Critique de film

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Les Promesses de l'Ombre

"Eastern Promises"
affiche du film

Une sage-femme enquête sur l'identité d'une jeune Russe, morte en couches, le soir de Noë;l. Elle découvre vite que la jeune femme était une prostituée, mêlée malgré elle aux agissements d'un groupe de proxénètes. Ses problèmes ne font alors que commencer ...

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Les critiques à propos de ce film

Les promesses de l’ombre - Promesses tenues !
Par : Romain Mollet

Les Promesses de l’Ombre est le dix-huitième film de David Cronenberg. Depuis 1969, c’est un cinéaste qui est passé sous toutes les formes de la cinématographie : de l’horreur de ses débuts (Vidéodrome, Chromosome 3) à sa phase polar sombre, entamée il y a 3 ans avec l’excellent A History Of Violence, où il marquait sa première collaboration avec Viggo "Aragorn" Mortensen, ici renouvelée, toujours avec brio.

Cette fois ci, le cinéaste multiforme s’attaque au milieu des "vori v’zakone", à une puissante famille mafieuse de Russie, sévissant en plein cœur de Londres, et il est abordé de la façon la plus réaliste (donc malheureusement brutale) possible : pas de gangsters stéréotypés à la Scarface, non, juste des hommes à part, normaux avec un petit quelque chose d’inhumain en l’âme, mais qui peut toujours ressurgir à n’importe quel moment...

Evidemment, pour ce milieu froid et inquiétant, une ambiance sombre et pesante est inévitable, et elle est signée ici par le directeur de la photographie Peter Suschitzky, fidèle collaborateur du réalisateur canadien depuis l’excellent Faux Semblants... Et en ces lieux inquiétants se déclenche une pléiade de performances d’acteurs. Si Naomi Watts est toujours aussi excellente (on vous le dit depuis toujours ! Cette actrice est LA meilleure de sa génération), les faux Russes Viggo Mortensen et Vincent Cassel (de chez nous !) signent ici des prestations inoubliables. L’un est incroyable en chauffeur implacable et imposant, basculé entre son devoir de malfrat et ce qu’il reste de son humanité ; l’autre est tout bonnement passionnant en fils de Boss à la fois repoussant et terriblement émouvant... Dans les deux cas, leurs rôles sont assez bipolaires.

Mais outre son interprétation magistrale, le meilleur réside surtout dans une mise en scène remarquable. Cela fait plus de vingt ans que Cronenberg a fait ses preuves au cinéma. Il faut effectivement reconnaître qu’à chacun de ses films, il se bonifie de plus en plus. Jamais un de ses métrages n’a été aussi abouti visuellement... Il faut dire que le scénario intelligent et efficace de Steve Knight lui permettait d’instaurer de nouvelles ambiances, bien que l’on retrouve les thèmes chers au réalisateur : la violence, le sexe, la famille... La vie, en somme. Et pour couronner le tout, son énième association avec le compositeur Howard Shore permet de nous faire découvrir ce qui semble être l’une des meilleures bandes originales de l’année.

Ce début de siècle s’avère être particulièrement excellent pour David Cronenberg, et ce n’est pas ce nouveau chef-d’œuvre qui va contredire le fait que l’artiste est bel et bien un génie.


Les promesses de l’ombre - Choses promises, choses dues
Par : Chroniqueurs

Bouleversée par la mort d’une jeune fille qu’elle aidait à accoucher, Anna tente de retrouver la famille du nouveau-né en s’aidant du journal intime de la disparue, écrit en russe. En remontant la piste de l’ouvrage qu’elle tente de faire décrypter, la sage-femme rencontre Semyon. Elle ignore que ce paisible propriétaire du luxueux restaurant Trans-Siberian est en fait un redoutable chef de gang et que le document qu’elle possède va lui attirer de sérieux problèmes... Pour Nikolai, chauffeur et homme de main de la toute-puissante famille criminelle de l’Est, c’est le début d’une remise en cause. Entre Semyon et son fils Kirill, prêts à tout pour récupérer le journal, et l’innocente Anna, sa loyauté va être mise à rude épreuve. Autour d’un document qui se révèle de plus en plus explosif, plusieurs vies sont en jeu, dont la sienne, alors que se déchaînent les meurtres et les trahisons dans la famille comme dans la ville...

