Interviews

MADE IN USA - Ghost month

4 avril 2009 | Par : Damien Taymans

Chinollywood

Dark water, The grudge, The eye, Shutter, The ring et, plus récemment, The uninvited, les refaisages hollywoodiens des réussites asiatiques engorgent de plus en plus une production qui éprouve d’énormes difficultés à faire preuve de créativité. Il faut dire que le public américain, noyé sous une production nationale conséquente, répugne bien souvent à se repaître de ces modèles asiatiques et réclame son lot de créations autochtones surfant sur une vague similaire. Visiblement lassé de voir chacun de ces classiques refaits à l’envi, Danny Draven, un cinéaste indie qui a fait ses armes chez Full Moon, décide de prendre la rizière à contre-courant et de remonter le Fleuve jaune à la nage en proposant sa propre vision des choses.

Amoureux du cinéma asiat, Draven échafaude Ghost month, métrage américain, vu et monté par un américain aux Etats-Unis mais fortement teinté du traditionalisme asiatique. "J’adore les productions horrifiques qui viennent d’Asie, explique le réal. Et plus c’est underground, meilleur c’est. Je suis un grand fan de Dark water et du Re-cycle des frères Pang. Dans Ghost month, je ne remake aucune œuvre et ne construis un hommage pour rien en particulier. Le film est simplement une histoire traditionnellement asiatique avec un arrangement américain, racontée via la perception d’un Américain." Une idée qu’il pousse à son paroxysme en incluant quelques lignes de dialogues en cantonais, censées épaissir le mystère, et réclamant à son épouse, Jojo Draven de composer un score aux orchestrations sinisées qui se pose comme un mélange des deux influences musicales.

Le titre, aux accents révélateurs (les ghost storiz de ces dernières années transpirent à travers le simple terme "ghost"), évoque le festival du fantôme, célébration annuelle qui se déroule le treizième jour du septième mois du calendrier chinois. Un mois durant lequel fantômes et spiritueux quittent l’au-delà pour venir à la rencontre des vivants, moment idoine pour que les événements étranges s’enchaînent et que la peur s’installe, à l’instar du Jour des morts mexicain et du Halloween que le Nouveau monde a formidablement exporté dans nos contrées.

Récompensé au festival du film d’horreur de Chicago (Meilleur réal et Meilleure photographie) et sélectionné dans bien d’autres festivités réputées du continent, Ghost month sortira en DVD aux Etats-Unis le 9 juin 2009. Devant l’ambition et l’originalité de l’entreprise, nous n’avons pu nous empêcher d’interroger le cinéaste afin d’en apprendre plus sur son background et sur son intéressante tentative de contourner la gangrène des remakes.

L’INTERVIEW DU REALISATEUR

Vous avez déjà réalisé quelques films d’horreur (Cryptz, Hell Asylum, Stuart Gordon Presents Deathbed, etc.). Puis, vous avez attendu quelques années avant de revenir à la réalisation. Pourquoi cette période d’attente ?

La meilleure manière d’apprendre à réaliser des films est de se trouver sur un plateau et de faire autant d’erreurs que vous pouvez. Vous apprenez ainsi à ne pas les répéter, et je peux vous assurer que j’en ai fait quelques-unes.

J’ai toujours eu une passion pour l’horreur et la science-fiction. Quand je me suis déplacé à Los Angeles, j’ai voulu travailler pour Roger Corman afin d’ « avoir un pied dans la place » comme beaucoup de mes influences filmiques telles que Francis Ford Coppola, Ron Howard, Jonathan Demme, James Cameron, Joe Dante et Martin Scorsese. Je devais bien commencer quelque part, de sorte que j’en suis arrivé chez Full Moon, une compagnie qui faisait alors beaucoup de films. Et encore toujours aujourd’hui. C’est là que j’ai rencontré le producteur/réalisateur indépendant J.R. Bookwalter (The Dead next door), et il m’a aidé à me lancer et m’a donné mon premier job au niveau de la mise en scène. Pendant cette période, j’ai également rencontré Charles Band, David DeCoteau et Stuart Gordon, qui étaient tous de grands mentors pour moi.

J’ai par la suite commencé à produire des films « sur commande » pour la Full Moon de Charles Band, flanqués de budgets étriqués et tous ont été tirés sur numérique. C’était avant que les caméras 24p ne soient accessibles. Après plusieurs films, je suis devenu très fatigué de faire des films dans cet environnement « de coupeur de biscuit », ainsi j’ai décidé de me fermer à clef loin pendant quelques années. Après plusieurs films, je suis devenu lassé de faire des films dans cet environnement et j’ai ainsi décidé de me tenir à l’écart pendant quelques années. J’ai décidé de ne plus faire que des films que j’avais écrits et qui étaient transposés sur écran. Après quelques années, j’ai réalisé Ghost month. Il a été fait à ma manière, de façon complètement indépendante.

Après plusieurs films, vous avez travaillé comme monteur pour les films de David DeCoteau de Charles Band. Une expérience intéressante ?

Je possède une compagnie de post-production appelée poteau de Darkworldpost (www.darkworldpost.com) ; mon équipe manipule la post-production pour beaucoup de projets de réalisateurs de films et de studios indie. Charles Band et David DeCoteau sont de très chers amis et collègues, et c’est toujours un plaisir de travailler avec eux sur leurs projets. Ce sont deux réalisateurs de film très prolifiques.

L’idée de base de Ghost month était de créer un film aux accents asiatiques aux Etats-Unis. Marre des remakes hollywoodiens des perles asiatiques ?

