Festival Offscreen

OFFSCREEN 2011

Steak de Quentin Dupieux

Offscreen, c’est trop de la balle !!!! Oh que oui madame. C’est vraiment d’la giga maousse braguette pour les amateurs de raretés en tous genres et la programmation de cette quatrième édition ne déroge pas à la règle. Sauf que cette année mézigue il l’a juste profond dans l’os. C’est pas avec plus de quarante de fièvre et une amanite tue mouche en lieu et place de la luette qu’il va pouvoir se pignoler à la Cinematek et se choper des escarres au valseur sur les strapontins du Nova. Heureusement qu’il connait par coeur une chiée de films diffusés lors du festi le Sartana, sinon il se serait fait sérieusement bourrer le chignon par l’autre sans coeur de rédac chef. Il a l’air sympa comme ça, avec son regard torve, sa barbe de Village people taillée à la serpe et sa grosse voix de ténor tubizien, mais moi il me fout trop les miquettes. J’l’entends déjà m’rouscailler dans les bronches.

STEAK

Il y a des pelloches comme ça qu’on loupe connement soit parce qu’on est un péquenaud borné et réfractaire à l’idée de supporter ne serait-ce qu’une heure trente la frime d’un acteur qu’on peut pas encaisser, soit parce qu’on a été trop moule de lire jusqu’au bout la fiche signalétique du film, tellement impatient que l’on est de l’enterrer sans aucune autre forme de procès que le mépris et l’oubli presque instantané. Et bien Steak est l’exemple type de ce genre d’ovni cinématographique laissant tout le monde sur le carreau à sa sortie et gagnant à peine quelques années plus tard ses galons de film culte. Alors oui, j’avoue, à la vision de l’affiche j’ai tourné les talons, sans me rendre compte que le gus aux commandes n’était autre que le brillantissime Quentin Dupieux, alias Mr Oizo, et surtout, honte à moi, sans lire le résumé à la fois absurde, poétique et délirant de cette histoire presque impossible à pitcher sans passer pour un évadé de Fond’Roy.

Georges (Ramzy Bédia) est un lycéen au physique ingrat, à la démarche maladroite et constamment maltraité par ses petits camarades de classe. Un ringard quoi. Un matin, alors qu’il se rend en skate au bahut, il passe à côté d’un hummer retourné sur la route. A l’intérieur un macchabée et une mitraillette. Georges planque l’arme dans son sac et reprend sa route. Comme on change pas les bonnes vieilles habitudes, ses tortionnaires reprennent leur travail de sape. Seulement aujourd’hui Georges il en a ras les macarons de supporter les vilénies quotidiennes que ces p’tits merdeux lui font voir depuis beaucoup trop longtemps. Sans oublier qu’une sulfateuse pieute encore au fond de son sac. Sentant pas l’épée de Damoclès planant au dessus de leurs mouilles, les pines d’huitres commettent l’impair de trop et se retrouvent plombé, flingué, zigouillé, mort. Il les portait pas dans son coeur ces minables, mais ça lui fait quand même quelque chose à Georges, qui erre hagard dans les rues de la ville en trainant sa mitraillette sur le bitume.

C’est dans cet état second qu’il croise Blaise(Eric Judor) son super giga potzo. Impressionné par la qualité de reproduction de ce qu’il prend pour un joujou, Blaise s’éclate à mimer des fusillades arme à la main pendant que Georges s’éloigne doucement. Quand les cognes rallègent ils se posent pas trente mille questions et ils coffrent ce pauvre Blaise qui va devoir passer huit longues années dans un asile psychiatrique à subir les méthodes old school et peu folichonnes prodiguées par le docteur Brown (Vincent Tavier). Sa famille ayant décarré à la british pour plus avoir à supporter les bassesses des pékins locaux, Blaise n’a plus personne à qui se fier dans cette maudite ville hormis ce bon vieux Georges. Le binz c’est qu’il a la mémoire plutôt courte le Georges, et qu’il rejette violemment son ancien camarade pour pas ruiner ses chances d’enfin faire partie de la bande la plus hype du lycée : les Chivers. C’est que c’est pas de la myrtille de rentrer dans ce clan hyper sélect ou pour mériter son passeport faut s’être fait refaire la pomme. Furieux de la réaction de son ancien ami, Blaise décide de lui aussi devenir un Chivers.

