Critique de film

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Le Masque du démon

"La Maschera del demonio"
affiche du film

Dans la Moldavie du XVIIe siècle, la princesse Asa Vajda, soupçonnée de sorcellerie, est condamnée par l'Inquisition et meurt en maudissant sa propre famille, responsable de son sort. Au XIXe siècle, les docteurs Kruvajan et Gorobec, en route pour un congrès médical, découvrent en chemin le cercueil d'Asa et la réveillent par inadvertance. Celle-ci entreprend alors méthodiquement de se venger...

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Le masque du démon - Démoniaque à souhait...
Par : Damien Taymans

A l’époque où l’art baroque s’empare du cinéma horrifique en Angleterre, le reste du monde a bien du mal à concurrencer les créations réunissant les trois grands noms de l’époque Outre-Manche : Peter Cushing, Christopher Lee et Terence Fischer. Pourtant, il est une personne en Italie capable de créer une réelle dynamique cinématographique capable de lutter contre les productions de la Hammer et de ses à-côtés. Cet homme, c’est Mario Bava. Chef opérateur célèbre jusque-là, le maestro décide dès 1960 de se lancer dans une entreprise plus vaste : la réalisation.

Jamais évident de convaincre dès sa première entrée. Pour réussir cette introduction, Bava veut marquer les esprits. Et quoi de mieux que de s’y atteler dès la première scène de son premier métrage. L’entrée du Masque du démon se retrouve dans bon nombre d’anthologies cinématographiques et mérite amplement cette renommée. Dix-septième siècle, un bout de terre s’étend à l’horizon, deux corps enchaînés, une foule devant eux. Grâce à un travelling arrière maîtrisé, Bava plante son décor et nous met sous les yeux tous les personnages présents. Les personnages attachés sont une sorcière et son amant, accusés par diverses personnes d’être des suppôts de Satan. Comme il est d’usage, les deux sorciers seront immolés par le feu mais avant, on leur appliquera le masque du démon rempli de pointes acérées en son intérieur.

Durant un temps, malin, Bava utilise un contre-champ et nous place face au frère de la sorcière. Conscient des procédés utilisés dans le cinéma de genre, le réalisateur nous leurre en nous faisant croire que nous échapperons à ce supplice sanguinolent. Seulement, davantage désireux de choquer ses spectateurs que de suivre la mode cinématographique, le maestro nous met face à nos responsabilités et nous impose la vision de cette torture. Bien plus, ne se contentant pas uniquement de montrer, bava s’attèle à user de zooms ou de caméra subjective pour rendre la scène plus inoubliable, plus marquante. Le savoir-faire du réalisateur prend tout son sens durant cette scène puisque, voulant nous impliquer totalement dans cette torture, Bava use de la caméra subjective en lieu et place du masque létal pour faire de nous l’objet et nous rendre non seulement témoins mais également acteurs du supplice.

Cette scène d’un réalisme déroutant consacre l’avènement d’une nouvelle ère dans le genre horrifique puisqu’elle entérine le passage du suggéré au montré. Désormais, on ne se contente plus d’insuffler simplement la peur chez le spectateur à l’aide de décors réalistes ou d’une ambiance feutrée, on s’attèle également à montrer afin de marquer plus profondément l’esprit du spectateur. Il en sera de même pour l’ensemble de l’œuvre bavienne qui s’appuiera fréquemment sur cette peur de l’image montrée mais également sur une part de suggestion passive. Une peur qui s’accompagnera également de sa part de sadisme. Un sadisme omniprésent dans l’œuvre du réalisateur (pensons à son film Le corps et le fouet) qui entraîne avec lui deux notions inséparables, la souffrance et la jouissance.

