Interviews

MADE IN USA - Repo ! The Genetic Opera

15 novembre 2008 | Par : Damien Taymans

Le Bousman Horror Picture Show

Darren Lynn Bousman, taxé peut-être trop rapidement de marionnette à la solde de la production Lions Gate, nourrit en réalité une véritable passion pour le genre auquel il espère apporté sa (modeste ?) contribution. Les passades de la franchise Saw devenant du coup le tremplin pour lui permettre de mettre en scène son violon d’Ingres à lui, un opéra rock baptisé Repo du nom de la firme de Repossession génétique, une entreprise de recouvrement de crédit futuriste qui prélève à même le corps les organes des mauvais payeurs.

Anticipative à outrance, l’oeuvre explore un univers pas si improbable où les demandeurs d’organes sont devenus monnaie courante et où les transplantations se sont raréfiées pour d’obscures raisons. C’est dans cette conjoncture que naît la société GeneCo qui prévoit la transplantation d’organes par profit. Dictant ses propres règles, la multinationale prévoit de récupérer les organes des mauvais payeurs. Des agents, appelé Repo Man, sont chargés de cette repossession qui entraîne inéluctablement… la mort du possesseur.

Subjugué par le bijou musical de Terrance Zdunich et Darren Smith, Bousman séduit les deux acolytes dans l’espoir de pouvoir adapter cette histoire effarante de crédibilité sur grand écran. Après une expérience théâtrale enrichissante, le réalisateur écope de cette possibilité et entend bien la mener à son paroxysme en édifiant un véritable opéra loin des mélanges bâtards des comédies musicales. "Je pense que la différence entre les comédies musicales et notre film, c’est que Repo est un opéra… Mieux encore : un opéra rock !, annonce fièrement Bousman C’est justement ce temps intermédiaire qui distingue les comédies musicales des opéras puisque ceux-ci réclament une grande quantité de musique. Dans les comédies musicales, chaque chanson est coupée par des dialogues qui prennent autant de place que les parties chantées. Un opéra est chanté de bout en bout." Pas de doute, Repo, comme le rappelle justement son titre, est un opéra, un véritable hymne aux musicalités à consonance rock-metal dans lequel le spectateur est baigné de part en part par une musique omniprésente au point d’en devenir l’acteur principal.

Mais si, en leur temps, les Grease et consorts ont su drainer dans les salles un public aspirant à ce genre de créations, l’assistance d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui. Aussi, Bousman l’a bien compris : les amourettes neuneus d’adolescents sur fond musical ne suffisent plus à séduire les foules gavées de rythmes hétéroclites, ces rejetons de la génération MTV. Raison pour laquelle le réal opte pour une formule particulière, celle de surfer sur une multitude de genres afin de brasser un maximum de fidèles. "Il nous fallait un public capable de rire du show que nous leur proposions, c’est pourquoi nous l’avons conçu comme quelque chose de très maniéré. Mais, au centre de Repo, il y a un cœur. Si tu regardes Rocky Horror, tu trouveras ça très maniéré et rigolard. Nous voulions aussi quelque chose de plus sérieux pour Repo. Nous avons donc choisi de faire de notre film un micmac de plusieurs genres : horreur, drame, tragédie, comédie et action !" Une vulgarisation en quelque sorte afin que même les plus difficiles y trouvent leur compte. Un symbole de l’hétérogénéité qui se retrouve incontestablement dans le casting utilisé pour l’heure : Paris Hilton, la bimbo adulée par des tonnes d’adolescents en manque de repères et la Spy Kids Alexa Vega ("Je l’ai directement trouvée stupéfiante") évoluant aux côtés de Bill Moseley, coqueluche des admirateurs du travail de Rob Zombie.

Ne nous y trompons pas, Repo ! the Genetic Opera n’est pourtant pas de ces friandises pour agueusiques servies à tour de bras par l’énergique industrie hollywoodienne. Au contraire, le métrage de Bousman recèle de nombreuses qualités qui lui permettront de s’imposer comme une oeuvre incontournable, au même titre que le Rocky Horror Picture Show avec lequel il nourrit de nombreux points communs. Assurément, Repo ! The genetic opera marque autant l’accès d’un homme au panthéon des metteurs en scène qu’il ne sonne le glas des comédies musicales aux intrigues simplistes et aux accents populaires flagorneurs. Massacré par la franchise Saw, Bousman se retrouve sacré par l’entremise de cet opéra, bâton de maréchal d’une carrière à peine entamée.

