Interviews

MADE IN USA - Scalene

9 octobre 2011 | Par : Quentin Meignant

Un film indépendant pas comme les autres...

Si l’industrie du cinéma indépendant américain nous vaut souvent son lot de bonnes surprises, rarement un film nous avait autant intrigué que le Scalene de Zack Parker. Si ce simple titre suffira à foutre la migraine à tous les allergiques aux maths et à la géométrie, il suscitera aussi un intérêt tout particulier, du fait de son originalité.

Pourquoi Scalene ? Tout simplement parce que Zack Parker a réussi à construire un système narratif jamais vu encore au cinéma, son film étant raconté de trois points de vue différents, avec toute la mauvaise foi inhérente à la race humaine, où une mère se venge d’un élève ayant accusé son fils, déficient mental, de viol. De quoi, sans aucun doute, livrer un ensemble plein de suspens mais aussi de mystère, chose visiblement acquise, les récompenses se multipliant pour l’instant pour le metteur en scène.

Prévu pour ce 11 octobre en DVD aux States, Scalene s’est en effet imposé aux Dances with the Films, dernier "véritable festival du cinéma indépendant américain", avant de triompher il y a une petite semaine au Cincinnati Film Festival, d’omù il est reparti avec les titres de Meilleur Long-Métrage et de Meilleur Réalisateur.

Entretien avec Zack Parker, un metteur en scène-scénariste-producteur-monteur aussi passionné que passionnant qui risque bien de marquer les festivals européens l’année prochaine avec son fameux Scalene.

INTERVIEW DE ZACK PARKER

Bonjour Zack, nous n’avons pas encore la chance de vous connaître en Europe. Quel est votre parcours ?

Je suppose que je suis ce que l’on peut appeler un réalisateur totalement indépendant dans tous les sens du terme. Scalene est mon troisième long-métrage. Comme pour les autres, j’ai écrit, produit, réalisé et monté ce film. J’ai financé tout cela grâce à l’aide d’investisseurs privés. Nous avons entièrement tourné le film dans ma maison, dans l’Indiana. Le seul aspect qui diffère de mes autres créations est que, cette fois, je m’occupe moi-même de la distribution du film.

Quelles ont été vos influences pour aborder Scalene ?

J’ai quelques influences dans ma réflexion, dans l’ensemble de montravail, que j’assume d’ailleurs parfaitement. Je suis notamment un grand admirateur de Stanley Kubrick, Roman Polanski et Alfred Hitchcock. Je suis aussi très influencé par quelques metteurs en scènes plus « modernes » comme David Lynch, David Cronenberg, Lars von Trier, Darren Aronofsky, Gaspard Noé, P.T. Anderson, Michael Haneke et Catherine Breillat.

Avec un budget assez « modeste », tout n’a pas dû être simple. Quelles ont été les principales difficultés rencontrées durant le tournage de Scalene ?

L’argent est toujours une des grandes questions pour un cinéaste indépendant. Mais, par expérience, j’ai appris à cibler les secteurs où il faut disposer l’argent et ceux qui peuvent être un peu plus négligés. Je suis à ce titre très emballé par les acteurs que nous avons pu attirer dans notre film : Margo Martinadale, qui a récemment remporté un Emmy Award, Hanna Hall et Adam Scarimbolo ont apporter tout leur talent et aussi une énorme légitimité pour un petit film comme Scalene. Nous avons aussi pu tourner avec une caméra RED ONE, qui crée une image plus spectaculaire et qui apporte énormément à l’ensemble de la production, s’approchant dès lors presque d’un film de studio au niveau de la qualité.

Avec un budget de 150.000 dollars, Scalene est distribué en DVD et Blu-ray. Beaucoup de films ne connaissent même pas cette chance. Quelle est la recette de votre succès ?

Je suis quelqu’un qui aime avoir le contrôle sur tous les aspects d’un film. Après avoir découvert comment la distribution « traditionnelle » avait sorti mes films, j’ai décidé de contrôler cela moi-même pour Scalene. Dans mon esprit, cela a un certain sens. Après avoir drivé le film de bout en bout, de sa conception à son achèvement, pourquoi en confierais-je les rennes au moment de la proposer aux spectateurs ? En tant que grand consommateur et cinéphile aguerri, je me considère comme très à-même d’assurer une distribution valable de mon film. J’ai donc inventé une stratégie marketing qui attirerait l’attention des amateurs sur mon film.

L’intrigue de Scalene est racontée par trois points de vue différents. Qu’est-ce qui vous a amené à cette approche particulière ?

Je consomme énormément de films en jouant le rôle d’un observateur attentif. Dès lors, quand j’ai moi-même l’intention de réaliser quelque chose, je veux que ce soit quelque chose de jamais vu auparavant. Les réaction concernant mes deux premiers films étaient divisées, tant au niveau des spectateurs que de la critique. Je me suis donc posé des questions quant aux perceptions des spectateurs et ai donc énormément travaillé sur la forme et la structure du film. Il existe en général trois types de structures dans le cinéma : linéaires, non-linéaires et à rebours. Mais je n’ai jamais vu de film qui mélangeait ces trois styles dans une seule et même histoire. Comme Scalene est avant tout un film de perceptions, je trouvais ça intéressant de mélanger ces trois formes.

Quelles ont été les principales difficultés concernant la construction de ce script pour le moins particulier ?

Le plus grand défi, c’était que les personnages puissent étaler leurs perceptions des événements du film sans que celui-ci devienne prévisible, superflu ou totalement irréaliste. Comme dans toute perception humaine, il était aussi très important que les histoires de ces différents personnages reposent aussi sur des mensonges et pas juste sur une quelconque interprétation personnelle de la vérité.

