Interviews

MADE IN UK - Gnaw, survival cannibale

14 novembre 2008 | Par : Damien Taymans

De la scène à l’obscène (Interview de Gregory Mandry)

Directeur du théâtre Lost Youth, Gregory Mandry décide de se lancer dans la grande aventure cinématographique en s’immisçant d’emblée dans le genre survival avec Gnaw. Un métrage qu’il envisage comme une expérience unique, à l’instar de celles qu’il a menées dans sa carrière théâtrale. "J’ai toujours tenté de repousser les limites pour livrer une vraie expérience au public. J’ai par exemple adopté le théâtre circulaire et intégré une dimension olfactive dans les pièces pour rendre le spectacle vivant. Quand le public voyait quelqu’un se faire asperger d’essence sur scène, j’utilisais un petit volume d’essence dilué dans l’eau afin que les spectateurs ressentent à l’odeur une peur plus viscérale."

Considérant le genre horrifique comme un miroir de la société au même titre que les plus grands classiques shakespeariens, Mandry bâtit une intrigue tout aussi contemporaine qu’intemporelle en jetant dans la gueule du loup - qui plus est cannibale - une équipée de six jeunes gens partis en rase campagne passer un week-end de folie. Une oeuvre qui trouve ses influences aussi bien dans les plus grands classiques du genre comme l’inévitable Massacre à la tronçonneuse, source d’inspiration préférée des survival lovers, que dans le folklore national ("Vous ne devez pas oublier que, dans notre folklore anglais, nous avons un célèbre personnage qui s’amusait à mettre des humains dans des tourtes qui s’appelait Sweeney Todd").

Désireux de conquérir un ticket irrévocable dans le monde du septième art avec ce premier essai, le geek le plus frenchie d’Angleterre, amoureux de Godard comme du tandem Jeunet-Caro, marque irrémédiablement le cinéma de genre anglais de sa patte, s’inscrivant dans la résurrection lancée voici quelques années outre-Manche dans ce pays où la conscience cinématographique nationale et l’horreur "se sont trouvés".

Bonjour Grégory. Pouvez-vous présenter pour ceux qui ne vous connaissent pas encore ?

Bonjour. Mon nom est Gregory Mandry. Je suis le réalisateur de Gnaw, mon premier film d’horreur. J’ai officié à beaucoup de postes dans le cinéma mais, en tant que réalisateur, mon travail s’est essentiellement limité au théâtre. Je suis un énorme fan de cinéma français. La France a une histoire qui est une source importante d’inspiration pour moi (rires).

Vous avez passé quinze années comme directeur du théâtre Lost Youth. Pourquoi et comment êtes-vous passé du théâtre au cinéma ?

Au théâtre, j’ai l’habitude de travailler sur des scripts contemporains avec une mise en scène contemporaine. Dans ce cadre, j’ai toujours tenté de repousser les limites pour livrer une vraie expérience au public. J’ai par exemple adopté le théâtre circulaire et intégré une dimension olfactive dans les pièces pour rendre le spectacle vivant. Quand le public voyait quelqu’un se faire asperger d’essence sur scène, j’utilisais un petit volume d’essence dilué dans l’eau afin que les spectateurs ressentent à l’odeur une peur plus viscérale. Mais, en tant qu’amoureux de la technologie, j’ai également recouru aux projections et aux technologies multimedia dans mes spectacles. Dans une production tempétueuse, j’ai inséré des séquences filmées. Au même moment, suivant une progression naturelle, j’ai commencé à imaginer des expérimentations dans le monde du cinéma.

Vous avez oeuvré comme photographe et directeur pour ce théâtre prestigieux qui reprend des pièces classiques de Shakespeare et vous avez également œuvré comme cameraman et assistant cameraman pour BBC, ce qui constitue une expérience plus « sérieuse ». Maintenant, vous êtes passé à Gnaw, un film d’horreur. N’est-ce pas un peu paradoxal ?

Je ne peux pas admettre que le genre horrifique soit considéré comme moins sérieux que Shakespeare. Il y a eu des films d’horreur en abondance qui se posaient comme des miroirs de la société comme il y a de nombreuses créations de Shakespeare qui comprennent des éléments horrifiques (comme MacBeth notamment). Je pense que, peu importe ce que vous créez, le plus important reste le public et, finalement, peu importe ce que vous leur présentez, puisque l’objectif ultime est de les divertir. Ce qui est vrai autant pour le cinéma, le théâtre ou la photographie. C’est la même règle pour les informations. Bien entendu, pour les informations, vous vous devez de fournir des éléments informatifs mais il n’est pas exclu d’y inclure un peu d’amusement. Puisque l’horreur est censée provoquer la peur du public, elle a toujours constitué un reflet du zeitgeist et consiste encore et toujours un baromètre intéressant pour mesurer l’ère.

