Critique de film

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Nymphomaniac - Volume 2

"Nymphomaniac : Volume II"
affiche du film

La folle et poétique histoire du parcours érotique d'une femme, de sa naissance jusqu'à l'âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe, qui s'est autodiagnostiquée nymphomane. Par une froide soirée d’hiver, le vieux et charmant célibataire Seligman découvre Joe dans une ruelle, rouée de coups. Après l'avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l’interroge sur sa vie. Seligman écoute intensément Joe lui raconter en huit chapitres successifs le récit de sa vie aux multiples ramifications et facettes, riche en associations et en incidents de parcours.

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Nymphomaniac Volume 2 - La débandade
Par : Seb Lecocq

Comme son nom l’indique, ce volume II est la suite du premier volume de ce qu’il faut désormais appelé le diptyque Nymphomaniac. Le premier film se terminait par une petite mise en bouche de ce qui allait être proposé dans ce volume II et c’est peu dire que le programme s’annonçait bien rentre-dedans. Pourtant, le film déçoit. Enormément. Sur le plan du sexe, rien de vraiment transcendant : on voit des verges en érection à plusieurs reprises, on voit des vagins en plein écran mais et alors ? Et alors, rien. Von Trier, qui tenait fermement les rênes du volume I, semble ici shooter tout ça sans vraiment de conviction, comme un fonctionnaire de l’image. Comme si, à l’image de son héroïne, la passion ne l’habitait plus, comme s’il était devenu soudainement frigide, incapable de ressentir la moindre sensation.

Le film s’ouvre sur un message annonçant que l’œuvre est présentée dans une version tronquée et censurée, validée par le réalisateur mais sans plus. Mauvais présage car malgré la neutralité du message, on sent poindre là derrière la frustration du cinéaste qui n’a pu s’exprimer librement, ce qui se ressent dans chaque composante d’un film qui sombre dans les écueils que son prédécesseur parvenait brillamment à éviter. Ce volume II est grossier, manque de finesse, de profondeur et sombre souvent dans le grotesque ou le ridicule assez gênant pour le spectateur. J’en prends pour exemple, la scène, franchement nauséabonde, comptant les deux étalons africains qui semblent toute droit sortis d’un mauvais porno amateur. Cette séquence résume bien l’ensemble du film : grossier, lourd et idiot.

Von Trier est un fervent catholique, converti à l’âge adulte et son cinéma est empreint de cette morale. Ce film n’y coupe pas tant le sexe est montré comme un acte corrupteur, malfaisant et mauvais. Pour Von Trier, le stupre l’emportera toujours sur l’innocence et la vertu. Le physique pervertit l’esprit. Cette morale chrétienne est omniprésente et s’étale sur l’écran dès la première scène, d’un grotesque rare, qui représente une version blasphématoire de la transfiguration du Christ. Sauf que la lumière ne jaillit pas dans son esprit mais dans le sexe de Joe, via un orgasme spontané. Cette image va servir de fil conducteur au reste de l’oeuvre. Thématiquement, Nymphomaniac Vol II est beaucoup moins riche, le scénario s’étire dans une direction totalement incongrue et inintéressante, comme si passé une heure de film, le Danois ne savait plus quoi raconter et s’enlise dans des sables mouvants narratifs.

L’ambition, l’expérimentation qui faisait le sel du premier film n’est ici plus du tout de mise, tout est fort plat, les digressions de Seligman beaucoup moins intéressantes et pertinentes. Lourdes et redondantes, elle ne servent plus le récit et rallongent inutilement une histoire de plus en plus invraisemblable. Joe elle-même ne semble plus y croire, tout comme son réalisateur qui reprend un passage entier d’Antichrist lors d’une séquences où l’enfant de Joe, livré à lui-même se réveille, descend de son lit et se dirige vers le balcon. On y retrouve aussi sa vision contrariée de l’enfant et de la maternité. L’atmosphère est toujours sombre et misanthropique, marquée par la culpabilité, la trahison et la souffrance propre au dogme chrétien. Et puis la sexualité, d’abord perçue comme symbole libérateur féminin, n’est au final qu’une addiction comme une autre, violente, douloureuse et destructrice. Une addiction destructrice et autodestructrice. Von Trier reste fidèle à lui-même : sa vision de l’humain est toujours empreinte de noirceur, de désespoir et de dégoût. L’homme déteste autant ses congénères que lui-même et, étrangement, c’est ce qui fait la force de son cinéma.

Tout n’est toutefois pas à jeter dans cette seconde partie, clairement beaucoup plus faible. On retrouve quelques scènes très fortes et les comédiens sont d’une justesse et d’une implication effarante. Charlotte Gainsbourg se livre comme jamais, parfois dans des situations vraiment humiliantes pour une comédienne de son rang. La jeune Stacy Martin est toujours aussi magnétique et fait office d’incroyable révélation portée par un charisme rarement vu. Le film compote de nombreuses métaphores et symboles d’ordre religieux qui lui apporte une petite dose de mysticisme qui parvient à sauver quelques longues et fastidieuses scènes.

Il est dommage que ce volume II ne soit pas du niveau de son prédécesseur mais on sent poindre au travers des images, le dégoût et le renoncement d’un réalisateur qui a peu à peu perdu le contrôle de son film, de son œuvre. Malgré les nombreux défauts de cette seconde partie, Nymphomaniac dans son ensemble est une œuvre fascinante, unique et malfaisante. Un film à l’image de son réalisateur : rebutant, détestable mais tellement talentueux. On espère pouvoir voir un jour la véritable version voulue, montée et approuvée par Von Trier, histoire de ne pas avoir la sensation d’avoir vu un film amputé et mutilé car c’est véritablement ce qui ressort de ce Nymphomaniac Volume II.


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