Interviews

MADE IN USA/FRANCE - Catacombes

22 août 2014 | Par : Alan Deprez (Vivadavidlynch)

Interview de John Erick (réalisateur, coscénariste) et Drew Dowdle (scénariste)

L’alliance créative des frères Dowdle se reforme à l’occasion de Catacombes (As Above, So Below) et en attendant le thriller The Coup (prévu pour 2015). Une collaboration fructueuse qu’ils ont rodée sur The Poughkeepsie Tapes (2007) et En quarantaine (Quarantine, 2008, remake américain de [Rec]). Ça valait bien la peine de les soumettre à la question pour qu’ils nous détaillent les rouages de leur dernier effort dans le genre de plus en plus décrié du found footage. « Thank God », le résultat est plutôt réussi !

Alan Deprez : Drew, d’où vous vient l’idée originale du scénario de Catacombes ?

Drew Dowdle : John Erick et moi l’avons coécrit. A l’origine, nous pensions qu’il serait intéressant d’articuler notre scénario autour d’un personnage principal qui serait une sorte d’Indiana Jones au féminin ; le documentaire (« film dans le film »-ndr) étant une manière d’impliquer personnellement le spectateur dans ce qui lui arrive et de rendre le tout plus « intime ». Nous avions gardé ces idées de côté et commencé à travailler sur un autre projet. Malheureusement, ce dernier est tombé à l’eau. C’est alors que Thomas Tull (big boss de Legendary Pictures-ndr) nous a appelés pour nous proposer de développer un script autour des catacombes. Il voulait aussi savoir si nous avions quelques idées qui pourraient convenir. John (Erick Dowdle-ndr) s’est dit que ce serait parfait d’y intégrer notre héroïne Indiana Jonesque. A partir de là, tous les éléments se sont imbriqués et le projet a décollé, pour aboutir au résultat que vous connaissez.

Comment faites-vous pour collaborer, lorsque vous écrivez à quatre mains ? Le fait que vous êtes frères doit faciliter les choses !

John Erick Dowdle : Oui, c’est ça. C’est comme si nos esprits étaient connectés ! (rires) Je ne pense pas que je pourrais écrire de cette façon avec une personne autre que Drew.

Drew Dowdle : John installe la structure du scénario. C’est lui qui a étudié l’écriture pendant quelques années, tandis que j’étais dans le business. Je l’ai rejoint plus tard dans cet aspect plus artistique du métier. De nous deux, John est celui qui a le plus une nature de scénariste. Sur chaque projet commun, nous partageons de grandes discussions pour définir les éléments importants du script et toutes ses péripéties. D’habitude, John rédige une première version du scénario (first draft-ndr), qu’il m’envoie.

J. E. Dowdle : A ce stade, Drew me transmets un feedback, où il valide plein de choses et s’oppose à d’autres. Ça donne un peu : « non, non, non, oui, non, non, oui, non… » (ils éclatent de rire)

D. Dowdle : Tu me fais passer pour un vrai chieur !

J.E. Dowdle : OK, ce n’est pas tout à fait cela. Vous savez, Drew est très bon pour ce qui à trait à la logique de l’histoire, à la vraisemblance et ce genre de choses. Pour ma part, je lance plein d’idées et mon esprit est toujours en ébullition. On en parle avec Drew et parfois, ça aboutit à un film, parfois pas.

D. Dowdle : John est un peu une espèce de génie fou et j’essaye de le canaliser ! (rires) De mettre de l’ordre dans toutes ses idées et de tempérer son énergie. C’est ce qui est marrant dans notre processus d’écriture. Pour Catacombes, nous avions commencé à parler d’alchimie et réalisé des tonnes de recherches. Il y avait tant de choses intéressantes et nous avons dû faire le tri. Au final, le scénario s’est révélé à lui-même, beaucoup plus rapidement qu’escompté.

J. E. Dowdle : Nous avons pour habitude de multiplier les versions du script. C’est une sorte de « work in progress », qui évolue continuellement.

En fait, c’est une démarche assez « organique ».

J.E. Dowdle : Oui, exactement. Chaque projet est différent de l’autre, avec sa propre ambition et ses objectifs.

