Interviews

MADE IN USA - Bad biology

28 mars 2009 | Par : Damien Taymans

Branche-mère et les 7 clits

Mis sur la touche par une production devenue de plus en plus mainstream, Frank Henenlotter revient après plus de quinze années d’absence pour présenter son nouveau bijou, toujours aussi décalé et irrévérencieux que ces précédentes livraisons. Bad biology conte la délicate mise en couple de deux êtres génétiquement modifiés dotés de particularités physiques gênantes qui ne peuvent charmer que les amoureux des péloches nocturnes brouillées dans lesquelles des monstruosités de la nature culbutent une mamie qui se plaît à se faire fister en pleine rue.

Le métrage, paradoxalement, puise une partie de son intrigue dans une histoire vraie, reformatée par le cinéaste afin de coller plus particulièrement à son esthétique ravageuse et à ses improbables et dérangeantes mises en situation. "Le problème pénien de Batz est basé sur une histoire vraie, explique Henenlotter. Le Batz réel est mort aujourd’hui mais son petit ami m’a raconté la manière dont il a coupé son pénis et dont il l’a rattaché afin que celui-ci n’entre plus en érection à moins d’y injecter une drogue spéciale. Ce problème physique a entraîné de réels soucis psychologiques chez ce garçon, au point qu’il s’est créé un nouveau nom et une nouvelle personnalité qui collaient avec son nouveau membre. Histoire très étrange. Bien entendu, nous avons quelque peu embelli la vérité et lui avons donné une nouvelle trajectoire." Une nouvelle trajectoire qui sonne comme un conte noir et morbide puisque le script met face à face ces deux individus décharnés, rejetés par une société peu encline à accepter le hors-norme. En marge de la normalité, le cinéaste décrit le monde qu’il entrevoit en filigrane, celui des inadaptés sociaux destructurés dans une organisation surstructurante, ces enfants oubliés par un démiurge sadique qui éclaboussent la morale de leur anormalité génétique. Des êtres, en somme, largement plus intéressants que la normale : "Je considère les gens normaux comme des êtres mornes. Pourquoi diable les gens continuent-ils à faire du tout public à propos de gens lambda ? Qui s’en soucie ? Je préfère largement mater des films torchés peuplés de personnages marginaux. Plus c’est décalé, meilleur c’est !"

Contrepied complet des fables bobos crétines soumises à la dure loi des happy ends et des réformes PG-13, Bad biology offre un spectacle macabre, glauque et réaliste soutenant une morale viscérale, aucunement préformatée qui tient compte des véritables paramètres humains et ne les dissèque jamais sur l’autel. "En fait, on pourrait considérer que Bad biology est un film très moral. Cela étant, la morale réelle et la morale sociale sont deux choses totalement différentes. Ce que la morale sociale prêche est une connerie. Et cela revient à étouffer le désir sexuel. Le sexe est vendu partout, pourtant les regards de la société sont condescendants à l’égard de tout ce qui a trait au sexe. Les personnages de Bad biology n’ont pas été punis pour leur sexualité mais, au lieu de cela, pour quelques mauvais choix qu’ils opèrent…."

Présenté en avant-première mondiale au festival de Philadelphie en 2008 et, dans l’Hexagone, à l’édition 2009 de Fantastic’arts, Bad biology renoue avec les obsessions d’un cinéaste tant regretté et atteste que, quinze ans après, la fibre qui animait ses oeuvres n’est toujours pas réduite à néant. Défini comme étant son film le plus pervers, le plus tordu, le métrage s’avère également être l’un de ses plus aboutis. Bad biology ou quand le plaisir véniel et la libido ne font plus qu’un...

L’INTERVIEW DU REALISATEUR

15 ans d’absence… Un manque cruel pour le cinéma de genre. Pourquoi être resté muet durant si longtemps ?

Pour de nombreuses raisons. Le marché s’est drastiquement transformé au début des 90’s et le cinéma d’exploitation n’a pas survécu. Et j’ai également changé. Mes idées n’étaient pas à la bonne place après Basket Case 3. Je souhaitais faire des films plus complexes et plus étranges au moment où l’industrie réclamait des œuvres plus mainstreams. Chaque script que j’envoyais était rejeté d’emblée, considéré comme trop bizarre et trop risqué. Le seul projet dans lequel ils voulaient bien investir était un Basket Case 4. Comme je n’étais pas intéressé par le fait de réaliser des films pour dire d’en réaliser, j’ai décidé de mettre un terme à ma carrière. Si je ne pouvais mettre en scène les films qui me faisaient envie, je n’en ferais plus. Il y a des moyens plus simples dans le monde pour faire de l’argent. J’évoquais toujours la possibilité d’en faire un autre un jour mais je n’ai jamais vraiment pensé que cela arriverait. Je suis encore aujourd’hui étonné de cette opportunité.

Comment est née l’idée de Bad biology ? Et ne me racontez pas qu’elle est basée sur une histoire vraie…

Evidemment. Le problème pénien de Batz est basé sur une histoire vraie. Le Batz réel est mort aujourd’hui mais son petit ami m’a raconté la manière dont il a coupé son pénis et dont il l’a rattaché afin que celui-ci n’entre plus en érection à moins d’y injecter une drogue spéciale. Ce problème physique a entraîné de réels soucis psychologiques chez ce garçon, au point qu’il s’est créé un nouveau nom et une nouvelle personnalité qui collaient avec son nouveau membre. Histoire très étrange. Bien entendu, nous avons quelque peu embelli la vérité et lui avons donné une nouvelle trajectoire.

