Festival Offscreen

OFFSCREEN 2011

The face of another

Avant-propos

Le festival Offscreen touche à sa fin et ceci sera mon dernier papier, dédié au film de 20h The Face of Another (Tanin no kao, 1966), toujours extrait du module « Face/Off » (clôturé ce dimanche 27 avec le rare Seconds de John Frankenheimer (starring Rock Hudson et connu en v.f. sous le titre croquignolet de L’opération diabolique).
La vision de The Face of Another s’avère une expérience inclassable, exigeante et déroutante pour le spectateur ; de ces films dans lesquels il faut se laisser sombrer pour en apprécier les (nombreuses) qualités.

Le visage est la porte de l’esprit

Réalisé par Hiroshi Teshigahara (La femme des dunes, Prix du Jury au Festival de Cannes 1964, La fleur de l’âge, ou les adolescentes, Summer Soldiers, Rikyu) , un des piliers de ce que les critiques ont nommé la « Nouvelle Vague japonaise » (dont les plus fiers représentants sont Nagisa Oshima et Masahiro Shinoda), The Face of Another dévoile un intense pouvoir de fascination, relayé par la forme expérimentale du film (abstraite par moments).

Entièrement porté par la prestation fiévreuse de Tatsuya Nakadai (Les Sept Samuraïs & Kagemusha d’Akira Kurosawa, Kwaidan de Masaki Kobayashi, Goyokin d’Hideo Gosha, …) et serti d’un beau noir et blanc contrasté, le film se démarque du tout venant par son utilisation « non classique »/singulière des techniques cinématographiques : image qui se fige en photogrammes (rappelant en cela le dispositif adopté par Chris Marker pour La Jetée), découpage & enchaînement de plans inattendus (prépondérance des plans serrés, contournement de la règle des 30°, jeu sur les réflections via l’image morcelée des acteurs, bande-son qui s’atténue pour laisser place au silence, …).

Une esthétique et des partis pris transcendés par des cadrages originaux, conférant une grande place aux transparences et aux éléments de décor (très stylisés, intégrés en amorce ou « scindant » les acteurs, fractionnés par ceux-ci), mais aussi par une BO « dissonante » de Tôru Takemitsu (L’amour à vingt ans, Kwaidan, Fleur pâle de Masahiro Shinoda, Dodeskaden & Ran de Kurosawa, Soleil levant, …).

L’intrigue, brillante, est au diapason, nous contant les péripéties d’un homme (Tatsuya Nakadai, au look de Darkman japonais, à qui il emprunte les bandelettes recouvrant le visage), défiguré des suites d’un accident de travail (la foule le voit comme un monstre, même sa femme est « dégoûtée » par son aspect) et qui se voit offrir par un médecin (Mikijiro Hira : Le révolté de Nagisa Oshima, Sword of the Beast d’Hideo Gosha, Rampo, Azumi 2 : Death or Love de Shusuke Kaneko, …) la possibilité de changer de visage. Une seconde peau, taillée sur mesure, qui influera sur la personnalité du patient et modifiera son comportement en profondeur…

The Face of Another se montre troublant, soulève de nombreuses questions morales/éthiques (sur les limites des libertés individuelles, l’impunité offerte par l’anonymat, le regard des autres, la stigmatisation de la différence, les bassesses propres à l’âme humaine, …) et se permet une dénonciation en règle de la société japonaise, où l’individu se trouve bien souvent étouffé par la masse (à travers cette foule sans visage, que fendent les protagonistes en fin de métrage).

Une œuvre riche, osée, parfois trop « verbeuse » et sujette à cette fâcheuse tendance à prendre la pose « auteurisante » (que n’arrange pas la longueur du film).

The Face of Another offre néanmoins au spectateur une expérience envoûtante, voire hypnotique, pour autant que l’on ne s’arrête pas à ses menus défauts.

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