Drew et John Erick Dowdle

Pourquoi avez-vous localisé l’essentiel de votre récit dans les catacombes ?

J.E. Dowdle : Nous avions un peu étudié les catacombes et c’est ce qui a provoqué notre enthousiasme quand Thomas Tull nous a dit qu’il désirait y tourner un film. Par la suite, nous avons fait énormément de recherches. Les catacombes est un endroit bizarre, mystérieux, d’où émane une aura magique et cauchemardesque. Très vite, nous nous sommes dit que c’était le décor idéal pour exhaler une ambiance légèrement mystique. Le reflet d’un autre monde.

D. Dowdle : Ça paraissait le parfait écrin pour répercuter ce genre d’intentions. Pareillement, Paris était le décor idéal. Il s’en dégage quelque chose de spécial.

Vous aimez Paris ?

D. Dowdle : J’adore cet endroit ! C’est une de mes villes préférées. Nos parents nous y avaient emmenés quand nous étions enfants. Depuis, nous y sommes toujours restés attachés.

Selon vous, qu’est-ce que Catacombes apporte de neuf, par rapport au tout-venant des found footage ?

J.E. Dowdle : Notre intention était de narrer une histoire épique, mais d’une manière toute personnelle. Le found footage fait partie intégrante du style du film, mais n’en est pas la principale composante. Tout ne tourne pas autour de cela. Ce n’est pas comme : «  faisons un found footage dans un zoo !  ». (les frangins Dowdle ont un fou rire incontrôlable) Je ne pourrais pas réaliser ce genre de choses ! Selon moi, à l’heure actuelle, le found footage compte parmi les outils cinématographiques à disposition d’un cinéaste. Il s’agit juste de bien l’utiliser. Nous voulions bénéficier de belles images, qu’elles ne soient pas d’un rendu vidéo dégradé ou bourrées de grain façon Super 8 ; afin qu’après 5 minutes de film, le spectateur oublie qu’il a affaire à du found footage. La clé était de réaliser un found footage qui ne ressemble pas à une œuvre de ce type.

D. Dowdle : As Above, So Below est construit de façon à ce que rapidement, on ne doive plus justifier la présence de caméras. Évidemment, ils en embarquent une avec eux, mais le problème est vite réglé. C’était important que le spectateur ne questionne plus cela et n’y pense même plus, y compris en ce qui concerne la caméra principale, qui se fond dans le décor. Sur certaines histoires, c’est difficile de justifier la présence de la caméra, mais ici, ça s’est avéré assez simple.

Oui, c’est plutôt réaliste.

J.E. Dowdle : Merci !

D. Dowdle : Ce n’est pas comme ces films où ils retrouvent des images (found footage - ça dit bien de quoi il en retourne !) et se sentent forcés de les diffuser, car les gens « doivent savoir ». Dans ce cas, c’est beaucoup plus difficile à justifier.

J.E. Dowdle : Le résultat n’est jamais terrible !

D. Dowdle : Oui, ça ne marche jamais vraiment… Dans notre film, le found footage est digéré et forme un mélange homogène avec le reste (la direction photo, la technique, …).

J.E. Dowdle : C’est important qu’un film semble très réel. Par ailleurs, le choix des acteurs est crucial, car le spectateur doit être persuadé que leur personnage est capable d’être si intelligent et de réaliser ce que l’on voit à l’écran. Nous avons été très vigilants là-dessus.

Quels ont été les principaux défis techniques sur le tournage ? Vu la forme, le sujet et les décors de l’œuvre, j’imagine qu’ils ont été nombreux.

J.E. Dowdle : Oh, oui ! Déjà, la distance entre le lieu de tournage et quiconque aurait pu nous venir en aide était immense. Si l’on oubliait quelque chose, il fallait environ une heure pour retourner le chercher… Dans ce cas de figure, il valait même mieux repenser notre façon de filmer, afin de pouvoir s’en passer. Sur place, il n’y avait pas d’électricité à disposition ou de toilettes. Il n’y avait rien du tout, en fait ! Ça nous a posé pas mal de défis. Par exemple, les murs étaient trop épais pour laisser passer les ondes de nos talkies walkies ou de nos portables. Souvent, nous étions plongés dans l’obscurité. Et même si l’on était en plein milieu de l’été, il faisait très froid. Gelant, pour ainsi dire.

