Critique de film

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Pieces

"Mil gritos tiene la noche"
affiche du film

Muni d'une tronçonneuse, un sadique découpe des étudiantes.

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Pieces - Le tueur au puzzle
Par : Damien Taymans
Tags : Slasher, NIFFF 2011

Connu sous nos tropiques sous divers intitulés fallacieux tels que Le maniac, Le sadique à la tronçonneuse ou, cerise sur le gâteau, Trop tard pour hurler, Pieces constitue l’une des plus savoureuses créations de l’un des maîtres du bis fantastico-horrifique, Juan Piquer Simon (Le continent fantastique, Supersonic man). Le film se pare chez nous au cœur des années 80 d’une magnifique affiche mettant en exergue une tronçonneuse rutilante avec, comme mention "You don’t have to go to Texas for a chainsaw massacre". Rompus aux slashers de bricoleurs masqués (Driller killer, Toolbox murders), les amateurs de gore vrombissant entrevoient dans Pieces une nouvelle chasse au monstre-masqué-dézingueur-de-donzelles compensant une sexualité inexistante par l’utilisation d’un outillage aux symboles phalliques prégnants pour violer l’intimité de jeunes femmes fraichement déviergées. De ces bandes carnassières décérébrées, torchées en quelques semaines avec pour seul objectif de profiter du succès de modèles devenus instantanément cultes.

Pourtant, Juan Piquer Simon, en s’enfonçant dans la brèche, fait voler en éclat les panneaux qui risqueraient d’écorcher son œuvre. Au croisement parfait de l’exploitation imitative et de la parodie à peine déguisée, Pieces offre au spectateur son comptant de moignons et au cinéphage aguerri une étonnante analyse ultra-référencée de ce que le genre compte de pire. Car, historiquement, Pieces est l’une des premières créations bâtardes aussi affûtées (à telle enseigne que l’héroïne du film répétera "bastard" une dizaine de fois en découvrant l’un des corps mutilés, cette remarque méta-analytique renvoyant à l’ensemble de l’œuvre). Un giallo amerloque produit par des mécènes états-uniens et composé par un Madrilène qui prend comme modèle le cinoche bis italien (Fulci en tête auquel il emprunte Christopher George, vu dans Frayeurs), les sous-productions made in USA et quelques œuvrettes hispanophones éparses.

Tombeau des Danaïdes où Dick Randall et Joe D’Amato déversent sans impudeur aucune leurs propres références cinéphiliques, le script de Pieces ressemble à une sorte de patchwork méga-bordélique qui paraphrase l’incompétence du meurtrier de la péloche dans l’art de composer des puzzles. Dans ce contexte, il paraît difficile, des années après la sortie officielle du métrage, de distinguer l’amateurisme primaire du second degré volontaire. Les dialogues, dignes du podium des pires citations de Nanarland, terminent quant à eux de flouter les intentions de ce caviar nanardeux figurant dans le haut du panier des plaisirs coupables d’un certain Eli Roth.


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