J’adore les productions horrifiques qui viennent d’Asie. Et plus c’est underground, meilleur c’est. Je suis un grand fan de Dark water et du Re-cycle des frères Pang. Dans Ghost month, je ne remake aucune œuvre et ne construis un hommage pour rien en particulier. Le film est simplement une histoire traditionnellement asiatique avec un arrangement américain, racontée via la perception d’un Américain.

Le scénario de votre film a été réécrit de nombreuses fois. En quoi consistent ces modifications ?

Quand j’écris un scénario, l’histoire et les personnages viennent dans un premier temps. Après que j’ai une ébauche de tournage, je commence d’habitude à penser en terme plus pratique, et commence à me demander : Comment puis-je tourner ceci ?

Lorsque vous faites un low-budget, c’est indispensable de réfléchir en termes de réalisation, de pondre un script applicable lors du tournage. Les modifications sont donc venues une fois le tournage entériné. A ce stade, je retravaille les scènes et les dialogues pour me conformer à l’emplacement du tournage. Il est primordial de limiter la somme des emplacements et de rendre le tout plus simple.

C’est votre épouse, Jojo Draven, qui compose les musiques aux teintes asiatiques de Ghost month. L’Asie est une passion commune chez les Draven ?

Le score de Jojo pour ce film en particulier est une fusion d’instrumentation orchestrale et asiatique. J’étais très pointilleux au sujet de la musique que je désirais pour Ghost month. Le film est très atmosphérique et maussade, ainsi la musique agissait essentiellement pour augmenter ces émotions. Je pense que le score créé est unique et j’apprécie particulièrement la manière dont elle employait ce thème récurrent au piano et le fondait avec l’instrumentation chinoise.

Jojo est également une musicienne de rock. Elle mène un groupe professionnel appelé Trecherie et ils viennent juste de sortir un nouvel album intitulé Pattern of pain qui est disponible sur iTunes. Vous trouverez des images et des vidéos sur leur myspace (http://www.myspace.com/trecherie - ndlr). Allez le voir et ajoutez-les comme amis…

Quelques dialogues sont en cantonais. Une obligation, pour vous, d’inclure la langue autochtone pour davantage de réalisme ?

Le personnage principal, Miss Wu (Shirley To), était à l’origine une vieille dame beaucoup plus âgée. Cependant, cette partie du casting a posé de gros problèmes, du coup je l’ai métamorphosée en une femme plus jeune. Je souhaitais qu’elle soit plus américanisée, mais qu’elle ait conservé un léger accent. Elle parle seulement cantonais avec sa tante excentrique. Je pense que l’utilisation de la langue épaississait le mystère du métrage, le public ne comprenant pas ce qu’elle disait à son inquiétante tante.

Je ne désirais pas utiliser de sous-titres. C’était important afin de capter l’attention du public. Si notre héroïne, Alyssa (Marina Resa), ne comprend pas un mot des discussions des deux femmes, alors le public ne devrait pas non plus être en mesure de les comprendre. Les fantômes eux-mêmes s’expriment en cantonais, ce qui fait qu’on ne saisit jamais vraiment ce qu’ils veulent à Alyssa.

Vous avez cumulé les postes de réalisateur, scénariste, monteur et également de producteur sur votre propre film. N’est-ce pas cavalier d’occuper autant de fonctions simultanément ?

C’est très ardu de bosser sur la prod et la réal en même temps. J’appelle ça : la guerre contre soi-même. Votre côté de producteur s’inquiète de l’argent, des programmes, de l’équipage, des contrats, etc. tandis que votre côté réalisateur est dans un royaume créatif, et veut faire le meilleur film possible, peu importe le coût ou les conséquences. Ces deux facettes de vous-même sont en guerre perpétuelle, ainsi c’est une lutte constante, mais les limitations vous rendent toujours plus créatif et inventif. Je dois bien l’avouer, mon côté réal l’a souvent emporté…

Vous avez réalisé une projection-test du film. Etes-vous satisfait de son déroulement et des réactions du public ?

La projection-test s’est très bien déroulée et nous avons obtenu beaucoup de réactions intéressantes. C’est toujours une bonne idée de montrer votre travail à un étranger pour obtenir une perspective fraîche. En tant que réalisateur, vous êtes trop proche de votre propre œuvre, ce qui fait que bénéficier d’un regard extérieur est fondamentalement intéressant. Vous pouvez sélectionner et choisir les commentaires des personnes comme vous le souhaitez. Quelques commentaires sont bons, alors que certains sont trop critiques. L’avantage majeur d’une production indie est que votre director’s cut est celle qui se trouve sur le DVD, sans interférence. En fin de compte, il ne revient qu’à vous et vous seul de décider de ce que vous laissez ou retirez du film.

La sortie officielle aux Etats-Unis est planifiée pour les mois qui suivent, je pense ?

La date de sortie officielle pour l’Amérique du Nord est placée au 9 juin 2009 via North American Motion Pictures. Ce sera en DVD et en Blu-ray. Sortir ce film en Blu-ray est une idée vraiment excitante étant donné que le film a été tourné en 35mm et masterisé en HD.

D’autres projets pour Darkworld pictures ?

Oui, de nombreuses choses sont en train de se produire. Je travaille actuellement sur quelques projets proprement excitants. Attendez-vous à ce que de futures œuvres soient transposées au cinéma, en Cinemascope plus que probablement. Attendez-vous également à entendre parler de moi très prochainement. Un projet top secret pour le moment mais qui devrait aboutir durant l’été.

(Interview réalisée par Damien)

LE TRAILER

GHOST MONTH

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