Vous avez été acclamé par les critiques qui voient en vous un « young gun » et un jeune talent à suivre. Etes-vous sous pression, ressentez-vous le stress ?

Dans n’importe quelle tâche que vous accomplissez dans la vie, il réside toujours une certaine pression. Mais, il faut relativiser. Je ne suis ni infirmier ni médecin et, grâce au ciel, personne n’est mort (rires). Pour être honnête, les acclamations ne sont jamais venues que quand je prenais du plaisir à créer ce que je voulais faire. C’est mon premier film et je ressens encore plus de plaisir d’avoir subi autant de pression.

Votre histoire (six amis qui passent un week-end dans le cœur de la campagne anglaise vivent un cauchemar quand ils découvrent que leurs hôtes sont des cannibales) est-elle influencée par Massacre à la tronçonneuse, La Colline a des yeux voire le français Frontière(s) ?

Oui, Massacre à la tronçonneuse et d’autres films du genre ont exercé une vraie influence sur mon travail. Mais, vous ne devez pas oublier que, dans notre folklore anglais, nous avons un célèbre personnage qui s’amusait à mettre des humains dans des tourtes qui s’appelait Sweeney Todd. Mon film contient également de nombreux renvois aux contes de fées que vous trouverez une fois que vous le regarderez, des éléments qui trouvent une vraie résonnance au sein du public.

Gnaw est-il vraiment gore comme le laisse présager le teaser ?

On compte effectivement quelques litres de sang déversés mais ne vous attendez pas à un porn epic qui utilise l’hémoglobine pour distiller son message. Il sert surtout à soutenir l’humour noir qui est très présent dans le métrage.

Pouvez-vous nous mettre l’eau à la bouche tout de même en nous décrivant la scène la plus horrible ?

La séquence la plus horrifique est sans conteste l’arrachage de langue. Mais j’en ai déjà trop dit… (rires)

Où le métrage a-t-il été tourné ?

A Surrey et dans le Sussex oriental dans un manoir des Tudor appelé « Peaks Manor » (le Manoir des Pics – ndlr). Un immense bâtiment qui nous offrait de nombreux décors sous un seul et même toit.

Quelles sont vos références en matière de cinéma ?

J’ai énormément été influencé par le cinéma français, notamment des films comme A Bout de souffle, Diva et Delicatessen. Mais j’aime également les films comme La Haine. Bien entendu, cela semblera flagorneur tout comme si je vous dis que j’aime des films comme Le seigneur des anneaux ou The Grudge. Cinématographiquement parlant, j’ai beaucoup été influencé par les films de Wong Kar Wai, spécialement Chunking Express et Fallen Angels.

Quel est votre avis sur la résurrection du cinéma horrifique anglais ?

En Angleterre, il n’a jamais été évident de financer un film surtout si vous ne faites pas dans la dentelle. Nous avons donc besoin de nous distancier et de nous enfoncer dans un genre propre. Je pense que l’Angleterre et l’horreur se sont trouvés.

Ne trouvez-vous pas que Jean Nigel Croft Adams ressemble à Eli Roth ?

Euh… Je n’y ai jamais vraiment réfléchi. Beaucoup de comparaisons ont été faites à propos des acteurs de Gnaw. C’est une équipe formidable et je leur souhaite le meilleur pour la suite…

Gnaw a été sélectionné pour sa première mondiale au cinéma ICA de Londres ainsi qu’à Dublin. Qu’en pensez-vous ?

J’aime Dublin, j’ai toujours adoré cette ville puisque j’ai ai notamment créé une pièce. Quant à l’ICA, c’est l’endroit où nous avons tenu notre représentation finale pour l’école cinématographique. Les deux endroits me sont très familiers et je m’y sens comme chez moi…

Etes-vous prêts à présenter votre film au BIFFF et à Gerardmer l’an prochain ?

(Le producteur, passant derrière) : Vous rigolez ? Bien entendu, ce serait avec un immense plaisir…

(Interview de Gore Sliclez)

(Traduction de Damien)

Le trailer :

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