Pour quelques grammes d’éternité

30 septembre 2018 | Par : Alan Deprez (Vivadavidlynch) | littérature

Fantastique à la mode bruxelloise

Titre Pour quelques grammes d’éternité

Auteur Philippe Dumont

Éditeur Séma Éditions

Collection Séma’cabre

Année 2017

Genre Roman fantastique

Note 7,5/10

Résumé

Dans le Bruxelles d’après-guerre, le commissaire Van Geluwe se trouve à la tête d’une enquête relative au suicide d’un évêque, retrouvé pendu dans la cathédrale Saint-Michel-et-Gudule. La particularité ne s’arrête pas là : avant de mettre fin à ses jours, l’ecclésiastique s’est crevé les yeux. Naviguant entre l’Église et le milieu mondain, la recherche de la vérité passera par un cercle de riches collectionneurs, « Les Amis du Temps ». Que cache cette étrange association ? Quel est son but exact ? L’objet du crime n’a peut-être jamais aussi bien porté son nom. Méfiez-vous de ce que vous souhaitez, vous pourriez très bien l’obtenir…

Fondu de comics US et d’étrange, l’ancien officier de police judiciaire Philippe Dumont - une fonction qui était la sienne jusqu’en 1984 - est également sculpteur, ainsi qu’expert en peinture flamande et hollandaise des XVIème/XVIIème siècles. Dumont (alias Maxence Valmont, son nouveau pseudo) semble avoir vécu plusieurs vies en une et cette spécificité innerve Pour quelques grammes d’éternité. En effet, son ouvrage fantastique brasse large, oscillant constamment entre penchant pour l’horreur, ésotérisme, spiritualité, attrait pour l’art pictural, ou encore une forme de gouaille typiquement bruxelloise.

De Bruxelles, l’auteur se délecte d’allusions aux hauts lieux touristiques et aux endroits qui font le sel de la vie au sein de la capitale. C’est bien simple, on pourrait presque humer l’ambiance des troquets enfumés d’après-guerre (où la bière coule à flots), voire même sentir nos pas sur ses pavés crasseux, souvent rendus humides par une pluie tout ce qu’il y a de plus belge. Si Dumont manie autant l’art consommé de la description, c’est sans doute pour mieux endormir le lecteur ; le bercer pour brusquement le cueillir à froid, au fil des rebondissements de l’enquête menée par le très pittoresque Van Geluwe, qui ne crache jamais sur une bonne rasade de lambic… en attendant d’enfin découvrir la saveur du marc de gewurztraminer (vraisemblablement, l’auteur nourrit une fascination pour ce nectar).

En menant à bien son investigation, depuis le suicide louche de Monseigneur Morlani (l’évêque italien s’est pendu dans son bureau, après s’être crevé les yeux) jusqu’aux arcanes de l’énigmatique cercle de collectionneurs huppés « Les Amis du Temps », le commissaire sera confronté à de nombreuses mises en scène macabres et aux limites de son raisonnement cartésien, somme toute logique pour un homme de loi. À ce stade, on ne manquera pas d’être happé par les péripéties de l’intrigue, qui tend à devenir de plus en plus opaque et à se nimber d’un lourd voile de mystère, même si l’on aurait souhaité « un peu plus de muscle » dans la gestion du suspense et de générosité dans l’énumération des détails horrifiques, qui sont plutôt laissés à l’imagination du lecteur.

Ce ne sont que de menues réserves, puisque Dumont excelle dans la création de personnages attachants - il prend visiblement plaisir à les croquer - et dont on se soucie de la destinée (à cet égard, le final nous glacera un peu les sangs…). Il parvient aussi à rendre touchante la relation d’amour naissante entre Van Geluwe et Mathy, dont la guerre a fauché l’être aimé. Ce sont deux solitudes qui se rencontrent, en toute simplicité et sans sombrer dans la mièvrerie ; une idylle qui, pour le policier, fait figure de « soupape de relâchement » et de respiration bienvenue dans une affaire tortueuse qui tend à le dépasser.

Sur des sujets plus ou moins analogues, Dumont partage des centres d’intérêts avec Dan Brown (artefacts sacrés, vertiges de l’occulte…), mais à la religiosité parfois gênante de l’auteur de The Da Vinci Code, à son style boursouflé et à son côté « bigger than life », il n’est pas absurde de préférer le naturel du Belge et ses manies de brusseleir.

Car oui, il arrive parfois de ne pas vouloir écouter du hardcore, qui tabasse le crâne sous des néons verdâtres, ou de la cold wave qui nous émeut et nous entraîne au 36ème dessous, pour privilégier une petite musique lancinante, dans laquelle il est si bon de se lover. Pour quelques grammes d’éternité, c’est un peu cela… et bien plus.

Un grand merci à Richard Blin (attaché de presse de Philippe Dumont) et à l’équipe de Séma Éditions.

Pour quelques grammes d’éternité sur le site de Séma Éditions.

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