Interviews

MADE IN USA - Blood River

20 décembre 2008 | Par : Gore Sliclez

Adam Mason, un freak qui déménage.

Chaque film d’Adam Mason est toujours attendu avec un certain intérêt. Le réal est plutôt discret et fait son petit bonhomme de chemin dans la production indie sans trop se soucier de la critique ou des tendances du milieu. Deux films, Broken et The Devil’s Chair, ont fait de lui un réalisateur à suivre en attendant une consécration unanime. Privilégiant le drame psychologique hardcore comme dans le premier cité qui voyait une femme aux prises avec un tortionnaire psychopathe en pleine forêt, Adam Mason n’oublie pas pour autant le gore excessif et très visuel qui caractérise ses films en particulier The Devil’s Chair qui présentait un final d’une violence inouïe. Essayant de proposer autre chose que de la gratuité sanguinolente pour des réflexions (maladroitement diront certains) qui interpellent le spectateur dans ce qu’il a de plus pervers en lui, Mason fait figure d’expérimentateur du genre en espérant sans doute un jour arriver à la synthèse idéale. En attendant le britannique nous reviendra bientôt avec Blood River, un thriller musclé tourné pour la première fois aux States et qui lorgne allègrement du côté de Wolf Creek ou encore The Hitcher. CinemaFantastique a donc pris contact avec ce sympathique réal qui, comme vous allez le voir, n’a pas sa langue en poche pour fustiger le milieu dans lequel il évolue et en revenant quelque peu sur son parcours atypique. Place donc à cet indépendant qui ose en attendant son heure...

Comment est-il possible de travailler en même temps chez Marks and Spencer (véridique) et écrire des scénarios ?

Ben ça fait déjà une bonne décennie maintenant ! Je détestais ce job, un vrai emploi de merde. Mais je vivais à l’époque dans un appartement à Maida vale (Londres) et j’avais quelque chose comme 800 livres de loyer à payer chaque mois. En regardant en arrière sur ces années-là je préfère me cacher, c’est incroyable le nombre de conneries que l’on fait à l’âge de 23 ans. Je passais mon temps à m’asseoir au bureau et faire semblant de travailler pendant huit heures. J’ai trouvé comment satisfaire chaque jour pendant deux heures ce que mes employeurs attendaient de moi et les six heures qui restaient je passais mon temps à écrire. On peut donc dire que les gratte-papiers de chez M&S me payaient rondement 8 livres par heure pour écrire des conneries que j’avais l’habitude d’imaginer à l’époque (rires)... Mais rien de ces moments d’écriture n’a été adapté au cinéma car je me suis toujours dis qu’écrire c’est comme essayer de jouer de la guitare, c’est pas simplement prendre l’instrument entre ses mains et jouer comme Steve vai. Ça prend des années pour devenir bon et justement cette époque de ma vie fut une bonne période d’apprentissage pour moi. Mais bon, je me suis quand même fait viré et me suis retrouvé sans emploi. C’était enfin le moment de devenir réal et de faire mon premier film. God bless marks and Spencer !

Vous avez étudié à la London International School Film. Qu’avez-vous retenu de ces années d’étude ?

Et bien, j’ai surtout appris quelles harpies la plupart des personnes de l’industrie cinématographique sont. J’ai aussi appris comment les cinéastes ratés débarquent finalement dans l’enseignement du cinéma. Il n’y a rien de pire que d’avoir un enseignant en face de vous qui sournoisement vous fait comprendre que vous allez rater votre carrière. Vraiment amusant de voir ces personnes qui ont raté leur propre carrière cinématographique s’aligner comme un jury et juger votre travail « à part ». Quels bâtards ! Pour moi, il y a ceux qui peuvent et ceux qui ne peuvent pas enseigner. Mais je me suis fais un vrai groupe d’amis pour la vie là-bas. J’arrivais de nulle part en Angleterre, je n’avais jamais rencontré d’acteurs ou de personnes qui avaient un lien direct avec le monde du cinéma. Donc cette sensation d’être entouré soudainement de personnes ayant la même passion que vous était la bienvenue après avoir connu ce monde sans relief vraiment affreux dans lequel j’ai grandi.