L’interview de Darren Lynn Bousman

Comment avez-vous rencontre Terrance Zdunich et Darren Smith ?

Il y a environ 7 ans. Un de mes amis producteurs savait que j’étais fan d’opéras rock et de comédies musicales. Il avait lu cette pièce intitulée REPO. Il me l’a glissé... Je l’ai lue, j’en suis tombé amoureux, j’ai appelé les auteurs… le reste appartient à l’histoire… Je les ai suppliés de me laisser diriger la version théâtrale, ce qui eut lieu en 2001-2002. J’ai dirigé la première étape de production à Hollywood en 2002. C’était dans un très petit théâtre, une salle « black box », mais c’était une expérience magistrale qui en valait vraiment la peine. Une fois que la pièce a été terminée, j’ai parlé à Terrance et Darren et leur ai expliqué que s’ils m’en donnaient la possibilité, j’en ferais un film. Il faut que tu gardes en tête que nous sommes avant mes expériences Saw 2, 3 et 4. Je pense qu’ils ont pris mon commentaire à la légère puisque nous ne savions que très peu où j’en serais quelques années après…

Quelle est la différence entre le film et l’opéra originel ?

Il n’y a aucune relation. Les deux œuvres partagent uniquement le même nom. Le film comme l’opéra traitent de la REPOssession, mais c’est là que les comparaisons cessent.

Vous avez certainement dû être inspiré par d’autres comédies musicales. Quelles sont vos préférences dans ce domaine ?

Bien entendu. Mes comédies musicales favorites, outre le grand Rocky Horror Picture Show, sont Forbidden Zone et The First Nudie Musical (un opéra où tous les acteurs-chanteurs sont à poil – ndlr).

Repo évite soigneusement toutes les faiblesses habituelles de ce genre d’entreprise comme lorsque les protagonistes parlent la majeure partie de l’œuvre, si bien que leurs chants semblent décalés. Peu de temps s’écoule entre deux chansons dans Repo, ce qui lui donne un rythme intéressant. Pourquoi avoir choisi cette option ?

Je pense que la différence entre les comédies musicales et notre film, c’est que Repo est un opéra… Mieux encore : un opéra rock ! C’est justement ce temps intermédiaire qui distingue les comédies musicales des opéras puisque ceux-ci réclament une grande quantité de musique. Dans les comédies musicales, chaque chanson est coupée par des dialogues qui prennent autant de place que les parties chantées. Un opéra est chanté de bout en bout. Nous sommes un opéra du 21ème siècle…

Jesus Christ Superstar est un excellent exemple de films opéras comme le nôtre. Du début à la fin, il n’y a que des chansons contrairement aux comédies musicales qui rompent le rythme avec des parties parlées. C’est ce genre d’œuvre que nous voulions faire, un opéra qui n’incorpore que des chansons…

Outre ces coupures de chansons, quelles sont les autres distinguos entre Repo et les « musicals » ?

Je considère Repo comme un vrai opéra. Et pas comme une comédie. L’opéra est plus grand que la vie elle-même. Ils sont quasiment cartoonesques et sont remplis de moments tragiques, au sens théâtral du mot. En ce sens, Repo présente un spectacle plus grand et plus tragique que la vie. Ceci étant dit, il nous fallait aussi un public capable de rire du show que nous leur proposions, c’est pourquoi nous l’avons conçu comme quelque chose de très maniéré. Mais, au centre de Repo, il y a un cœur. Si tu regardes Rocky Horror, tu trouveras ça très maniéré et rigolard. Nous voulions aussi quelque chose de plus sérieux pour Repo. Nous avons donc choisi de faire de notre film un micmac de plusieurs genres : horreur, drame, tragédie, comédie et action !

Il y a derrière votre projet une vraie débauche d’énergie. D’où est venue cette explosion énergétique de la part de toute votre équipe ?

Nous croyions tous en ce que nous faisions. C’était un projet pour lequel tout le monde était passionné, ce qui explique cette formidable implication de chaque élément de l’équipe. Une passion véritable et pas un plan alimentaire, tu vois ? C’est là toute la différence. Nous étions tous embarqués dans l’aventure parce que nous le voulions. Nous nous sommes acharnés pour ce projet qui nous submergeait tant il dénotait avec le reste des productions. C’est bien simple, prends n’importe quel journal, lis la partie Cinéma et tu le verras par toi-même : une kyrielle de films et quasiment tous les mêmes. Les mêmes prémisses, les mêmes twists, les mêmes acteurs… C’est pour cette raison que Repo devait se faire : il est différent du reste des œuvres actuelles. Tu peux l’aimer ou le détester, il reste une expérience unique que tu n’as pas vécue avant…

Comment avez-vous choisi les acteurs ? Pour leur physique ou pour leur voix ? Et je ne dis pas ça pour Paris Hilton, hein !

