Interviews

MADE IN USA - Deadgirl

25 avril 2009 | Par : Damien Taymans

Jeunesse perdue

Deux lycéens, Rickie et JT, décident de sécher les cours et se retrouvent dans un hôpital voisin désaffecté. Ils font sur place une macabre découverte : le corps dénudé d’une jeune femme enchaînée à une table et recouverte de plastique. Accro au cul mais pas à la drague, les deux compères voient là l’occasion unique de pouvoir tirer leur crampe sans suivre des leçons de séduction. Pas morte mais pas en état de combattre, la jeune femme devra donc "se mesurer" aux deux garçons.

Pitch volontairement provocateur, aspect du torture-porn typiquement décérébré, Deadgirl cumule d’entrée de jeu les casseroles. Normal se dit-on à la lecture des noms des deux réals : Marcel Sarmiento et Gadi Harel pour lesquels on compte les réalisations sur les doigts d’une seule main.

Alors, erreur de jeunesse ou oeuvre surprenante ? Le film, présenté à Gerardmer voici peu de temps, fait indéniablement partie de la seconde catégorie, bluffant même par les surprises concoctées par Trent Haaga (oui oui,le Trent Haaga de Troma). Ca rassure, non ? Mais ce n’est pas tout : forcément moralement déviant et violent, le film ne se résume pas qu’à cela puisqu’il s’essaie également sur le territoire de la fable métaphorique au discours sociologique sous-jacent. Pas étonnant quand on apprend que les références des deux réals se nomment Stand by me, River’s Edge et Violences sur la ville. Allégorie sur la jeunesse perdue, sur les ados qui détruisent et annihilent une société qui les rejette, au point de déchaîner leurs pulsions sur la carcasse enchaînée. "Rickie est notre héros ; mais il iconise JT. La manière dont il transforme sa petite amie JoAnn en objet n’est vraiment pas meilleure que ce que les autres garçons font à la fille morte. Rickie ne connaît pas vraiment JoAnn. Elle est en quelque sorte sa fille de magazine (JT indique que la fille morte ressemble « à une fille sortie d’un magazine. »). Ils font la même chose à un degré différent. Ce que Rickie fait à JoAnn correspond à peu de choses près à ce que JT fait au cadavre de la fille morte." Autant dire que le scénar’ quitte progressivement les voies balisées qu’il empruntait dès l’entame pour prendre son essor personnel au fil de l’oeuvre.

L’INTERVIEW DE MARCEL SARMIENTO

Deadgirl est votre premier essai dans le genre horrifique. Quelles sont vos références en la matière ?

Nous avons réellement recouru aux classiques américains « coming of age » qui mettent en scène des adolescents et pas précisément des films d’horreur. Stand by me, River’s Edge et Violences sur la ville. C’est plutôt une allégorie, une fable qui tend parfois à l’horreur.

Le script dépeint une jeunesse en plein doute via ces deux adolescents qui détruisent tout, font l’école buissonnière et boivent de l’alcool. Une réponse aux films qui incorporent des ados bien sous tous rapports pour séduire ce public particulier ?

Nous affirmons toujours que Rickie est notre héros ; mais il iconise JT. La manière dont il transforme sa petite amie JoAnn en objet n’est vraiment pas meilleure que ce que les autres garçons font à la fille morte. Rickie ne connaît pas vraiment JoAnn. Elle est en quelque sorte sa fille de magazine (JT indique que la fille morte ressemble « à une fille sortie d’un magazine. »). Ils font la même chose à un degré différent. Il est intéressant que beaucoup de personnes ne voient pas cela. Ce que Rickie fait à JoAnn correspond à peu de choses près à ce que JT fait au cadavre de la fille morte.

Le film est co-réalisé avec Gadi Harel. Comment vous êtes-vous réparti les rôles durant le tournage ?

Nous avons tout fait de concert. Nous avons élaboré le film dans nos têtes avant d’avoir posé le pied sur le plateau, et à partir du moment où nous tournions, nous ne faisions plus qu’un. Vous pourriez trouver quiconque, Gadi ou moi-même, et le questionner à propos de la réalisation, vous obtiendriez la même réponse. Ce fut un tournage facile puisque nous étions tous deux focalisé sur la même chose.

