Interviews

MADE IN USA - Dance of the Dead

13 décembre 2008 | Par : Damien Taymans

Le bal de l’horreur

Sélectionné au NIFFF, à Sitgès et à Fantasia cette année, le premier long-métrage de Gregg Bishop a de quoi faire fantasmer. Non seulement parce qu’il met en scène des morts-vivants et reprend du coup les plus grandes stars du cinéma horrifique en tentant d’en donner une vision personnelle mais aussi parce que le contexte même de cette invasion zombiesque renvoie autant à tout un pan du cinoche de genre (les fameux Carrie et Prom Night) qu’il ne se pose comme un démarquage de l’appréhension des personnages.

Du nouveau sur le territoire des undead ? Assurément. Joe et moi avons beaucoup de respect pour les films de Romero, raconte le cinéaste. Mais nous voulions nous en détacher et avions notre idée sur la question : il nous fallait des zombies qui fassent ce dont nous rêvions, qu’ils soient plus rapides, plus menaçants et plus rock’n’roll. Joe a donc créé une règle intéressante : la vitesse de déplacement des morts dépend du laps de temps qui s’est écoulé depuis leur trépas. Les morts récents peuvent se projeter hors des tombes et courir tel des guépards, et ceux qui sont décédés depuis un bout de temps correspondent à l’idée stéréotypée des zombies, à savoir qu’ils trainent les talons sur le sol et avancent lentement. Ils meurent toujours suite à un coup reçu au cerveau, sont toujours les morts-vivants que nous aimons mais cette différence était essentielle pour nous qui ne souhaitions pas reproduire à la lettre ce qui avait déjà été fait. Une dimension qui amène autant d’angoisse qu’il ne désamorce un métrage volontiers porté vers l’humour cocasse des teen movies.

Réussissant le délicat équilibre entre le climat anxiogène du genre et l’humour potache à destinée estudiantine, Bishop décide d’opter pour une ségrégation des tons salvatrice : La règle que je me fixais était de conserver l’idée de morts-vivants menaçants. D’un bout à l’autre, les zombies amènent de l’angoisse et ils n’hésiteront jamais à vous dévorer. Nous ne nous sommes jamais moqués de ces créatures afin de conserver un certain sérieux propice à la terreur. L’aspect comique découle uniquement des personnages dans certaines situations et principalement du fait qu’ils doivent s’unir pour lutter ensemble alors qu’ils ne se seraient jamais parlé auparavant.

Reste que, sans véritablement révolutionner le genre (la faute à de nombreuses bonnes idées pas achevées), l’oeuvre se distingue fièrement tant au niveau du fond que de la forme du nauséabond germanophone Nuit des loosers vivants qui avait tenté une incursion similaire voici quelques temps et s’était contenté de reproduire le schéma American pie sur toile horrifique. Bishop, en geek respectueux, ne maltraite jamais sa thématique et offre de bout en bout un spectacle savoureusement drôle et carrément décalé. Du pur régal !

INTERVIEW DU REALISATEUR, GREGG BISHOP

Quel est votre parcours pré-Dance of the Dead ?

J’ai commencé à faire des films quand j’avais 7 ans avec les vieilles super-8 de mon père. Au collège, je suis devenu ambitieux et j’ai écrit, dirigé et produit un grand film low budget à l’âge de 17 ans. Une fois ma maîtrise en poche, je me suis envolé pour Los Angeles où j’ai intégré la prestigieuse école de cinéma USC. A L.A., j’ai réalisé un court intitulé Voodoo qui a été sélectionné dans une dizaine de festivals de par le monde et qui est aujourd’hui projeté pour les nouveaux de l’USC avec d’autres illustres exemples comme Electronic Labyrinth THX 1138 4EB de George Lucas et The Lift de Robert Zemeckis.

Belle consécration ! Après votre court Voodoo, vous n’avez pas directement reçu d’intérêt de la part des boîtes de production. Comment l’expliquez-vous ?