Vous avez réussi à réunir Margo Martindale, Hanna Hall and Adam Scarimbolo au casting. Travailler avec trois artistes de ce calibre est tout de même important. Quelles ont été les plus apportés par chacun d’entre eux durant le tournage ?

Je me sens vraiment très chanceux d’avoir pu rassembler de tels comédiens. Je suis très fier du fonctionnement entre Margo, Hanna et Adam, qui donnent énormément à ce film et à son intrigue. Bosser avec eux a été fantastique et très enrichissant. Et je tiens à préciser que, même s’ils ont l’habitude de travailler dans des productions beaucoup plus grandes, ils se sont donné corps et âmes pour Scalene et n’ont fait preuve en aucun moment d’une quelconque « ego de star hollywoodienne ».

Scalene, d’après les premières reviews américaines, peut se targuer d’être un ensemble intimiste. Est-ce l’approche que vous privilégiiez à la base ou est-ce venu au fur et à mesure du tournage ?

Je pense que, par définition, quand vous vous intéressez à une histoire qui met en avant les perceptions individuelles, vous devez inévitablement tourner quelque chose d’intimiste et personnel. Je me sens soulagé que les spectateurs et les critiques se prennent vraiment au jeu. Quant aux critiques, on ne sait jamais à quoi s’attendre. Personnellement, j’essaie toujours de donner le meilleur de moi-même, de créer le film que je voudrais voir. Si les autres l’aiment, tant mieux.

Selon vous, quel est l’impact principal de Scalene auprès de son public ?

Je pense que les gens seront étonnés par la structure unique du film. La plupart des films qui sortent de nos jours sont des œuvres particulièrement américainisées, des choses que l’on a déjà vu un million de fois. Presque tous les distributeurs m’ont dit que Scalene serait un film difficile à commercialiser. Ils me disaient car ils ne pouvaient comparer mon film à aucun autre et se demandaient donc comment vendre un tel film. C’est très irritant d’être « puni » pour son originalité…

Comment la première projection de Scalene s’est-elle déroulée ?

Nous avons connu notre première mondiale à Los Angeles, dans un festival appelé Dances with Films, qui a 14 ans et qui est étiqueté comme le « dernier festival du cinéma indépendant », ce qui est d’ailleurs très approprié. Et nous avons remporté le Grand Prix du Meilleur Long-Métrage.

Quel a été l’effet de cette récompense ?

Je pense que cette récompense nous a offert une certaine légitimité auprès de pas mal de personnes. Cela fait toujours du bien une telle exposition et, surtout, cela suscite l’intérêt des futures assistances.

Scalene est sorti en circuit limité dans quelques villes américaines, distribué par Along the Tracks. Quelles sont ces villes et quel a été le cheminement vers cette distribution ?

J’essaie de faire quelque chose d’original pour la sortie de Scalene. Le DVD et le Blu-Ray sont ainsi disponibles en pré-commande depuis quelques temps sur mon site Web (http://www.alongthetracks.com). Le DVD sort ce 11 octobre et le Blu-ray suivra le 8 novembre prochain. Le film sera aussi disponible sur de nombreuses plates-formes VOD à partir de décembre. Nous envoyons aussi le film à de nombreuses conventions et à des festivals dans le Monde entier. La meilleure source pour découvrir les villes où le film est projeté est bien entendu mon site Web où tout est détaillé. J’ai procédé de la sorte pour garder mon film le plus longtemps possible sur le devant de la scène, pour que nous puissions aussi nous constituer une assistance fidèle et aussi pour travailler sur tous les types de sortie que nous offre la technologie actuelle.

Vous êtes aussi producteur de Scalene par l’entremise de votre société Along the Tracks. Quelles sont les ambitions de votre firme au niveau de la production. Désirez-vous, à long terme, favoriser certains jeunes réalisateurs ?

Pour le moment, le but est de simplement produire mes propres films. J’ai tendance à être très « monogame » à ce sujet, me concentrant parfois des années sur l’écriture d’un long. J’écris pour l’instant un nouveau film avec un auteur nommé Kevin Donner. Ce film sera plus horrifique que Scalene. Ce ne sera pas juste un slasher où des ados se font massacrer sans aucune raison par un dingue dans les bois. Nous avons bien réfléchi et nous sommes notamment inspiré de Répulsion, Martyrs et Antichrist.

Que diriez-vous pour convaincre les distributeurs européens et/ou les spectateurs francophones pour leur donner envie de découvrir votre film ?

Eh bien, la plupart de mes films et cinéastes préférés sont, de tout temps, venus d’Europe. J’aime à penser que cela se reflète énormément dans mon travail. En fait, être réalisateur aux Etats-Unis et tenter de faire les films que l’on veut peut être très frustrant la plupart du temps. Je suis curieux et à la fois anxieux de découvrir les réactions d’une assistance européenne pour Scalene. Pour ne pas trop m’étendre sur le sujet, je dirais que les Européens cherchent des choses totalement différentes des Américains dans le cinéma et l’Art en général. Personnellement, je peux néanmoins affirmé que je ne vais pas au cinéma pour être distrait, mais bien pour être engagé dans l’action ou défié par le génie. Mon espoir, c’est que Scalene et mes films en règle générale fournissent cela aux spectateurs.

ADRESSES UTILES

ALONG THE TRACKS PRODUCTIONS

PAGE FACEBOOK DE SCALENE

PAGE TWITTER DE SCALENE

TRAILER DE SCALENE

Commentaires

Mon amie m’en parlé il y a quelques jours, on peut dire que cela tombe bien

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30 juillet 2012 | Par Clara

Chouette interview ! Du coup, ce film m’intrigue beaucoup plus qu’à la simple vision du trailer !

9 octobre 2011 | Par Vivadavidlynch

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