Mais, pour répondre à votre question, le rappeur underground R.A. “The Rugged Man” Thorburn est mon ami depuis que j’ai 19 ans. En fait, j’ai réalisé quelques clips pour lui. Et nous parlions depuis longtemps de faire un film ensemble. Un jour, R.A. m’a dit qu’il pourrait obtenir une petite somme d’argent et m’a demandé pour savoir si cela convenait pour faire un film. Bien… oui, à peine… Du coup, nous avons imaginé ce que nous pourrions faire avec ce petit budget et l’imagerie sexuelle est venue à la rescousse. J’ai rédigé la première ligne : « Je suis née avec sept clitoris » et nous avons démarré avec cela. Mais je dois admettre que nous avons été surpris du résultat final.

Bad biology aborde de nouveau les obsessions de vos œuvres antérieures : génétiques (Basket case) et le démon sexuel (Brain damage). Une volonté de faire une synthèse de votre filmo ?

Une obsession est, par définition, quelque chose qui revient encore et encore. Ce n’est donc pas une surprise que je sois revenu aux thèmes qui me fascinaient. Mais ce n’était pas une réelle volonté. J’ai co-écrit le script avec R.A., ce qui implique que les thèmes abordés ont été choisis en équipe. De plus, je ne souhaitais pas créer une sorte d’hommage à mes œuvres antérieures pour la simple raison que, pour moi, personne ne s’en souvenait. L’une des énormes surprises de l’an passé était de découvrir que ces vieux films comptaient un grand nombre de fans.

Vous semblez apprécier les personnages qui sont des inadaptés sociaux. Souhaitez-vous devenir le porte-parole de ces minorités ?

Oh non, je ne suis un porte-parole pour personne. Pas même pour moi-même (rires). Toutefois, j’admets m’être toujours senti comme un inadapté social moi-même. Je suis un excellent dissimulateur mais je ne ressemble jamais vraiment à ce que je décris. Et je ne suis pas particulièrement bon pour les interactions humaines à moins que je ne traite avec d’autres inadaptés sociaux. C’est pourquoi tous mes amis proches sont excentriques, psychotiques ou artistes comme moi. Et, étant donné que je m’identifie avec tous ces excentriques, je trouve très facile d’écrire pour eux.

En plus, je considère les gens normaux comme des êtres mornes. Pourquoi diable les gens continuent-ils à faire du tout public à propos de gens lambda ? Qui s’en soucie ? Je préfère largement mater des films torchés peuplés de personnages marginaux. Plus c’est décalé, meilleur c’est !

Pourquoi avoir opté pour une soundtrack hip hop ?

Evidemment, étant un frappeur lui-même, R.A. pouvait nous obtenir beaucoup de bonne musique venant d’un certain nombre de ses amis. Et, étonnamment, le hip-hop fonctionnait très bien pour un film abordant une angoisse existentielle et sexuelle étrange. Il a vraiment ajouté une certaine saveur à l’ensemble.

Bad biology démolit la bonne morale américaine, à l’instar de la majorité de vos travaux. Est-ce une condition essentielle pour vous ?

En fait, on pourrait considérer que Bad biology est un film très moral. Cela étant, la morale réelle et la morale sociale sont deux choses totalement différentes. Ce que la morale sociale prêche est une connerie. Et cela revient à étouffer le désir sexuel. Le sexe est vendu partout, pourtant les regards de la société sont condescendants à l’égard de tout ce qui a trait au sexe. Les personnages de bad biology n’ont pas été punis pour leur sexualité mais, au lieu de cela, pour quelques mauvais choix qu’ils opèrent….

Tourner des plans subjectifs à la place d’un vagin, cela doit tourner au cocasse, non ?

Le personnage principal, Jennifer, est dotée d’un vagin inhabituel. Puisque je montre le pénis mutant du personnage masculin, j’ai également voulu montrer la chatte mutante de Jennifer. Le problème était de rendre cette séquence ni gynécologique ni – ce qui était pire – pornographique. La solution était simple : il me fallait montrer de l’intérieur vers l’extérieur. Ce qui nous révèle également que les choses étaient pires que ce qu’elle pouvait penser…

Charlee Danielson, Krista Ayne, Jelena Jensen,… Vous avez tourné avec de très belles femmes. Cela vous apporte un certaine satisfaction ?

C’est clair. Qui ne désirerait pas contempler de belles femmes nues ? Elles sont intensivement cinégéniques. De plus, la plaisanterie ici est qu’une fois que la créature se déchaîne, elle vise seulement les beaux modèles qui s’avèrent justement vivre dans le voisinage !

Avez-vous d’autres projets sur le feu ?

Pas exactement sur le feu mais j’ai des projets pour deux autres films. Naturellement, l’économie misérable peut tuer tout espoir. Et ce point, nous devrons simplement espérer et voir ce qui se produit réellement…

(Interview réalisée par Mae-Nak et Damien)

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