Critique de film

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La Maison ensorcelée

"Curse of the Crimson Altar"
affiche du film

Un antiquaire recherche désespérément son frère, et son enquête le conduit dans un château. Très vite, il s'aperçoit que le chatelain est fou.

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Trailer - La maison ensorcelée (1968)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de La maison ensorcelée - Les psychédélires de Lovecraft
Par : Fred Pizzoferrato

Quoique très connue du public spécialisé, l’œuvre de Howard Philip Lovecraft restait obscure pour la majorité de la population jusqu’au succès des adaptations signées Stuart Gordon (Re-animator, From beyond,..) au milieu des années ’80. Cependant, dès les sixties, certains réalisateurs tentent de porter à l’écran l’univers si particuliers du reclus de Providence. Suite au bon accueil, tant public que critique, de ses adaptations d’Edgar Allan Poe, l’américain Roger Corman se lance le premier dans l’aventure en tournant le très réussi La malédiction d’Arkham en 1963. Deux ans plus tard, Daniel Haller propose l’intéressant Die, monster die tandis que David Greene nous livre, en 1967, La malédiction des Whateley. Puis viendront La maison ensorcelée en 1968 et The Dunwich horror en 1970. Lovecraft connaîtra alors une longue éclipse, servant de plus ou moins lointaine inspiration à divers longs métrages (Le continent des hommes poissons, Frayeurs, Evil dead) avant de revenir sur le devant de la scène au milieu des années ’80, via les adaptations précitées signées par Stuart Gordon.

Réalisé en 1968 (et cela se sent dans l’esthétique et les thèmes abordés !), La maison ensorcelée s’inspire assez librement de la nouvelle « La maison de la sorcière » de Lovecraft pour accoucher d’une intrigue assez classique. Celle-ci nous présente un certain Robert Manning, un antiquaire inquiet de la disparition de son frère, Peter, parti acheter des objets d’arts dans une grande demeure située dans un petit village isolé. Robert y débarque lors d’une célébration festive commémorant la mort d’une puissante sorcière locale nommée Lavinia Morley. L’antiquaire rencontre également les habitants de la vaste maison, accessoirement descendants de la sorcière jadis brulée vive, la belle Eve et son oncle J.D. Morley. Ne pouvant éclaircir les circonstances de la disparition de son frère, Robert accepte l’hospitalité des Morley mais ne tarde pas à ressentir l’atmosphère pesante de la maison. La découverte d’un passage secret et l’existence de rites étranges plongent alors le jeune antiquaire dans le monde trouble de la sorcellerie.

Si le héros de l’histoire est joué par le méconnu Mark Eden, lequel a essentiellement travaillé pour la télévision, le métrage reste surtout fameux pour son casting de « méchants » comprenant Christopher Lee, Boris Karloff et Barbara Steele.
Karloff, à la toute fin de sa carrière (il avait alors 80 ans et devait décéder l’année suivant le tournage), incarne un lettré certes affaibli et fatigué par la maladie mais néanmoins convaincant face à un Christopher Lee moustachu. Karloff a d’ailleurs droit à une blague sous forme de clin d’œil lorsque le héros déclare « dans une maison aussi lugubre on s’attend à tout moment à voir surgir Boris Karloff » ! De son côté, la reine du fantastique gothique Barbara Steele (Le masque du démon, Le spectre du professeur Hichcock) joue avec une belle énergie la sorcière Lavinia, dont la présence, discrète mais pesante, plane sur l’ensemble du métrage. L’actrice s’éloigna ensuite du septième art pendant une demi-douzaine avant d’effectuer son retour en 1974 dans un Women In Prison signé Jonathan Demme, Caged heat. Enfin, notons la présence du vétéran Michael Gough, figure familière de l’horreur (Le cauchemar de Dracula, Konga, Crimes au musée des horreurs) revu ensuite dans la tétralogie Batman lancée par Tim Burton.

La maison ensorcelée n’hésite pas à recourir, parfois à bon escient d’ailleurs, à de nombreux clichés du fantastique. La malédiction pesant sur une bourgade isolée, la maison maudite dans laquelle est camouflé un passage secret, les rites sataniques, la lourde hérédité, les cauchemars bien trop réels pour ne pas terrifier, la sorcière brulée vive plusieurs siècles auparavant, les commémorations - transformées en folklore - d’anciennes et terrifiantes histoires, le spécialiste en occultisme, la jeune ingénue, l’enquêteur amateur devenant, malgré lui, un héros menacé,…Rien de bien neuf mais Vernon Sewell parvient à lier tout cela de manière convaincante et relativement plaisante en dépit d’une lenteur parfois agaçante visant, sans doute, à créer une atmosphère d’angoisse palpable et de menace diffuse. Toutefois, cette ambiance proche de l’épouvante gothique se voit régulièrement mise à mal par l’introduction parasitaire de séquences surprenantes utilisant une esthétique psychédélique malvenue et, en tout cas, fort datée. Ces passages, typiques du cinéma d’exploitation de la fin des années ’60, provoqueront aujourd’hui, très certainement, plus de sourires complices que d’effroi. Les rituels sataniques perpétrés par des officiants peu vêtus se veulent en outre empreint d’un érotisme décadent et témoignent d’une évolution des mœurs présentée par le cinéaste de manière fort négative et caricaturale, comme en témoigne cette fuite d’une demoiselle à moitié nue poursuivie par des agresseurs. On nous révèle finalement qu’il s’agit d’une sorte de jeu sexuel, préambule à une orgie dans laquelle des jeunes filles se versent langoureusement du champagne sur le corps à la satisfaction des mâles en rut pressés de le lécher avidement. Néanmoins cette imagerie garde un certain charme, magnifié par une photographie soignée usant et abusant de couleurs chaudes et très contrastées.

Petite production sympathique, ne serait-ce que grâce à son casting des plus intéressants, La maison ensorcelée apparaît assez daté et languissant mais son esthétique particulière pourra encore attirer les amateurs de fantastique rétro, coloré et bizarre, tout comme les inconditionnels de Lovecraft. Plus une curiosité qu’une grande réussite mais un métrage au moins plaisant, ce qui n’est déjà pas si mal.


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