D. Dowdle : C’était très inconfortable, oui ! Mais d’un autre côté, dès qu’on se trouvait dans les profondeurs des catacombes, on savait qu’on y était bloqués pour longtemps… Ça a favorisé l’implication maximale de l’ensemble de l’équipe. Chacun était plus que concerné par ce que l’on tournait. Très certainement parce qu’il était impossible de sortir pour prendre une pause cigarette ou encore de se rafraîchir aux sanitaires. Tout le monde était concentré sur les tâches à accomplir. Je pense que ça a tiré le projet vers le haut.

J.E. Dowdle : Les acteurs ne pouvaient pas sortir prendre l’air et décompresser entre les prises. Ils étaient comme emprisonnés dans les catacombes et bloqués avec l’équipe technique. Et ils l’étaient littéralement, car on tournait en sous-sol à raison de 10 heures par jour. De cette façon, ils restaient sans cesse impliqués et dans la peau de leur personnage.

Comment avez-vous appréhendé la photographie du film, en accord avec votre DOP (Director Of Photography/cinematographer/chef opérateur-ndr) Léo Hinstin ? Vous tourniez sous terre et dans des endroits compliqués (comme des galeries exigues), ça a dû influer sur votre manière d’éclairer les lieux.

J.E. Dowdle : Avec Léo (Hinstin-ndr), notre chef opérateur français, nous voulions que les décors soient éclairés dans un souci de réalisme. Et dès le départ, quand nous nous sommes engagés sur ce projet, nous avons décidé de ne pas emmener une armada de techniciens américains et du matériel lourd avec nous. Nous voulions réaliser As Above, So Below à la façon française, car les Français font des films incroyables. Drew et moi sommes arrivés à Paris et avons engagé un chef op français, ainsi qu’une équipe technique dont de nombreux membres partageaient cette nationalité. Je pense que nous avions aussi un Allemand, un Italien… et je suis sûr qu’il devait aussi y avoir un Belge ! (il fait référence à la nationalité de l’intervieweur, dont ils avaient parlé avant que le magnéto ne soit enclenché-ndr) (rires) Pour en revenir à la photo du film, nous avions dit à Léo que nous désirions de belles images et des couleurs marquées, avec différentes gammes de beige et des noirs très profonds. Hormis quelques points lumineux, nous laissions beaucoup de place à l’obscurité. Nous avons passé beaucoup de temps à fixer le look du film et à réaliser divers tests. Par exemple, nous avons testé des tas de headlamps (lampes frontales - attachées à un bandeau -, elles font partie de l’attirail des adeptes de la spéléo-ndr). Au final, les acteurs ont souvent éclairé le film de cette manière. Quand vous êtes dans les catacombes, vous devez absolument laisser votre headlamp allumée ; c’est le meilleur moyen de ne pas se cogner aux parois ou de ne pas trébucher. Ça a conditionné le look du film. Pour l’essentiel, nous disposions d’éclairages agressifs et de diffusion sur les murs. Tout cela a abouti à une esthétique très « dramatique ».

D. Dowdle : Après une poignée de jours de tournage, les acteurs avaient compris où ils devaient pointer leurs sources lumineuses. Ils le sentaient instinctivement. Ils faisaient partie de l’équipe et étaient devenus des sortes d’électros (électriciens/gaffers : personnes de l’équipe en charge du matériel lumière-ndr). Quand quelque chose se passait, ils se tournaient instantanément en direction de l’action pour l’éclairer. Nous provoquions aussi ce genre d’accidents, avec la lumière qui arrive un peu en retard, etc. Selon nous, ça participait de ce sentiment de réalité.

Selon vous, quelle sera l’évolution des found footage dans les années à venir ? Et que pourrait-il arriver de mieux au genre ?

J.E. Dowdle : Plus largement, je pense que l’arrivée de nouvelles technologies va faire évoluer une certaine part du cinéma vers quelque chose de très différent. Et le found footage s’inscrit totalement dans ce processus. Au jour d’aujourd’hui, tout le monde filme avec son téléphone portable, même ma grand-mère. C’est impossible que ce moyen de communication et ces régimes d’images ne soient pas intégrés à la grammaire cinématographique telle qu’on la connaît. Cela devrait modifier en profondeur le langage filmique.