Encore une scène d’anthologie ! Voilà ce qui nous vient en premier à l’esprit au sortir de la séance du dernier Cronenberg. Et pourtant, cette réflexion est injuste, au regard de ce film remarquable de bout en bout.
Après des années d’errance auteurisantes, certes très réussies, mais qui l’a transformé en bête de festival ovationné par la critique, David Cronenberg est revenu au pur film de genre depuis A history of violence, en conjugant obsessions thématiques et large public, avec succès. C’est en toute logique qu’il poursuit dans cette voie avec Les promesses de l’ombre. Comme dans son film précédent, le cinéaste nous parle de la famille, puisqu’après le microcosme familial de l’américain moyen, il s’attaque à celui plus métaphorique de la mafia russe. Que ce soit dans l’analyse de l’organigramme de l’organisation, ou que ce soit dans les relations filiales entre Armin Mueller Stahl, Vincent Cassel et Viggo Mortensen, Cronenberg instaure une certaine dimension shakespearienne à son récit.

Tout démarre avec cette intrusion involontaire de Naomi watts (en forme) dans le monde opaque du crime organisé en provenance de l’Est. Dès lors, en tentant d’en apprendre plus sur le passé d’une fille mère décédée, elle va pénétrer dans un univers sombre et violent, sorte de monde parallèle, reflet peu flatteur de la nature humaine que le miroir de Cronenberg nous renvoie. La violence fait partie intégrante du milieu, et découle des antagonismes entre les personnages évoluant en son sein, pour qui un honneur bafoué ou un intérêt menacé débouchent sur des vendettas sanglantes. Dramatiquement justifiée, elle ne fascine pourtant pas Cronenberg qui évite tous les artifices visuels en vogue actuellement, pour l’aborder de manière frontale. Elle culmine lors de cette fameuse séquence où Nikolaï (Viggo Mortensen) affronte nu deux hommes armés dans un sauna. Brillament filmée, crue, brutale, elle dégoûte. Son impact est aussi du à l’investissement tant physique qu’émotionnelle de Viggo Mortensen, qui entre dans le cercle restreint des acteurs extrêmes.

On ne parle d’ailleurs pas assez de l’apport des acteurs dans l’évolution stylistique d’un réalisateur. Depuis A history of violence, Cronenberg semble avoir trouvé en Mortensen le prisme idéal pour exprimer ses obsessions. Epousant corps et âme la cause du cinéaste, l’acteur s’avère être un animal fascinant Cronenberg, qui, en le filmant au plus près (et par là même les autres acteurs), apporte à sa mise en scène un côté plus élégant, plus humain. Arborant un look empruntant autant à Mitchum qu’à De Niro (cf Max Cady), l ’acteur livre une superbe composition tout en tension retenue, dont le visage impassible est trahi par ce regard glacial, mais lourd de sens. Sa technique de jeu contraste forcément avec celle plus expansive de Vincent Cassel, très bon en fils détesté, ce qui ajoute grandement à la relation amicale quasi fraternelle qui unit leurs deux personnages. Tour à tour inquiètant et profondément humain, il campe un simple "employé qualifié" dans la disparition de corps, puis s’vère avide de pouvoir, pour fialement révéler d’autres facettes au fur et à mesure que le film avance. D’ailleurs, chaque évolution du personnage se traduit moralement, mais aussi physiquement (les tatouages), rappelant aux connaisseurs que la contamination et l’organique sont des thèmes chers à Cronenberg.