Avant de parler du boulot de Quentin Dupieux, je vais vite essayer de dissiper les éventuels doutes planant autour du duo comique se partageant l’affiche de Steak. Car faut pas être bien malin pour piger que le fiasco du film en salles (même pas 300 000 entrées sur le territoire français) est dû, d’une façon ou d’une autre, à la présence de Eric & Ramzy. Paradoxal quand on sait qu’à l’époque les gus trustaient régulièrement les sommets du box-office frenchie avec des comédies couillonnes comme La Tour Montparnasse Infernale. Pas tellement que ça en fait. Il devait être là les fans de la première heure, le premier mercredi d’exploitation du film dans les salles obscures, prêt à se gausser des pitreries de leurs chouchous et à se taper la cuisse de bonheur. Pas de chance pour eux, sur l’écran c’étaient pas Les Daltons ou Double Zero, bien que Dupieux repose en partie lui aussi ses effets comiques sur les mêmes axes humoristiques que son duo : la crétinerie, le non sens et l’absurde.

Seulement à la différence des films précités, Dupieux ne se contente pas de taper la soupe et plonge les deux acteurs dans un univers étrange, à la fois loufoque et sans pitié, sorte de vision fantasmée de l’americana par un petit français gavé de séries B ricaines lors de son adolescence. Autant être clair. Steak ne met pas en scène un duo (Judor et Bédia ne jouant que très peu de scènes ensemble) et force est de constater que si la formule met en exergue les qualités d’Eric Judor, elle prouve aussi les limites d’un Ramzy Bédia peu enclin à dépasser le personnage qu’il s’est forgé au fil des années, répétant sans variation aucune, les mêmes tics de jeu d’une scène à l’autre, de film en film, de plateaux télé en plateaux télé. J’vous dis pas non plus qu’Eric Judor se la joue Marlon Brando hein. Il nous fait son numéro, lui aussi, sauf qu’à la différence de son comparse, il se casse nettement plus le cul en donnant une réelle profondeur à son personnage, se permettant même aux détours de quelques scènes de jouer franchement la carte de l’émotion en dépeignant un personnage détruit, trahit et terriblement seul. Pas couillon le mec, il entoure les duo d’une clique d’acteurs foutrement choucarde, Vincent Belorgey(en chef suffisant et intransigeant des Chivers) et Sebastien Tellier(en Sebastien Tellier paraplégique) en tête. Dupieux réussit là ou ses prédécesseurs avaient pêché par facilité, en ne réalisant pas le nouveau film d’Eric & Ramzy, mais bien un film avec Eric & Ramzy.

Quentin Dupieux est un formidable créateur d’univers. Il l’avait déjà prouvé avec ses clips musicaux mettant en scène la célèbre marionnette jaune de Flat Eric et en réalisant son premier moyen métrage, « Non film », une brillante mise en abîme azimutée du cinéma. Le réalisateur est aussi un adepte du contre-pied scénaristique et visuel. Là où beaucoup dynamiseraient une scène en la surdécoupant ou en s’acharnant à se la toucher sur des champs/contres-champs téléfilmiques, Dupieux se borne à cadrer sur pied, fixe, lors d’interminables plans séquences, laissant ses personnages se débattre dans leur incompréhension d’un monde qu’ils ne reconnaissent plus, ou dont ils peinent à définir les modifications de moeurs. L’aspect fantasmagorique du film, sorte de rêve zarbi et inconfortable, est renforcé par le superbe boulot de Riego Van Wersch qui s’inspire des lumières clinquantes, outrageusement chaleureuses et ensoleillées des spots publicitaires, donnant l’impression que les personnages squattent une pub Kinder. Un travail au diapason d’une des problématique du film, cadrant au poil avec ce monde superficiel où il ne fait plus bon être un « naturell », où règne le toc et où les gueules sont en plastoc. Dupieux enfonce le clou du fake pour le fake en shootant les passages en bagnoles sur fond de retroprojections et en emballant l’ensemble sur une musique à la croisée d’une B.O de boulards eighties, de new ave sirupeuse et d’éléctro tranchante. Résultat d’une collaboration entre trois pointures de la scène électro made in France, Sebastian, Sebastien Tellier et Mister Oizo himself, le score de STEAK est, sans aucun doute, un des points forts du film, ajoutant encore au métrage cette sensation de rêve éveillé qu’il suscite à chaque visionnage.

Dommage que Dupieux ait choisit l’option de finir son film en optant pour l’option « pirouette -boucle bouclée » donnant au final un aspect blagounnette un peu fastoche à l’ensemble d’un film qui méritait bien mieux que cela aux vus des nombreuses qualités que je me suis ruiné le croupion à vous énoncer sur quatre-vingt quatre lignes en arial 10.

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