Pourquoi cette attirance pour les drames psychologiques ?

Et bien j’ai voulu commencer avec le cinéma d’horreur parce que je savais que je pourrai le vendre. Les fans du genre sont prêts à regarder n’importe quelle merde. Je le sais parce que j’en fais partie. Les films d’horreur c’est un peu comme des films de cul car quiconque aime regarder un porno regardera n’importe quel porno sans tenir compte du nom du réal, des acteurs ou de qui l’a écrit. Vous pouvez même faire un film d’horreur pour des jeunes ados qui serait génial et le vendre. On ne vous enseigne pas ça dans les écoles du cinéma mais ils devraient...

La majorité de vols films sont des histoires de psychopathes. Pas envie de changer de genre (monstre, zombie etc.) ?

Mais Devil’s Chair est un film de monstre ! J’aime les films de monstres quand ils sont excellents comme Hellraiser ou Alien par exemple. Mais d’habitude ils sont plutôt bêtes. Je pense plutôt que les gens SONT des monstres, il y a un démon en chacun d’entre nous. Ça, ça m’intéresse beaucoup plus qu’un acteur quelconque dans un costume en latex.

Dans chacun de vos films, vous confrontez le spectateur avec des images très gore mais il y a toujours une raison à cela. Dans Devil’s Chair, Nicky West regarde la caméra et se moque de nous et de notre côté pervers que nous avons tous. Vous aimez faire réfléchir le spectateur sur son attirance vers la violence. Qu’en pensez-vous ?

Ben je me demande toujours ce qui pousse les gens à aimer voir souffrir les autres. Je trouve ça très dérangeant quand un film comme Hostel semble « fétichiser » tous les détails d’une mutilation. C’est difficile d’en parler car j’ai moi-même réalisé le film Broken (un homme aime torturer et humilier une femme en pleine forêt).
Ces derniers temps, tout en regardant quelque chose d’anodin je pensais parfois « mais quelle est la saloperie qui envahit mon esprit pour avoir de telles images ? ».
Le dernier film que j’ai vu c’était The Strangers. Quel incroyable gâchis ! La première heure était tellement captivante pour sombrer ensuite bêtement dans les clichés de la violence. Les directeurs devraient faire attention à cela...

Vous travaillez toujours avec Simon Boyes. Comment se passe le travail entre vous ?

Nous sommes de grands amis et ça aide beaucoup cette amitié. Dans un milieu dans lequel vous passez la majorité du temps avec de parfaits idiots vous avez besoins d’alliés. Simon et Andrew Howard sont comme ça. Souvent je me retrouve dans une situation très « better the devil you know ». J’ai très peur des acteurs. Je rencontre des gens à Hollywood mais aussi ailleurs et je pense souvent « forge ton mental pour ne pas te faire jeter ». La gloire est une chose superficielle. J’observe Hollywood et je vois une absence de talent. Ces gens devraient sortir un peu quelques années et aller à l’école de dramaturgie. On en revient un peu à l’histoire de la guitare que j’expliquais juste avant ; je suis assis pour une audition et je vois des gens qui viennent lire leur scénario et me rends compte que c’est un peu comme écouter un enfant de deux ans essayer de jouer Stairway to heaven.
Simon and Howard sont des gars qui savent ce qu’ils doivent faire. Ils peuvent jouer de la putain de guitare eux. Pareil pour Martin Grech excepté que lui il sait jouer de la guitare (rire)...
Est-ce fini votre collaboration avec Nadja Brand (Adam et Nadja, anciens colaborateurs et mariés viennent de se séparer) ?
Qui sait... J’ai toujours aimé travailler avec Nadja.

Pour vos films, vous êtes toujours entouré de jolies filles. Vous avez de bons goûts...

Euh... ben merci. C’est important je pense d’offrir ce que le public souhaite.

Pouvez-vous en dire plus sur votre prochain film « Blood River » ?