Dans ce nouveau grand film, qui saisit de la première à la dernière image, Cronenberg parvient à nouveau à fondre ses thèmes de prédilection dans le creuset d’un film de genre, grâce à une mise en scène sèche et tranchante. Une vraie réussite.


Critique de Les promesses de l’ombre - Parce que dans l’obscurité, Cronenberg demeure puissant
Par : Chroniqueurs

Par Frank Black

Depuis A history of violence et sa rencontre avec Viggo Mortensen, beaucoup disent que le cinéma de Cronenberg a pris une seconde jeunesse. Pour d’autres, il s’agit simplement d’une collaboration entre deux grands artistes, deux génies totalement dévoués à leur métier.

Et le nouveau Cronenberg/Mortensen, Les promesses de l’ombre n’acquière en rien le titre de chef-d’œuvre, il ne répond à aucune escalade ou ascension dans le cinéma de Cronenberg. Il est de qualité point.

Avec Les promesses de l’ombre, Cronenberg tombe amoureux de Londres et de son caractère multiethnique, des multiples facettes de la capitale qui sont méconnues et même parfois inconnues. Il est rare en effet de voir un film s’intéresser à la mafia russe (et à ses contacts avec les autres ethnies) au sein d’une ville comme Londres. Et pourtant, il s’agit bien là d’une rencontre entre deux mondes. Celui dans lequel nous « vivons » et qui est représenté par Naomi Watts et celui dans lequel nous ne devons pas mettre les pieds et où Vincent Cassel est prince et où Armin Mueller-Stahl est roi. Viggo Mortensen agissant comme un « lien » entre les deux univers.

Par une mise en scène très sobre et très discrète, David Cronenberg se place dans l’ombre et fait tout pour donner la part belle à ses acteurs et à son scénario. Il agit comme un chef d’orchestre et fait donc en sorte que le cadre de l’histoire soit parfait mais pas trop imposant pour que ses acteurs puissent « exploser » à l’intérieur. Naomi Watts joue juste et ne marche jamais sur la corde de l’outrance. Représentante pourtant de la candeur et de la naïveté (elle n’est pas de la mafia et ne connaît pas les codes qui régissent ces gangsters russes), elle sait ne pas être transparente mais au contraire très réaliste.

Après, c’est presque un duel entre Viggo Mortensen et Vincent Cassel qui s’engage. Enfin l’immense plaisir de voir un Vincent Cassel avec un rôle à la mesure de son talent. Personnage ambigu et très expressif, il est le fils raté et instable qui pourtant devra être roi.
Viggo Mortensen, lui, est exemplaire. Chacun de ses gestes, de ses regards et de ses mots pèsent lourd, très lourd. Il nous écrase littéralement par son charisme et sa tranquillité. Chauffeur froid et méthodique, il a su laisser transparaître en lui une petite fente qui montre son caractère bon. Mortensen est loin d’être un simple chauffeur, c’est là tout l’intérêt de son personnage.

Alors, dans Les promesses de l’ombre, David Cronenberg donne tout à son histoire et à ses personnages. Son cinéma s’efface devant eux pour livrer au final un film émotionnel. Mais attention, Cronenberg restera toujours Cronenberg et Les promesses de l’ombre porte indéniablement les traces de son cinéma. Grâce à deux ou trois séquences, Cronenberg sort de l’obscurité, sort de son classicisme pour rappeler la puissance visuelle de son cinéma. Il rappelle donc qu’il est le maître de son long métrage et si il lâche quelques fois la bride pour la donner à ses acteurs, il est à même de la reprendre à tout moment. La séquence où Viggo Mortensen affronte, nu, deux hommes dans les bains turcs est de haute voltige et elle porte en elle la force du cinéma de Cronenberg.

Avec son classicisme, ses acteurs « habités », son scénario impeccable et ses émotions brutes, David Cronenberg fait un portrait froid mais vivant d’une mafia russe en proie à l’humanité.

Commentaires sur le film

5 etoiles

coups de coeurCoup de coeur !

Fascinant

30 août 2014 à 00:08

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