Joe Ballarini m’a filé le script de Dance of the Dead lorsque nous étions encore étudiants à Los Angeles et j’ai directement su que je voulais le réaliser. Lorsque j’ai terminé mes études, je me suis rendu en ville avec le scénar’ de Joe sous un bras et ma récompense festivalière sous l’autre. Mais, en dépit de nos efforts, la création d’un tel film ne pouvait avoir lieu. Le problème, c’est qu’à l’époque, personne ne voulait plus entendre parler de zombies et que, de surcroit, il fallait ici faire confiance à un jeune réalisateur inexpérimenté sur le format long.

Du coup, j’ai décidé de prendre mes 15000 dollars – les recettes que m’avait rapportées Voodoo – et de rajouter un peu d’argent personnel pour monter moi-même mon propre film et ainsi prouver mes capacités. Ce film, The Other side, a été sélectionné au festival de Slamdance où il a été repéré en vue d’une sortie en salles. Un producteur du nom de Ehud Bleiberg a vu ce métrage et, finalement, Dance of the Dead est revenu à la vie…

Comment est née l’idée centrale de Dance of the Dead ?

Joe Ballarini l’a écrit en 1998, bien avant le vague zombiesque qui a frappé récemment. Il regardait beaucoup de films de morts-vivants des 70’s et 80’s. J’aime ce genre de films mais je suis surtout tombé amoureux des personnages et des relations qui naissaient entre eux. Durant la lecture du script, je me suis impliqué et ne voulais raisonnablement pas qu’il leur arrive un malheur. Ce script me rappelait les expériences que j’avais moi-même vécues au collège, les zombies en moins, bien sûr ! (rires).

Comment se répartit votre travail avec Joe ?

Nous sommes d’abord des amis. Mais ensuite, nous pouvons nous soutenir créativement étant donné que chacun est honnête envers l’autre et qu’aucun de nous deux n’est susceptible. Cette relation symbolise mon envie de m’entourer des meilleurs. C’est pour cette raison que je suis allé à l’USC, pour y rencontrer des personnes capables de soutenir un certain défi et je pense que Joe et moi retirons le meilleur l’un de l’autre.

Votre film est un mélange entre le teen movie et le film d’horreur. Comment avez-vous réussi ce délicat équilibre ?

La règle que je me fixais était de conserver l’idée de morts-vivants menaçants. D’un bout à l’autre, les zombies amènent de l’angoisse et ils n’hésiteront jamais à vous dévorer. Nous ne nous sommes jamais moqués de ces créatures afin de conserver un certain sérieux propice à la terreur. L’aspect comique découle uniquement des personnages dans certaines situations et principalement du fait qu’ils doivent s’unir pour lutter ensemble alors qu’ils ne se seraient jamais parlé auparavant.

Il faut, en ce sens, accorder beaucoup de crédit à nos acteurs. Mon premier appel, une fois que j’ai obtenu le feu vert, a été pour mon directeur de casting Jonathan Spencer. Ils m’avaient signalé que 80% de la réussite de mon travail en tant que directeur dépendait de mon casting. J’ai donc stipulé à Jonathan qu’il me fallait réellement des jeunes collégiens et pas des gars de 25 ans qui se font passer pour des jeunots. Je me suis surtout focalisé sur les gamins qui avaient un certain sens de l’impro de manière à pouvoir incarner personnellement leur personnage. Entre Los Angeles et Atlanta, nous avons casté plus de 600 gamins et nous avons tiré le meilleur de cet échantillon.

Quelle est la différence entre Dance of the Dead et les autres œuvres zombiesques ?

Joe et moi avons beaucoup de respect pour les films de Romero. Mais nous voulions nous en détacher et avions notre idée sur la question : il nous fallait des zombies qui fassent ce dont nous rêvions, qu’ils soient plus rapides, plus menaçants et plus rock’n’roll.

