Festival Offscreen

OFFSCREEN 2011 - Dune

God created Arrakis to train the faithful !

En cette 6ème journée de festival, direction la Cinematek (ancien Musée du Cinéma) et sa grande salle (encore) flambant neuve. Autre lieu, autre ambiance, plus « studieuse » (voire « feutrée »), pour cette projection de Dune (David Lynch, 1984), dans un silence presque « monacal ». On ne va pas s’en plaindre, surtout que les conditions de projection étaient au rendez-vous (copie 35mm, belle ampleur de l’écran de la nouvelle salle, …).

Indéniablement, le public était peu (ou prou) celui du Offscreen, mais plutôt le cercle d’habitués du lieu (hormis quelques bastions de geeks, disséminés ça et là). Adapté du roman culte de Frank Herbert (publié aux USA en 1965) par Lynch, Dune fait partie de ces projets sur lesquels nombre de réalisateurs se cassèrent les dents.

L’histoire retiendra surtout la tentative d’Alejandro Jodorowsky, complètement folle et vouée dès le début à l’échec, de par son ambition démesurée et son absence de limites (Jodo désirait Salvador Dali dans le rôle de l’Empereur, cachet mirifique à l’appui, qui ferait presque rougir le Johnny Depp de Pirates des Caraïbes 4 !). Une adaptation qui devait aussi rassembler les talents de Mœbius, Giger et Pink Floyd à la BO. Je vous renvoie vers le magazine Mad Movies, qui s’était magnifiquement épanché sur ce projet mort-né, donc ressortez vos anciens numéros…

Réalisé 4 ans après The Elephant Man (1980, grand succès, d’un « classicisme » rarement l’apanage du réalisateur), Dune, produit par Raffaella de Laurentiis et son père Dino (ici producteur exécutif, mogul hollywoodien & ogre au caractère bien trempé), se révéla une expérience douloureuse pour Lynch, peu habitué aux entreprises cinématographiques de cet acabit. Il refusera ensuite les rênes de toute grosse production, comme traumatisé par l’expérience (auparavant, il s’était permis de décliner l’offre de George Lucas, qui lui proposait Le Retour du Jedi… avouez que conçu par Lynch, ça aurait eu plus de gueule !).

Dino De Laurentiis, pour se faire pardonner, produisit Blue Velvet de Lynch, qui demeure (selon l’auteur de ces lignes) le joyau brut de sa filmographie… Mais ceci est une autre histoire…

The sleeper has awakened !

Réputé inadaptable, condenser le pavé de Frank Herbert en un seul film n’était pas une gageure pour le scénariste. Lynch s’acquitta plutôt adroitement de la tâche, même si force est de constater que certains enjeux narratifs restent troubles, la mythologie du roman (innervée de manœuvres politiques un tantinet obscures pour le néophyte) rentrant « au chausse-pied » dans cette adaptation pelliculée (pas non plus exempte de longueurs).

Mais contrairement aux idées reçues (et ce que clame le principal intéressé), Dune trouve parfaitement sa place dans la carrière du réalisateur, loin d’un côté lisse ou impersonnel qu’auraient pu lui imprimer les conditions de tournage (lourdes pour un artiste farouchement indépendant, Lynch peinant à s’épanouir sous la contrainte).

On y décèle aisément de multiples saillies « surréalistes » propres à son univers (un certain sens du « baroque » et de l’outrance, cf. les lubies « sexuelles » & culinaires du Baron, entre autres réjouissances) et facéties (fulgurances) formelles (très gros plans sur les lèvres des acteurs, que l’on retrouvera de film en film, fondus enchaînés aux signifiants métaphoriques, « surjeu » et mimiques grotesques des acteurs ; l’absurde étant bien souvent transmis chez le réalisateur par ce biais, etc.).

Lynch s’y montre aussi plus à l’aise dans les scènes d’action que l’on aurait pu le penser, les effets spéciaux datés (tout comme la BO « croquignolette » composée par Toto) conférant à l’œuvre une patine non-négligeable (mention spéciale à l’armure très « géométrie appliquée » des guerriers atréides).

Cerise sur le gâteau, Dune s’offre un casting 5 étoiles : le rôle principal (Paul Atréides) est tenu par Kyle MacLachlan (Blue Velvet, la série Twin Peaks, Showgirls de Verhoeven, …), dont c’était la première apparition à l’écran et qui porte de bout en bout le film de sa fougue juvénile. Parmi les habitués de l’œuvre du réalisateur, on peut compter sur la présence de Jack Nance (premier rôle du fabuleux Eraserhead, Blue Velvet, Twin Peaks, Wild at Heart, Lost Highway), Jürgen Prochnow (Twin Peaks : Fire Walk with Me, Das Boot, In the Mouth of Madness de Carpenter, Le Patient Anglais), Dean Stockwell (prestation d’anthologie dans Blue Velvet, la série 80’s Code Quantum, The Player d’Altman, …), Everett McGill (Twin Peaks, Brubaker, La guerre du feu, License to kill), ou encore Brad « Lord of the Rings » Dourif (Blue Velvet, Child’s Play, Trauma d’Argento, la série Deadwood).

Les autres rôles sont dévolus à la mythique Silvana Mangano (Œdipe roi, Le Décaméron et Théorème de Pasolini, Ludwig de Visconti), José Ferrer (Lawrence d’Arabie de David Lean, The Fifth Musketeer, la série The Love Boat), Patrick Stewart (Lifeforce de Tobe Hooper, la série Star Trek : Deep Space Nine, X-Men & X2), Max von Sydow (Le Septième Sceau de Bergman, L’Exorciste de Friedkin, Les Trois Jours du Condor de Pollack, Flash Gordon, Minority Report, …), Virginia Madsen (Candyman, Sideways, The Number 23, Red Riding Hood) et un Sting ultra charismatique (Les Aventures du Baron de Munchausen de Terry Gilliam), exalté, icône “gay friendly” (cf. séquence de la “douche”), au look (coiffure) rappelant le trublion underground Nick Zedd (un des principaux artistes de ce que les critiques nommèrent le « cinéma de la transgression » new-yorkais). La crème de la crème…

Dune reste (27 ans après) une œuvre atypique, mal aimée par son géniteur, mais un des fleurons de la S-F 80’s, au charme particulier. Une adaptation fidèle et bien plus aboutie que d’aucuns la considèrent…

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