Gadi Harel fit ses armes chez Troma puisqu’il était second assistant et acteur sur Terror filmer et Trent Haaga également sur Toxic Avenger 4. On retrouve d’ailleurs une certaine influence des Troma dans votre Deadgirl…

Personnellement, je souhaitais rester le plus éloigné possible de cet univers. Trent, en réalité, a rédigé le script il y a dix ans et l’a montré à Troma … et ils ont rejeté l’idée. Je pense que nous avons voulu distiller de l’humour dans notre métrage sans pour autant le transformer en blague potache, si vous voyez ce que je veux dire… Les films Troma tendent à être des œuvres drôles et ne disposent pas réellement d’une strate émotionnelle. Attention, ils sont amusants et délirants même, mais je n’ai pas l’impression que Deadgirl fasse partie de la même catégorie. Le film raconte quelque chose de fort, qui trouve une résonance émotive auprès de quelques personnes, en dépit de sa rudesse et de son caractère perturbant.

L’intrigue prend place dans un asile psychiatrique abandonné, à la manière du Session 9 de Brad Anderson. Quelle atmosphère confère ce genre de lieu ?

Je pense que nous avons juste utilisé les lieux pour créer un maximum d’effets. Toute personne qui arrive dans une construction abandonnée et ténébreuse comme celle-là ressent obligatoirement la peur. Il est aisé de tomber dans la menace quand vous tournez dans un hôpital réel, où beaucoup de cadavres par le passé ont été stockés dans le sous-sol.

Montrer deux jeunes hommes qui attaquent une femme enchaînée, vous n’avez pas peur d’être accusé de misogynie ?

Nous avons des types qui viennent vers nous et nous disent : « J’ai aimé votre film ; mais, les femmes vont vous tuer. » Et nous répondons toujours, « mais les femmes - elles l’obtiennent. » Ils comprennent que ce qui est en cause n’est pas réellement ce que vous pensez. Notre film aborde plutôt la thématique des hommes stupides et des exactions qu’ils commettent. Aucune femme ne prie pour sa vie en notre film, aucune femme n’est torturée dans une volonté d’en foutre plein la face au public ; il n’y a rien sexy au sujet de notre femme décédée. Elle est davantage un symbole pour l’histoire d’amitié des deux garçons et jusqu’où ils iront afin de ressentir un certain contrôle ou une certaine puissance, ainsi que la manière dont Rickie considère JoAnn, la fille la plus populaire du bahut, comme son objet. Nous nous sommes donnés beaucoup de peine pour ne pas être misogynes en traitant cette facette. Mais l’histoire est ce qu’elle est, soit vous l’acceptez, soit vous ne l’acceptez pas. Il n’y a aucun juste milieu.

Pourquoi ne pas avoir expliqué pourquoi et comment la femme s’est retrouvée enchaînée dans le sous-sol ?

Cela n’importait pas. Elle constitue à proprement parler la genèse pour ce que les ados font entre eux et ce qu’ils font à eux-mêmes. Le métrage aborde davantage les interactions entre les protagonistes que leur relation avec elle. Elle est en quelque sorte le catalyseur grâce auquel le film a lieu. Nous avons trouvé cela plus intéressant pour permettre au public d’imaginer par lui-même la façon dont elle est arrivée à cet endroit. Selon ce que vous imaginez, le film a différentes conséquences, pour chaque spectateur individuellement.

Silhoh Fernandez et Noah Segan sont véritablement impressionnants. Comment sont-ils parvenus dans cette aventure ?

Nous avons obtenu un formidable casting avec ces deux grands acteurs qui souhaitaient aller au fond des choses avec nous. Les deux sont venus vers nous et nous ont dit : « Je vais jouer ce rôle ». Noah nous a appelés du plateau de Cabin fever 2, et Shiloh, qui est entré réellement pour interpréter le rôle de Noah, a commencé à parler du film et du personnage de Rickie de manière investie, nous sommes juste tombés amoureux de cette interprétation. C’était notre Rickie.

Deadgirl a reçu une sélection à Sitgès, à Gerardmer et à Bruxelles. Heureux de cette répercussion européenne ?

Après être revenu juste de Gerardmer, je ne peux pas en dire assez au sujet de ce festival et de son public. Sold out à 10 heures du matin avec quelque 800 personnes. Ce fut grand ! Le film, comme toujours, n’est pas pour tout le monde, et il y avait beaucoup de discussions à son sujet. Certains l’ont aimé et d’autres non. Quoi qu’il arrive, nous sommes ravis d’avoir fait quelque chose à propos duquel il y a débat, qui ne laisse pas dans l’indifférence.

D’autres films en projets ?

Oui, nous sommes actuellement en train de travailler sur un film pour une compagnie basée à Los Angeles, une relecture d’un film danois intitulé Morke.

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