Joe a donc créé une règle intéressante : la vitesse de déplacement des morts dépend du laps de temps qui s’est écoulé depuis leur trépas. Les morts récents peuvent se projeter hors des tombes et courir tel des guépards, et ceux qui sont décédés depuis un bout de temps correspondent à l’idée stéréotypée des zombies, à savoir qu’ils trainent les talons sur le sol et avancent lentement. Ils meurent toujours suite à un coup reçu au cerveau, sont toujours les morts-vivants que nous aimons mais cette différence était essentielle pour nous qui ne souhaitions pas reproduire à la lettre ce qui avait déjà été fait.

Votre groupe de jeunes est assez singulier étant donné qu’il est composé de figures emblématiques qui ne se côtoient jamais dans la vie quotidienne. Pensez-vous que la peur est un ciment fiable pour les humains ?

Oui. Ces gamins ne s’adresseraient effectivement jamais l’un à l’autre dans une situation normale. Mais là, ils se voient contraints de s’unir pour contrecarrer l’invasion des morts-vivants. C’est incroyable de voir les barrières sociales se dégrader dans des situations extrêmes.

Quel est votre regard sur les bals de prom’ ? Pensez-vous que ça constitue une véritable expérience à vivre ?

Nous avons choisi le cadre du bal estudiantin pour la dimension iconique qu’il recouvre. Chacun conserve en lui des anecdotes ou des souvenirs précis de ces expériences : ce qu’il a porté, avec qui il s’y est rendu, … Personnellement, je n’ai jamais eu de rendez-vous dans ce genre de rassemblements jusqu’à mon année supérieure. Je me suis donc tout à fait reconnu dans le script de mon ami (rires). J’ai toujours été le gars qui restait chez lui pendant ces événements à rêver de choses extraordinaires comme une invasion de zombies qui me permettrait de devenir le héros d’un soir en étant le seul à voir le jour en compagnie d’une belle cheerleader (rires). En ce sens, Dance of the Dead a été ma thérapie puisque je transcrivais à l’écran mes propres expériences.

Finalement, entre nous, ma dernière année, j’ai enfin eu un rendez-vous… avec une cheerleader. Wouhou !

Les effets spéciaux sont très funs. Qui s’en est chargé ?

Toby Sells s’est chargé des maquillages de zombies et des aspects plus techniques des effets et, pour être honnête, je l’ai totalement submergé avec ce projet. J’avais en tête une version à 200 millions de dollars de ce film et il a dû bosser comme un malade pour réaliser ces effets à partir du budget réel dont nous disposions qui avoisinait à peu de choses près les 200 millions (rires). Toby est l’un des artisans de fx les plus recherchés sur la côté Est, c’est un incroyable artiste !

La scène de sortie des tombes est brillante. Etait-ce justement un moyen pour vous d’enfoncer le clou sur l’aspect plus rock’n’roll de l’œuvre ?

Oui et je dois dire que cette entrée est très fun. Quand vous faites un film indépendant avec un budget aussi restreint, la production essaie toujours de vous mettre des bâtons dans les roues pour vous raisonner financièrement. Ils m’ont dit : « Sont-ils obligés de s’éjecter des tombes ? Ils ne peuvent pas juste en sortir normalement ? On y gagnerait du temps et de l’argent. » Mon argument était : « Oui, ils peuvent juste sortir des tombes mais c’est ennuyeux à mourir ! On l’a déjà tant vu avant ! » Le tout dans une production indé est de transiger sur certaines questions mais de rester ferme sur d’autres. Je me suis battu pour que mes zombies soient éjectés des tombes !

Bloody disgusting vous a attribué cinq étoiles. Que pensez-vous de cet engouement ?

Les réactions par rapport à mon film sont grandioses. Il a été projeté dans nombre de festivals partout dans le monde. A chaque fois que vous matez le film dans une salle de ciné, c’est comme un concert de rock. Le public hurle et acclame, c’est génial !

(Interview réalisée par Damien)

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