Nous avons simplement choisi les meilleurs acteurs pour ces rôles (rires). Chaque acteur n’incarne pas mais EST le personnage. Nous nous sommes retrouvés avec le meilleur casting que nous aurions pu espérer. Le script de Repo était si étrange et différent que nous réclamions des acteurs qu’ils adoptent cette différence. Complètement différent et en-dehors des sentiers battus. Sans rire, dans quel autre film peux-tu voir
Sarah Brightman chanter contre Paris Hilton ?

Est-ce que les acteurs chantaient réellement ou les chansons émanaient-elles d’autres voix ?

Chaque acteur interprète ses propres musiques. Si ce n’était pas le cas, Repo serait une vaste blague, une tricherie malhonnête. Nous avons enregistré l’album deux mois avant le tournage. J’encourage d’ailleurs vivement les gens à acheter l’album avant de voir le film. Vous pouvez le trouver sur I-tunes ou Amazon.com

Seriez-vous prêt à refaire un autre film avec le même casting ?

Je serais 100% partant. J’adore chaque membre du casting. Et ça me ravirait de retravailler avec eux à l’avenir.

Vous ferez d’autres opéras ?

Certainement. Je serais heureux de retourner dans le monde étrange et fou de Repo. Je rêverais de réaliser un Repo 2. Nous étions très limités au niveau de ce que nous pouvions faire avec Repo étant donné le timing très serré et les carences du budget. J’aimerais créer une préquelle afin d’explorer les prémisses de cette carence en organes. Les opéras sont tellement magiques que je retournerais volontiers dans ce genre.

Vous m’avez dit être un fan de Rocky Horror Picture Show. Pensez-vous que Repo puisse devenir son digne représentant actuel ?

Evidemment que j’aimerais que ce soit le cas. J’aime Rocky Horror. Il y a une vraie communauté d’admirateurs derrière cette œuvre. C’est une des raisons pour lesquelles nous avons créé Repo, nous voulions créer un engouement communautaire comme celui-là. Logue-toi sur www.repo-opera.com et tu constateras tous les messages sur le tableau. Il y a une varie communauté de fans qui enfilent des vêtements propres aux personnages de repo, qui chantent les chansons. Quelque chose de similaire à ce qui s’est produit pour Rocky Horror Picture Show…

C’était assez osé et étonnant d’incorporer Paris Hilton dans votre casting. Ce qui est le cas pour d’autres acteurs. Comment avez-vous pensé à Alexa Vega pour incarner Shilo ?

Tous les acteurs ont apporté quelque chose d’unique au projet. Et chacun amenait avec lui un conséquent groupe de groupies avec lui pour soutenir le film. C’est ma fiancée qui a trouvé Alexa Vega. Nous cherchions activement une Shilo et nous souhaitions quelqu’un de jeune et de sexy. Nous avons mené un vrai casting pour ce rôle mais nous tombions sur des filles qui paraissaient jeunes mais n’étaient pas sexys ou, au contraire, faisaient languir mais semblaient vieilles (rires). C’est là que Laura, ma fiancée, a regardé un jour le journal et est tombée sur un encart sur Hairspray à Broadway. Et cet encart contenait une grande photo d’Alexa Vega. A ce moment, son nom ne m’évoquait rien… puis, j’ai réalisé, la Spy Kid ?? (rires). Je me suis envolé vers New York et suis allé la voir dans Hairspray, je l’ai directement trouvée stupéfiante. Je lui ai offert le rôle et le résultat est formidable. Sans conteste, elle est Shilo !

Le film est graphiquement assez violent. Peut-il être classé dans la catégorie des films d’horreur selon vous ?

Non, je ne pense pas. Il n’y a rien de vraiment terrifiant dans Repo. Violent, certes. Inquiétant, aussi. Mais pas réellement de moment vraiment angoissant. Je le classerais plutôt du côté des films fantastiques…

(Interview réalisée par Damien)

Le Trailer :

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