Interviews

MADE IN USA - Run ! Bitch Run !

16 mai 2009 | Par : Quentin Meignant

Violera bien qui violera le dernier...

A l’heure où le rape and revenge s’est rappelé au bon souvenir du grand public grâce à l’entrée fracassante du très bon remake de La dernière maison sur la gauche au box-office, de petites productions se plaisent à rendre hommage à un genre d’un autre temps. Si le I’ll never die alone de Bogliano a prouvé ses limites, plongeant d’ailleurs l’assistance du BIFFF 2009 dans une profonde léthargie, de nombreuses autres pépites promettent bien du plaisir aux amateurs du cinéma d’exploitation.

A ce titre, le Run ! Bitch Run ! de Joseph Guzman fait office de véritable OFNI du genre. Très attendu, ne fût-ce que pour son titre et un trailer plus qu’alléchant, le film se veut être un véritable hommage aux films d’exploitation des 70’s. Ainsi, le réal cite parmi ses références trois sommités : « I spit on your grave, The Call her One Eye et Mrs. 45 étaient nos principales influences. » , ce qui ne devrait pas déplaire aux fans du genre comme l’affirme Guzman. « Il y a beaucoup de liens avec les classiques des films d’exploitation que les fans de genre seront sûrs de retrouver. »

Et pourtant, le cinéaste tient absolument à se démarquer le vague des grindhouse modernes qu’il qualifie d’ailleurs de pseudo-hommageante. « Grindhouse est devenu un terme générique depuis que Tarantino et Rodriguez ont fait leurs films. (…)Tu ne peux pas faire un grindhouse avec un budget de 30 ou 40 millions de dollars. » Voilà qui a le mérite d’être clair, d’autant que Guzman s’est toujours refusé de regarder des œuvres modernes telles que Pervert !, arguant au passage que « la ligne est mince entre utiliser les codes du genre pour conduire l’ensemble et se servir de ces codes comme ensemble. »

Dès lors, son métrage sera « influencé par les 60’s et les 70’s plus que par les bandes modernes. », ce qui justifie le manque de moyens dont a été victime le film. Désirant faire un véritable film d’exploitation, Guzman a pris son parti de ce manque de moyens pour tenter de délivrer à l’arrachée une véritable pépite. « Notre budget était serré mais nous avons fait pour un mieux avec ce que nous avions. Aurais-je apprécié un réel équipement ? Bien sûr que j’aurais voulu mais je voulais par-dessus tout faire un film MAINTENANT. L’argent, nous l’avons utilisé pour payer les acteurs et pour la nourriture. »

Voilà donc qui est clair et qui rappelle un cinéma d’une autre époque, loin du troisième millénaire et de ses remakes à gros budgets. Néanmoins, malgré une volonté on ne peut plus claire de rester dans le low budget, Guzman a su s’entourer et a d’ailleurs pu dénicher la perle rare au niveau casting, Daeg Faerch, LE Michael Myers du Halloween de Rob Zombie.

Donc, partant d’une idée sympathique à bon nombre de fantasticophiles (du cul et du sang, que demander de plus ?), Guzman pourrait bien proposer une bande grindhouse plus qu’appréciable qui, si elle fonctionne sur le marché domestique, pourrait bien s’exporter à la manière des plus grands exemples du cinéaste.

INTERVIEW DE JOSEPH GUZMAN

Bonjour Joseph. Question récurrente mais obligatoire, quel est votre parcours jusqu’ici ?

Enfant déjà, je montrais un talent accru pour les arts comme la peinture et la sculpture. Sans entraînement particulier ni formation, je me suis auto-éduqué aux aspects plus fins de l’art à travers la lecture de différents ouvrages et en apprenant de mes erreurs. Les années passant, mes capacités se développèrent mais les fonds nécessaires à ce développement étaient assez limités. J’ai été obligé de devenir un maître dans l’art de l’économie et du bricolage, un talent que j’entretiens encore maintenant. J’ai récemment produit Chingaso The Clown et j’ai réussi à rassembler une somme de talents : Author Wong comme directeur de la photographie et l’artiste des FX maquillages de La Passion du Christ, qui a été nominé aux Oscars, Christian Tinsley.

Vous avez officié comme directeur artistique et producteur exécutif sur quelques courts. Etait-ce pour accéder un jour à la réalisation ou comme véritable passion ?