Dans le rayon des innovations de l’auteur, il est important de souligner le choix particulier qu’opère ce dernier au niveau de la photographie du métrage. Alors que les productions britanniques utilisent d’un Technicolor aux couleurs feutrées, Bava décide de doter son œuvre d’une photographie en noir et blanc. Un choix astucieux au vu du résultat final puisque Mario joue astucieusement des effets de lumière au sein du métrage comme le prouve cette inquiétante arrivée d’Igor Javutich dans la chambre du prince Vajda durant laquelle Bava fait avancer son fantôme tantôt dans l’obscurité tantôt dans la lumière).

Cette utilisation du noir et blanc et la manière de traiter le thème abordé donnent à l’œuvre une dichotomie conceptuelle intéressante. D’une part, Le masque du démon frappe par l’aspect brutal de certaines scènes, d’autre part, l’œuvre séduit par le traitement romantique apposé et par la finesse de ses personnages centraux (différents en tout point des autres apparitions caricaturales comme le cocher superstitieux, les villageois affolés, …). Une dichotomie semblable à celle qui frappe le personnage interprété par Barbara Steele (qui deviendra une égérie du cinéma du genre : on la retrouvera dans Danse macabre d’Antonio Margheriti ou encore dans Le cimetière des morts-vivants de Massimo Pupillo) puisque celle-ci joue un rôle romantique et fragile en la personne de la princesse Katia Vajda et un rôle sadique et violent lorsqu’elle se glisse dans la peau de la sorcière Asa…

Si le scénario n’est pas le meilleur qui soit et ne parvient pas à rivaliser avec ceux de la Hammer à la même époque, il convient de reconnaître que Le masque du démon reste et restera un tournant capital dans l’histoire du cinéma du genre (et du cinéma italien du même coup qui y gagnera ses lettres de noblesse). De nombreux aficionados considèrent d’ailleurs cette première œuvre comme la meilleure du réalisateur, choix compréhensible au vu de la qualité picturale du métrage.

Commentaires sur le film

5 etoiles

coups de coeurCoup de coeur !

Excellente lecture de cette oeuvre, véritable classique du cinéma de genre.
De même, excellente découverte que votre site, très complet sur le fantastique, que je vient juste de découvrir. Bonne continuation !

Dr. Gonzo
http://cinefusion.wordpress.com/

2 mars 2013 à 11:03 | Par Dr. Gonzo

5 etoiles

coups de coeurCoup de coeur !

Fan de la Hammer, j’étais allé voir, en 1962 et un peu à reculons, ce film italien dont le proposition en NB (à l’apogée de la Technicolor) ne présageait rien de bon. Seulement voilà, il était proposé à prix réduit, à 10h du matin, et dans mon ciné favori, le Midi-Minuit. Ce jour là, comme pour beaucoup d’autres, j’avais décidé de sécher les cours et je n’avais donc rien de mieux à faire.Autant vous dire que j’ai été scotché, abasourdi, assommé dès la première scène de ce film extraordinairement novateur pour l’époque... Je le suis toujours aujourd’hui, et je voudrais souligner la remarquable lecture qu’en fait votre critique. Lecture fine, complète et terriblement efficace pour quelqu’un qui, probablement, a du voir ce film beaucoup plus tard qu’en 1962.

12 juillet 2016 à 21:07 | Par midiminuit

5 etoiles

coups de coeurCoup de coeur !

Fan de la Hammer, j’étais allé voir, en 1962 et un peu à reculons, ce film italien dont le proposition en NB (à l’apogée de la Technicolor) ne présageait rien de bon. Seulement voilà, il était proposé à prix réduit, à 10h du matin, et dans mon ciné favori, le Midi-Minuit. Ce jour là, comme pour beaucoup d’autres, j’avais décidé de sécher les cours et je n’avais donc rien de mieux à faire.Autant vous dire que j’ai été scotché, abasourdi, assommé dès la première scène de ce film extraordinairement novateur pour l’époque... Je le suis toujours aujourd’hui, et je voudrais souligner la remarquable lecture qu’en fait votre critique. Lecture fine, complète et terriblement efficace pour quelqu’un qui, probablement, a du voir ce film beaucoup plus tard qu’en 1962.

13 juillet 2016 à 08:07 | Par midiminuit

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