AVANT-PREMIERE

NETTE FLIPPE - Io

Une oeuvre satellite

Que ce projet semblait alléchant au vu des teasers mis en avant par le géant Netflix. Jugez plutôt : un post-apo qui envisage l’exode des humains vers Io, le satellite jupitérien pour conserver quelque part dans notre système solaire une portion d’humanité. C’est que la planète bleue en a soupé du bordel des bipèdes et que l’air est devenu toxique, éliminant une grande part de la population mondiale afin de la chasser de sa belle surface.

Le spectateur avale rapido ce digest mentionné en voix-off par l’héroïne du film, Sam, une des dernières survivantes, qui refuse de s’envoler vers cette terre d’accueil située à des millions de kilomètres de la planète qu’elle chérit. Elle y croit encore, Sam, elle s’escrime à échafauder des tests, rêvant que les abeilles vont régler le problème et que çà et là, des microcosmes bactériens vont re-développer la vie sur Terre afin que les expatriés reviennent dans quelques années. Mais il y a urgence : la dernière navette vers Io s’apprête à décoller et, si elle se trompe, elle risque de terminer en compost sur cette terre moribonde.

Le frenchie Jonathan Helpert, signataire d’une autre oeuvre d’anticipation deux ans plus tôt avec House of Time dans lequel il était question de voyage dans le temps et de seconde guerre mondiale, replonge les mains dans le terreau de la science-fiction avec ce Io théoriquement plus dantesque. Pourtant, le script se cantonne à un coin de la Terre désolée pour s’affranchir de plus coûteux décors intergalactiques. Les pieds sur terre, l’équipe tisse un récit dont on ne saisit jamais ni les enjeux dramatiques ni l’urgence. Coincé entre le post-apo d’apparat et la romance dramatique entre deux âmes perdues et esseulées, le métrage ne s’inscrit dans aucune case et semble, au final, ne rien raconter de tangible. Dans ce grande vide intersidéral qui compose l’essentiel de l’œuvre se glissent cependant de jolies captations d’une planète désenchantée qui se meurt doucement, lesquelles mériteraient peut-être d’apparaître dans un docu d’Al Gore.

En l’état, cette production Netflix est un monument dressé à l’ennui que même le joli minois de Margaret Qualley (Jill Garvey dans The Leftovers) ne parvient pas à exhausser. Io reste une oeuvre satellite qui gravite dans le grand vide en décrivant sans cesse la même orbite sans que rien ne vienne jamais perturber sa progression.

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