News

RAY HARRYHAUSEN - LE DÉPART D’UN TITAN

8 mai 2013 | Par : Quentin Meignant

Le père du trucage n’est plus...

Nouvelle qui a secoué la toile hier soir, Ray Harryhausen, âgé de 92 ans, s’est éteint à Londres laissant derrière lui des milliers de fans éplorés et, surtout, une oeuvre incomparable, fruit d’un génie indescriptible. L’homme, considéré comme le père du trucage au cinéma, fait partie de ceux qui, encore à l’heure actuelle, influencent la plupart des films et des réalisateurs, tant dans leur manière de procéder qu’au niveau de leurs références.

Pris très tôt dans cet univers de faux-semblants, Ray Harryhausen s’intéresse pour la première fois au domaine en 1933, à l’âge de 13 ans, lorsqu’il découvre avec étonnement le King Kong de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, dont les effets visuels sont réalisés par Willis O’Brien. Ce dernier, autre messie du cinéma, devient rapidement l’idole du jeune Ray qui voit donc son avenir dans le monde du cinéma et du trucage.

Après avoir étudié les arts dramatiques, la photographie et la sculpture, puis la réalisation artistique, parcours durant lequel il fait la rencontre de Ray Bradbury, son ami de toujours qui aura une influence capitale sur sa carrière, il montre ses premiers travaux à George Pal, qui lui ouvre alors les portes de la télévision et le laisse oeuvrer en tant qu’assistant sur la série Puppetoons.

La guerre et une participation à la série "scolaire" Mother Goose Stories viendront quelque peu freiner cette marche en avant qui reprend dès 1947 et la collaboration avec son grand exemple, Willis O’Brien, sur Monsieur Joe, où il réalise notamment la plupart des scènes d’animation du gorille.

Le premier pas dans le milieu étant entériné, Ray Harryhausen décide de voler de ses propres ailes et signe un travail beaucoup plus personnel sur le bien connu Monstre des temps perdus d’Eugène Lourié, dont le script était co-écrit par son ami Ray Bradbury. Au fil de son travail sur le métrage, il affine ses techniques d’intégration d’animation image par image.

Ce premier succès personnel va de pair avec quelques premières expériences en couleur, véritable révolution du cinéma qui va permettre au technicien de franchir un pas supplémentaire. S’ensuit alors un impressionnant travail de sape et un perfectionnisme qui mènent rapidement Harryhausen au sommet et à des collaborations très marquantes avec Charles H. Schneer, producteur qui ne jure que par lui et qui lui confie allégrement quelques aspects scénaristiques et surtout techniques de nombreux films.

C’est la période faste de Ray Harryhausen qui multiplie les collaborations comme lors du tournage du Monstre vient de la Mer, qui surfe allégrement sur la vague du Monstre des temps perdus, mais aussi des Soucoupes volantes attaquent, véritable must de la science-fiction des années 50. L’oeuvre de Fred F. Sears permet d’ailleurs à Ray de développer toutes les techniques et les panels visuels connus jusqu’alors. Utilisation de lasers, scènes de destructions massives,... L’exercice est brillant mais surtout très utile pour celui qui est d’ores et déjà le Maître du trucage.

Fort d’un style désormais bien affirmé, qui porte d’ailleurs le nom de dynamation et qui constitue un argument de vente supplémentaire pour les producteurs, Harryhausen s’attèle à quelques grands classiques du genre. Dès 1958, il permet au Septième voyage de Sinbad d’être le film d’aventures flamboyant qu’il est encore aujourd’hui, tandis que les gigantesques créatures des Voyages du Gulliver et de L’île Mystérieuse, respectivement sortis en 1960 et 1961, affolent autant qu’ils régalent les spectateurs. Le mythe Harryhausen est définitivement en place et lui permet de s’atteler avec brio à ce que l’on peut considérer comme l’une des ses plus grandes merveilles en matière de FX : Jason et les Argonautes, must de Don Chaffey qui, malheureusement, ne rencontre pas le succès escompté.

A ce titre, les productions suivantes auxquelles il est intéressé peinent à convaincre le grand public malgré une qualité certaine. Exception à la règle, Un million d’années avant Jésus-Christ cartonne au box-office à l’inverse de l’intéressant mais étrange La Vallée de Gwangi et ses reptiles géants. Sinbad, quant à lui, bénéficie de deux nouveaux apports techniques de Ray dans Le Voyage fantastique de Sinbad et Sinbad et L’oeil du Tigre.

La carrière de Ray Harryhausen se termine en 1981 avec l’inénarrable Choc des Titans, une oeuvre-testament pour l’homme qui se permet d’étaler à la face du Monde un talent souvent injustement ignoré (notamment de la part de l’Académie et d’autres structures visiblement insensibles à son travail pourtant novateur). Entre Méduse, Pégase, vautour géant ou encore scorpions immenses, Harryhausen apporte une dernière pierre à son édifice.

Cet édifice est celui d’une véritable révolution cinématographique qui a permis au Septième Art d’être ce qu’il est aujourd’hui. Sans Ray Harryhausen, il n’y aurait sans doute pas eu de Spielberg, George Lucas, Tim Burton et consort. Tout ce beau monde pleure donc aujourd’hui le départ d’un génie comme on n’en fait plus, d’un passionné dont l’oeuvre restera à jamais gravée dans l’inconscient cinéphilique.

MONTAGE VIDÉO DE QUELQUES CRÉATIONS DE RAY HARRYHAUSEN :

BANDE-ANNONCE DU DOCUMENTAIRE "SPECIAL EFFECTS TITAN" DE GILLES PENSO :

Ajouter un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage