Critique de film

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Proie de l'auto-stop (La)

"Autostop rosso sangue"
affiche du film

Un homme et une femme sillonnent les routes californiennes avec leur caravane. Leur couple se déchire progressivement lorsquâ

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Les critiques à propos de ce film

Critique de La proie de l’auto-stop - Duel à trois
Par : Fred Pizzoferrato

La proie de l’auto-stop constitue un des nombreux supposés décalques de Dernière maison sur la route sorti à la fin des seventies, un parallèle d’autant plus évident que le métrage, sorti aux USA sous le titre « Last House on the left – hitch hike » comprend David Hess. Pourtant, La proie de l’auto-stop, à l’image de La maison au fond du parc, ne s’inscrit que partiellement dans le sous-genre du « rape and revenge » et s’apparente davantage à un thriller policier particulièrement tendu et brutal.

L’intrigue se montre d’une grande simplicité : Walter et Eve Mancini forment un couple marié depuis neuf ans. Le premier est un reporter raté, alcoolique et violent, ne restant apparemment avec son épouse que pour l’argent et le sexe. Eve, pour sa part, est une riche héritière à la beauté ravageuse et sans doute légèrement masochiste. Apercevant un homme en difficulté suite à un accident de voiture, Eve demande à son mari de le prendre en stop, ce qu’il accepte en maugréant. Le jeune homme, un certain Adam Konitz, est un braqueur de banque en fuite venant de commettre un hold-up meurtrier. Il prend le couple en otage et les oblige à le conduire jusqu’à la frontière mexicaine. Peu à peu, Adam entame une étrange relation avec le couple, promettant à Walter de l’argent ainsi que le droit de raconter sa vie dans un livre et entamant un processus de séduction à l’égard d’Eve. Mais, au fil des kilomètres parcourus, la situation dégénère, d’autant que les complices d’Adam sont sur sa piste et que la cohésion déjà bien malmenée du couple vole en éclat.

Un simple regard à la fiche technique suffit immédiatement à nous convaincre que La proie de l’auto-stop constitue un projet intéressant et décalé. Le casting, pour commencer, se limite quasiment à trois personnages, lesquels occupent à eux seuls près des deux tiers du temps de projection. Dans le rôle du méchant auto-stoppeur, David Hess rempile pour un rôle semblable à celui qu’il tenait dans Dernière maison sur la gauche, un détraqué asocial diaboliquement séduisant n’hésitant pas à recourir, soudainement, à la pire violence. Néanmoins, l’acteur ajoute une dose de retenue à son jeu, se montre plus nuancé que de coutume et donne même un certain côté attrayant à son personnage, notamment lorsqu’il se rêve en criminel légendaire dont les exploits seront relatés par un livre écrit par le reporter pris en otage. Ses considérations sur le couple pris en otage paraissent également étonnamment lucides et bien vues.

Dans le rôle de la « proie nue », Corinne Clery (révélée peu avant par Histoire d’O), alors âgée de 27 ans, dévoile ses charmes à plusieurs reprises et en joue effrontément, créant un personnage intéressant de femme à la fois forte et faible, attirée par le vénéneux David Hess et acceptant pratiquement de devenir l’enjeu d’une rivalité mortelle entre l’auto-stoppeur détraqué et son mari. Ce-dernier, incarné par la star du western Franco Nero (Django, Keoma, Texas addios) se révèle profondément antipathique et prêt à tout pour tirer partie de la situation, y compris à sacrifier sa femme (« tu es sans doute un bon coup mais tu ne vaux quand même pas deux millions de dollars »). Un être veule et amoral, à l’image du métrage dans son ensemble qui se termine par une conclusion surprenante et d’une noirceur rarement vue sur un écran de cinéma. Car la relation entre Walter et Eve apparaît dès le début du film comme profondément destructrice, entre disputes gratinées et réconciliations sur l’oreiller tout aussi brutales. Le cinéaste assume d’ailleurs la misogynie de son script lors de séquences où Eve prend plaisir aux pseudo-viols imposés par son mari puis au viol authentique subi de la part d’Adam (« elle est comme un moteur, tu tournes la clé et elle chauffe immédiatement »).

Les personnages secondaires, de leur côté, sont à peine esquissés et ne bénéficient que d’un temps de projection restreint mais même les deux criminels homosexuels s’élèvent un peu au-dessus des clichés lors de scènes intimistes assez surprenantes et crédibles. La proie de l’auto-stop se permet d’ailleurs un détour via le pur road-movie et propose une superbe poursuite entre la voiture des « héros » et un camion conduit par Adam directement inspiré du classique Duel de Spielberg.

Plus connu pour ses comédies, Pasquale Festa Campanile (Quand les femmes avaient une queue) effectue un excellent travail en conférant à La proie de l’auto-stop un rythme adéquat, entre passages apaisés, quasiment contemplatifs, et brusques explosions de violence ne lésinant pas sur les giclées de sang. Moins gratuit que bien d’autres productions similaires des seventies, le métrage se permet néanmoins des scènes sexuellement explicites et des passages sanglants brutaux et choquants, survenant brusquement pour secouer le spectateur. Les dialogues, pour leur part, sont souvent mémorables et, même s’ils sont sans doute un peu trop « bien écrits » pour rester totalement crédibles, ces lignes de textes, spécialement lorsqu’elles traitent des armes ou de la virilité, n’en sont pas moins efficaces. La musique d’Ennio Morricone, une nouvelle fois fantastique, ajoute, elle, à la tension créée et sert le parfaitement propos.

Pessimiste, dépressif, violent et nihiliste en dépit d’un humour d’une rare noirceur et d’un cynisme absolu, La proie de l’auto-stop n’est sans doute pas le chef d’œuvre oublié vanté par certain mais constitue, sans nul doute, un des meilleurs thrillers italiens des seventies. Et c’est déjà pas mal !


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