D. Dowdle : C’est pareil avec les nouvelles caméras GoPro. Maintenant, tout cela fait partie intégrante de notre façon de communiquer. C’est relativement commun et répandu.

J.E. Dowdle : Je suis certain que l’on tournera bientôt des drames en found footage, des films pour enfants et des comédies.

D. Dowdle : La comédie a déjà commencé à embrasser le genre.

Pouvez-vous me confier quelques mots sur votre prochain film, The Coup ?

J.E. Dowdle : The Coup parle d’un mari, sa femme et ses deux petites filles, qui emménagent dans un pays du sud-est de l’Asie pour raisons professionnelles. Il y a un coup monté contre le gouvernement le jour où ils arrivent sur place et leur hôtel est pris d’assaut. Ils ne connaissent personne dans le pays, n’en parlent pas la langue et ne peuvent pas s’y repérer. Ils doivent faire face à tout cela et se serrer les coudes pour parvenir à sortir du pays. Les stars du film sont Owen Wilson, Pierce Brosnan et Lake Bell. C’est une sorte de survival très intense, où l’on place le personnage principal dans une situation de crise. Il tente de se dépêtrer du pétrin dans lequel il se retrouve malgré lui.

D. Dowdle : Ce n’est pas un found footage. On l’a tourné de façon plus traditionnelle, mais en tentant de briser ce carcan par bien trop rigide.

Par exemple, en filmant des plans master et en jouant sur la longueur de ceux-ci ?

D. Dowdle : Oui, nous avons tourné beaucoup de plans master (master shots-ndr) à 3 caméras, en couvrant toute l’action et en ne se souciant pas trop du fait qu’une caméra apparaissait dans le champ d’une ou des deux autres. Nous savions que l’on dealerait avec ça au montage.

J.E. Dowdle : Sur As Above, So Below, nous avons effectué de nombreux jump cuts. Nous avons l’habitude de travailler avec le même monteur (Elliot Greenberg-ndr) et donc, sur The Coup, nous lui avons demandé de tenter des jump cuts similaires et des raccords brusques, même si nous étions face à un thriller et pas un found footage. Est-ce que ça allait sembler bizarre, de monter un film « classique » à la manière d’un found footage ? L’expérience valait le coup.

C’est intriguant.

D. Dowdle : Et ça marche vraiment !

J.E. Dowdle : Utiliser les conventions du found footage dans un film à la narration plus classique nous excitait. On aboutit à une hybridation des plus singulières.

D. Dowdle : C’est très subjectif. A l’exemple d’As Above, So Below, on ne quitte jamais les personnages. Dans The Coup, on reste parmi cette famille et on ne s’en éloigne jamais, en passant sur d’autres images, comme des reportages du JT ou le point de vue de tierces personnages. Il s’agit uniquement de leur expérience en pleine tourmente. Comme dans un found footage, on ne partage pas un point de vue plus global sur les événements.

J.E. Dowdle : Les rebelles du film ne parlent pas la même langue que cette famille, mais on ne sous-titre pas leurs propos. On en sait autant qu’eux… C’est parfait pour maintenir un état d’inconfort et de tension. En général, on aime jouer avec les différents points de vue. Dans Devil (2010), on s’attardait sur le point de vue d’un personnage coincé dans l’ascenseur - son ressenti et ses réactions - avant de passer sur celui d’un autre.

Après The Coup, sur quoi prévoyez-vous de travailler ?

J.E. Dowdle : Actuellement, nous travaillons sur deux projets que nous ne pouvons pas encore annoncer. L’un deux a des points communs avec As Above, So Below, alors que l’autre est assez similaire à The Coup. En un an, nous avons enchaîné les tournages d’As Above, So Below et The Coup. Nous aimerions réitérer cela en passant à nouveau d’un projet fantastique effrayant à un thriller intense façon survival. Nous aimons varier les plaisirs.

D. Dowdle : Plus que jamais !

Merci à Ariane Vandenbosch, à Banita Ramchurun, ainsi qu’aux équipes de Sony Pictures Releasing Belgium et NBC Universal (Universal Pictures International).

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