Ma compagnie de production, Freak Show Entertainment, a été créée pour cette nécessité. J’étais insatisfait de mon travail sur les films des autres personnes et, à la fin, je ne recevais parfois même pas mon dû. La plupart du temps, je travaillais plus dur que les personnes qui étaient plus impliquées. Tu peux travailler aussi dur que tu veux sur le film de quelqu’un d’autre, ce n’est jamais ta décision et tes points de vue qui sont pris en compte. C’est toujours le rêve de quelqu’un d’autre. Ne me comprenez pas mal, c’est une belle expérience de prendre part à un film. Mais j’ai décidé que je ne prendrais plus part aux rêves des autres et que donc, la seule solution pour moi était de démarrer ma propre compagnie, Freak Show Entertainment, et de faire le film que je voulais.

Les bandes grindhouse florissent pour l’instant depuis Boulevard de la Mort et Planète Terreur. Est-ce que cela vous a motivé à entrer dans ce monde très spécial ?

Grindhouse est devenu un terme générique depuis que Tarantino et Rodriguez ont fait leurs films, mais nous aimons les appeler FILMS D’EXPLOITATION. Sous le couvert de l’exploitation, tu peux avoir des sous-genre variés tels que la Blackploitation, la Sexploitation, la Nunploitation, le rape and revenge et plein d’autres genres avec le suffixe « ploitation ». (rires) Comme beaucoup de gens qui voient des grindhouse, j’ai appris que les faux trailers étaient plus dans le style du genre exploitation que les films actuels eux-mêmes. Tu ne peux pas faire un grindhouse avec un budget de 30 ou 40 millions de dollars. Donc, chaque film de ce genre éduque l’esprit de l’assistance moderne aux films d’exploitation. Nous avons été influencés par les 60’s et les 70’s plus que par les bandes modernes.

Quelles sont vos références dans le domaine du grindhouse ?

I spit on your grave, The Call her One Eye et Mrs. 45 étaient nos principales influences. Ces films sont considérés comme des grands classiques du rape and revenge. Tu peux donc retrouver l’esprit de ces trois films dans Run ! Bitch Run ! Quand Catherine, notre protagoniste, ne parle pas de son traumatisme après le viol, c’est tiré de Mrs. 45. Elle utilise mortellement un shotgun, ce qui vient de They Call her One Eye. Le gang brutal de la scène de viol dans I spit on your grave a influencé celle du viol dans les bois. Il y a beaucoup de liens avec les classiques des films d’exploitation que les fans de genre seront sûrs de retrouver.

Pervert ! était aussi fortement basé sur un certain caractère sexuel. Run Bitch Run se rapproche-t-il du film de Yudis ?

Je n’ai pas vu Pervert ! mais ce que je peux dire du trailer que j’ai découvert, c’est que c’est une parodie des films d’exploitation bien plus qu’en hommage. La ligne est mince entre utiliser les codes du genre pour conduire l’ensemble et se servir de ces codes comme ensemble. Notre intention était de faire un film qui aurait pu être fait il y a 30 ans et qui aurait pris place dans quelques cinémas des 70’s. Le film prend donc place en ces années-là et nous avons délibérément placé notre assistance face à des références de l’époque. Nous avons vraiment conservé toute cette temporalité tout au long du métrage.

Le film est aussi un rape and revenge. Est-ce là un des aspects essentiels de votre oeuvre ? Doit-on s’attendre à beaucoup de violence et de sadisme ?

Un des buts de Freak Show Entertainment est de conserver une certaine réalité dans l’horreur. Les films horrifiques et les thrillers les plus effrayants sont ceux qui peuvent prendre place dans votre voisinage ou même derrière votre porte. Ce sont des choses horribles que nous découvrons chaque jour dans nos journaux. Les Jason et Freddy ont leurs places dans le monde de l’horreur mais, après tout, ce ne sont que des personnages fantastiques. Il y a des personnages qui vivent simplement dans notre imaginaire. Par contre, les méchants de Run ! Bitch Run ! font partie de la réalité. Ils font de terribles choses mais ce sont des choses qui se passent chaque jour. Prostitution, drogue, meurtres et viols sont les éléments horribles mais bien réels de notre monde.

A quoi doit-on s’attendre d’autre avec Run Bitch Run ? Hommage au grindhouse ou plutôt délire léger et rythmé ?

Run ! Bitch Run ! est définitivement un hommage aux classiques du grindhouse et des films d’exploitation. Nous démontrons notre respect envers les films qui nous ont précédés. C’est totalement dédié à ceux qui aiment ces classiques et qui sont en froid avec l’horreur contemporaine. Je pense d’ailleurs faire partie de cette marge de spectateurs.

Dans le casting, on relève la présence du jeune Daeg Faerch, aka Michael Myers dans Halloween 2007. Vous a-t-il impressionné sur le plateau ? Quel rôle lui est exactement dévolu ?

