AVANT-PREMIERE

NETTE FLIPPE - Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile

Réalisateur d’un Blair Witch 2 de sinistre mémoire, Joe Berlinger s’est depuis refait une santé dans le domaine du docu avec une nette affection pour les affaires criminelles, plus proche heureusement d’un Stéphane Bourgoin que de Pierre Bellemaere. Fasciné, le réalisateur met en boîte les méfaits de la famille Clutter, remonte les pistes menant au meurtre de Jessica Chambers et, dernièrement, s’appuie sur la dernière entrevue du tueur en série Ted Bundy pour dresser son Autoportrait d’un tueur, disponible sur Netflix. Un tremplin parfait pour s’atteler à une fiction centrée sur ce personnage sulfureux qui a terrifié l’Amérique et dévoyé le FBI qui en était au début du profilage et cadenassait le serial killer à un marginal isolé de la société.

Bien loin d’emprunter le terrain de Mindhunter, Berlinger adopte un contre-pied intéressant en s’attachant dans un premier temps à la petite amie du tueur en série qui découvre, petit à petit, les agissements de son compagnon responsable d’une trentaine de meurtres auxquels il faut ajouter les tentatives de meurtres, viols et actes de nécrophilie. Ce prisme couillu offre une nouvelle perspective sur le personnage en même temps qu’elle met en lumière, de manière assez inédite, la destruction vécue par les proches au fur et à mesure des révélations. Pourtant, en cours de route, le réalisateur se rappelle qu’il a une autre mission, celle de casser l’image de Zac Efron, de la torturer pour le propulser vers d’autres sphères cinématographiques, à des années-lumières de High School Musical et des comédies dans lesquelles il s’est enlisé depuis. Hélas, ce volte-face scénaristique enterre l’innovation opérée au début de l’oeuvre en même temps qu’elle installe cette dernière dans des rails beaucoup trop convenus, ceux du film de procès.

Passé une demi-heure, la caméra s’installe donc dans un tribunal qu’elle ne quitte ponctuellement que pour confiner à l’anecdote les deux évasions réussies par Bundy. Le « show » du procès, pour reprendre les mots du juge interprété par John Malkovich, phagocyte dès lors les mètres de pellicules qui suivent, délaissant l’approche originale, au point de laisser dans une ombre méprisante la mère du tueur en série qui apparaît au sein de l’intrigue comme un cheveu dans la soupe. C’est que la production ne ment pas en érigeant l’ultime phrase de sentence du juge en titre de l’oeuvre, preuve que les différents arcs narratifs exploités sont sacrifiés au privilège du seul procès ultra-médiatisé du meurtrier.

Extremely Wicked ... est un effort aussi louable que vain puisque Berlinger, au final, transforme son monstre en un pervers narcissique plutôt attachant (l’objectif de noircir l’aura d’Efron est loupé) qu’il ne capte globalement que dans une salle d’audience sans relief.

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