Ce n’est pas mon prochain film car j’en ai fait un autre depuis intitulé Luster. Je suis très fier de Blood River et c’est très certainement mon meilleur film. Pour moi c’est un peu comme une version améliorée, définitive de Broken. C’est un peu différent. Ce n’est certainement pas ultra violent mais extrêmement bouleversant. En quelque sorte, c’est un peu comment je vois le monde actuellement. Ça parle justement de ce démon que nous avons tous à l’intérieur de nous et ce masque que nous portons. Si vous êtes du genre à observer quelqu’un en vous demandant « je ne sais absolument pas quel genre d’enc... tu es » alors ce film est pour vous !

Vous travaillez une nouvelle fois avec Andrew Howard. Pourquoi aimez-vous tellement travailler avec lui ?

Parce que c’est un génie et mon meilleur ami. Il est tout simplement un extraordinaire acteur. Lui et moi sommes comme de vieux brisquards. Nous avons eu des hauts et des bas. Il est de mon côté et vice versa, il ne m’a jamais laissé tomber et il n’est rien d’autre que brillant. Vous allez le voir de plus en plus dans les prochaines années, son temps arrive enfin...
Quand on regarde le trailer on a l’impression que vous avez bénéficié d’un plus large budget.
C’était pourtant le même que pour Devil’s Chair. C’est incroyable ce qu’une ville fantôme et quelques montagnes peuvent faire. J’ai appris cette leçon quand j’ai réalisé un court métrage intitulé « Prey in Norway ». Si ça coûte la même chose de tourner un film dans une petite pièce aux murs blancs que dans un film aux décors épiques mon choix est fait.
C’est votre premier film aux Etats-Unis. Est-ce une nouvelle méthode de travail ? Comment s’est passé celui-ci ?
Non, c’est pareil ! J’utilise beaucoup de personnes de mon équipe anglaise. Le tournage était toujours plongé dans le brouillard. Nous avons tous vécu dans une ville fantôme c’était très marrant. Quand vous regarderez le film vous devez vous imaginez ceci : trente gars secoués dans ces vieilles bâtisses avec des serpents et des araignées comme compagnons. Nous avons passé un super moment et depuis j’adore le désert !

Vous allez affronter la MPAA. Comment vous préparez-vous à cela ?

Oh, je n’y pense pas vraiment. Je n’offre pas vraiment une merde de gore. Je suis plutôt dans le côté psychologique. Ils peuvent toujours se brosser avec ça...
De toute façon avec le DVD tout est en version « unrated » ces derniers temps, donc c’est de moins en moins un problème. Les rats du business ont d’ailleurs réalisé qu’ils pouvaient faire deux audiences : faire aller le public au cinéma et sortir ensuite le DVD Unrated pour le même public et donc vendre la même merde deux fois !

Vous aimeriez réaliser une grande production ?

Peut-être, pourquoi pas. J’ai plein d’idées en stock dans la tête ! Je suis pour l’instant chez CAA, qui est la plus grande agence dans le monde et qui tente de me vendre un gros truc chaque semaine. Mais je ne me sens pas à l’aise avec ça parce que je suis un dingue complet ! Mais en même temps que je vieillis, je veux être de plus en plus riche. Je me suis prouvé maintenant à moi-même artistiquement avec quatre films que je ne pouvais pas être plus heureux, je ne me soucie pas vraiment de ce que les autres pensent en ce moment.
Ceci dit, j’ai reçu un scénario que j’aime énormément et qui je pense sera énorme. Je vais essayer de rentrer dans la danse et avoir le job. On verra comment ça ira. 2009 sera entièrement consacré à faire un grand film car j’en ai un peu marre maintenant de faire des petits trucs.

Quelles sont vos références cinématographiques ?

The shining, Angel heart, Seven, Wicker man, L’Exorciste, L’échelle de Jacob, The usual suspects. Récemment Wolf Creek dans le cadre du HD. Également tout ce qui est réalisé par Aronofsky, Tarkofky. J’adore l’horreur quand c’est réalisé par de vrais auteurs. Le genre « gentillet » n’est pas trop mon truc ces derniers temps. J’aime aussi cette idée du cinéma d’horreur particulier qu’ont Nolan et Thomas Anderson.

Blood River

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