C’était un grand moment de travailler avec Daeg. Le Halloween de Rob Zombie n’était pas encore sorti en salles lors de la construction du scénario. Le personnage que Daeg joue dans le film était dans le scénario du début mais il n’était pas encore casté. Donc, quand nous avons eu la chance de le choisir, nous avons sauté sur l’occasion. Il était tellement intense et effrayant dans Halloween que tu en oublies que c’est un enfant qui aime s’amuser de tout cela. Donc, le premier jour, tu t’attends à voir arriver Michael Myers sur le plateau, mais quand un joyeux moutard de 12 ans débarque sur le plateau, tu as une réfléxion du genre : « Ah mais oui, il est juste acteur ! » (rires)

Quelle fut l’ambiance sur le plateau ? Autant de jolies filles autour d’un sujet aussi amusant que le grindhouse, cela devait être une sacrée partie de plaisir,non ?

Je ne peux parler au nom de tout le monde mais j’ai passé un très bon moment sur le tournage. Nous avons travaillé en effectif réduit, ce qui a fait qu’on est devenu une petite famille pendant deux semaines. J’ai toujours essayé de créer une ambiance aussi fun que possible parce que si même sur ton propre film, tu ne t’amuses pas, tu peux faire autre chose comme métier… Notre casting était constitué de très jolies filles, ce qui est toujours une bonne chose. La plupart des actrices ont fourni un travail intense mais nous avons essayé de rendre leur labeur aussi confortable que possible, elles ont donc pu donner le meilleur d’elles-mêmes.

Quel était votre budget pour réaliser Run Bitch Run ! ?

Notre budget était serré mais nous avons fait pour un mieux avec ce que nous avions. Nous avons tourné beaucoup dans le style du film de guérilla. Un de nos lieux principaux, Lobo’s House, n’avait pas la puissance nécessaire pour tourner. C’était une maison abandonnée que nous possédions. Nous avions besoin d’emprunter la puissance de la maison voisine, ces deux canaux de puissance étaient tout ce que nous utilisions la plupart du temps. J’ai utilisé une batterie de voiture pour alimenter mon moniteur et parfois mon PC. La puissance était très faible, j’aurais même presque dû employer une batterie pour soutenir ma batterie.

Les lumières ? Nous n’avions pas de moyens pour elles, nous avions quelques ampoules de 200 watts avec une couverture enroulée de papier alu et maintenues par des pinces à linge. J’ai conçu mon propre éclairage et c’est vraiment une des choses du tournage dont je suis le plus fier. Aurais-je apprécié un réel équipement ? Bien sûr que j’aurais voulu mais je voulais par-dessus tout faire un film MAINTENANT. L’argent, nous l’avons utilisé pour payer les acteurs et pour la nourriture. Il faut garder à l’esprit que j’aime manger et bien manger ! (rires) Donc, nous n’avons pas lésiné sur la nourriture !

Tarantino a affirmé avoir joué au foot avec la pellicule de son Death Proof. Quelle a été votre technique pour vieillir l’image ?

Nous n’avons, pour l’instant, pas encore vieilli les images. Nous avons utilisé un adaptateur 35 mm sur la caméra pour parachever le look du film et le reste concernait la direction artistique, les costumes et les couleurs. Robert James Hayes II a apporté toute sa science en la matière, alors que le premier à avoir occupé sa place avait rapidement abandonné le projet. Robert n’était pas juste le directeur de la photographie, il était aussi à la base le coscénariste du film. Nous n’avions pas le temps de trouver un nouveau directeur de la photographie parce que nous étions littéralement en tournage le lendemain, donc il s’est augmenté et a pris la caméra en mains…

Votre prochain grindhouse, Nude Nuns with Big Guns, est actuellement en pré-production. Pouvez-vous nous en dire plus à son sujet ?

Tout ce que je peux vous dire à propos de ce film, c’est qu’il jouira d’une voie royale. Si vous avez apprécié Run ! Bitch Run !, vous tomberez amoureux de Nude Nuns with Big Guns.

(Interview réalisée par Mae-Nak)

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BANDE-ANNONCE

Run ! Bitch Run ! Trailer from Robert Hayes on Vimeo.

Commentaires

Cher Dieter,

Attention de bien valider le message avant de le poster. Juste le "voir" ne suffit pas...

17 mai 2009 | Par Damien

Je fais suite à mon message qui viens de disparaitre (bizarre...)
C’est une merde intégrale, facile, sans idée, sans fx sans humour...

17 mai 2009 | Par Dieter

Quel bon film !!! Vivement qu’il sorte ! Merci cinemafantastique !

16 mai 2009 | Par Honeyboy

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