que les réalisateurs les plus prestigieux se sont fait un nom en détruisant ces codes. C’est un incroyable paradoxe : la meilleure manière de respecter le genre est de le retourner de part en part."

Pourtant, si Timecrimes a réalisé un très joli parcours en festivals (il glane au passage la Tulipe Noire à Amsterdam et un Prix à Austin) et s’il s’impose doucement en terre américaine, le succès n’était nullement garanti à son origine. "Tout a été si lent et compliqué. Ca a été très difficile de trouver des gens qui croyaient au script. Même quand le film a été terminé, personne ne voulait le sortir. ". Au point que le cinéaste parle même d’oeuvre maudite pour désigner cette pellicule à laquelle il ne croit plus tout à fait juste avant que le festival texan remette les pendules à l’heure.

Car, assurément, Timecrimes (aka Los Cronocrimenes) est une vraie petite perle qui se doit d’être vue. Œuvre subtile et ingénieuse, ce premier film de Nacho Vigalondo est une excellente surprise à l’atmosphère lourde et surréaliste comme un cauchemar qui tarde à prendre fin. Et comme après tout cauchemar, vous êtes soulagé de vous réveiller…

L’INTERVIEW DU REALISATEUR, NACHO VIGALONDO

Avant Timecrimes, vous avez réalisé de nombreux courts dont l’un, 7 :35 de la manana, fut nominé aux Oscars et remporta de nombreux prix. Pourquoi avoir continué dans le court métrage après un tel succès ?

Juste après 7 :35, j’ai directement essayé de réaliser Timecrimes. Mais la tâche était si fastidieuse que j’ai dû remplir les blancs avec des courts-métrages comme Choque. De plus, lorsque je tombe amoureux d’un scénario, mon envie de le tourner ne dépend nullement du format et je m’amuse autant sur un court que sur un long.

Timecrimes est un film totalement imprévisible étant donné qu’il joue avec les espaces temporels. Comment vous est-venue cette idée ?

Je suis littéralement un amoureux de la science-fiction et j’ai essayé avec ce métrage de transposer sur écran la complexité et l’ambition de certains de mes auteurs favoris comme Philip K.Dick, Stanislav Lem ou Alfred Bester. Une fois que les histoires de SF sont adaptées au cinéma, elles se transforment souvent en intrigues très prévisibles. Je désirais faire un petit film, très court, mais qui ne rebutait pas à mettre le public au défi…

Le scénario est formé de plusieurs couches qui s’entrecroisent mais reste pourtant cohérent. Comment avez-vous réussi ce tour de force ?

J’ai eu peur de fournir un script trop brouillon. Depuis le début, je savais pertinemment que le film serait low-budget et que la force du film résiderait dans son scénario. J’ai donc mis des effets spéciaux dans le script même afin de sauvegarder une partie de l’argent en construisant une histoire unique.

Vous jouez continuellement avec les ellipses et les hors-champs pour piéger le spectateur habitué aux narrations classiques. Vous amusiez-vous dans ce détournement des codes ?

J’aime le ciné de genre car ses modèles sont faits pour être détruits et déstructurés. Lorsque vous jouez avec de tels codes, le plus amusant est justement de les briser. La meilleure preuve en est que les réalisateurs les plus prestigieux se sont fait un nom en détruisant ces codes. C’est un incroyable paradoxe : la meilleure manière de respecter le genre est de le retourner de part en part.

Le film est inclassable puisqu’il n’est ni une comédie ni un film de science-fiction ni un thriller mais possède pourtant des éléments de chacun de ces genres. Vouliez-vous créer à ce point un film hors du commun ?

J’ai commencé en bâtissant un puzzle science-fictionnel. Mais, au fil du processus, je me suis rendu compte que je ne pouvais éviter d’y inclure quelques éléments de comédie et de giallo. Au final, Timecrimes est une véritable comédie. Puisque j’avais tous les éléments à disposition, pourquoi ne pas amuser également le public ?

Karra Elejade signe une incroyable performance dans votre film. Ténébreux et hilarant, sobre et imposant. Il a constitué un choix évident pour vous ?

Quand son nom est venu sur la table, je ne pouvais imaginer quelqu’un d’autre à sa place. Regardez ses précédents films comme son rôle dans La madre muerta et vous serez subjugué par la manière dont il change de registre en une fraction de seconde. Il peut ainsi se transformer d’un être effrayant en quelqu’un d’amusant d’un instant à l’autre. C’est un génie capable de travailler différents personnages dans un seul et même rôle. En même temps, il construit des personnages très réalistes. C’est un excellent acteur espagnol assez rare dans notre cinéma, capable d’imiter les caractérisations américaines.

Vous dites ne pas avoir cru aux chances de votre film. Pourquoi ?

Tout a été si lent et compliqué. Ca a été très difficile de trouver des gens qui croyaient au script. Même quand le film a été terminé, personne ne voulait le sortir. Un an après qu’il a été tourné, nous l’avons présenté au festival du film fantastique du Texas où il a remporté le prix et sa carrière a alors commencé. Mais avant cet événement, c’était un film maudit… Et j’étais aussi un réalisateur maudit (rires).

Timecrimes a déjà reçu quelques récompenses dont la Tulipe noire à Amsterdam et un Prix à Austin. Vous aimez courir les festivals pour défendre votre film ?

C’est un véritable plaisir de montrer son film à des publics aussi divers et éloignés. Mais vou devez vous arrêter à un moment car, sinon, vous n’avez plus de temps pour faire un nouveau film.

Le film commence doucement sa course aux Etats-Unis. Cela fait de vous un homme heureux ?

Vous ne pouvez pas imaginer à quel point ça me rend heureux. C’est si étrange pour un petit film espagnol comme le mien de trouver sa place dans les cinémas américains. Tellement bizarre (pause) Je me sens tout retourné ! (rire)

Si vous pouviez revenir dans le temps, que changeriez-vous ?

Je me parlerais à moi-même pour me persuader : « Ne t’inquiète pas, des gens l’aimeront, ton film ! »

Avez-vous d’autres projets cinématographiques ?

Je travaille actuellement sur plusieurs projets et je ferai celui qui se décide le plus rapidement. Je garde les ingrédients de Timecrimes : science-fiction, thriller, érotisme noir … et petit budget…

(Interview réalisée par Damien)

LE TRAILER

Commentaires

Très bon film vu au BIFF à voir absolument

8 décembre 2008 | Par Carrie

magnifique film vu au bifff également cette année

8 décembre 2008 | Par jasonthebad

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