Séances

RETRO TOD BROWNING - La Marque du Vampire

2 mars 2018 | Par : Seb Lecocq

Discours meta

Tod Browning rejoue son plus célèbre film, Dracula, et se joue des attentes de ses spectateurs en réalisant le film le plus « à part » de sa filmographie. Non pas pour son style ou son histoire mais par la manière dont Browning, à la manière d’un avant-gardiste, se joue, dès 1935, des codes du cinéma fantastique et d’horreur dans une œuvre fine, intelligente, classique et surprenante à la fois. La Marque du Vampire est le remake de Londres après minuit ; une précédente œuvre, aujourd’hui perdue, de Browning, réalisée dix ans plus tôt avec Lon Chaney dans un double rôle.

Ce remake parlant est dans les grandes lignes fidèle à l’original mais la simple présence de l’immense Bela Lugosi le place d’emblée dans une atmosphère gothique et fantastique. Un effet probablement recherché par Browning afin d’apporter une plus value à son histoire, de capitaliser sur le culte de Dracula et de profondément l’ancrer dans le genre qui a fait sa renommée en fin de carrière là où au début du siècle, il s’était fait connaître par ses mélodrames. Browning joue clairement avec les attentes du spectateur et avec la succès de son Dracula dont il reprend presque mot pour mot, dans un premier temps, la trame : un château brumeux, une famille d’Europe de l’Est, un scientifique chasseur de vampire, le bestiaire habituel et bien évidemment le grand Lugosi dans un pastiche du célèbre Comte transylvanien. Tout dans le métrage est classique, presque trop, toutes les figures sont là, poussées à l’extrême, le jeu est grandiloquent et certains effets vraiment faciles comme si le cinéaste ne voulait pas se fatiguer et profiter du succès de son oeuvre-maîtresse.

Pourtant, malgré la facilité du scénario et les faiblesses du film (on pourrait croire à un mauvais pastiche s’il n’y avait pas le premier degré inamovible des comédiens), la forme est magnifique au point d’en faire un des meilleurs films de son auteur en termes d’esthétique. On dénombre de superbes mouvement d’appareils, une mise en scène ample, moderne et dynamique qui tranche avec l’étonnante rigidité de l’intrigue. Les décors sont magnifiques, à la fois classiquement gothiques et accompagnés d’une touche d’inspiration allemande et son fameux expressionnisme que l’on retrouve aussi dans la photographie. Un noir et blanc intense qui plonge le film dans une atmosphère étrange, envoûtante et onirique avec toutefois une petite touche d’artificialité raccordant parfaitement avec le jeu des comédiens. Toujours sur le fil du rasoir entre la vraie horreur et le paresseux pastiche, La Marque du Vampire délivre une étrange sensation.

La majeure partie des soixante minutes de film sont ancrées dans la série B ultra-classique inspirée tout à la fois par la littérature gothique, ce bon veux Bram Stoker en tête, d’un côté et le feuilleton radio et le serial de l’autre. Bien vite l’aspect vampirique est laissé de côté pour laisser la place à l’enquête policière menée par Lionel Barrymore dans la rôle du Professeur Zellen, clone du fameux docteur Van Helsing. Pourtant le comte Mora et sa fille, s’ils ne font que quelques apparitions, impriment durablement la pellicule par leur prestance, la magnifique étrangeté de Caroll Borland qui anticipe avec près de quarante ans d’avance les maquillage de la vague cold wave et le charisme animal de Lugosi. Lugosi, l’alter égo de la fin de carrière de Browning se joue tout autant de son rôle le plus emblématique que de son image en campant un Comte Mora plus Stokerien que jamais. Il en épouse les traits, le costumes, les poses à l’excès, jusqu’au cliché. Mais c’est ce regard sur lui-même et sur son rôle qui fait le sel de son personnage. En ce sens, il épouse la vision de son metteur en scène qui explore les arcanes non pas d’un personnage mais d’un genre tout entier. D’autant plus qu’il a lui-même contribué à tracer les grandes lignes de ce genre.

A la fois film de vampire, polar et serial, La Marque du Vampire fascine par sa beauté plastique et son esthétique poussée. La réflexion qu’opère Browning sur le cinéma d’horreur termine d’en faire un vrai petit classique du cinéma fantastique des années 30 et peut-être le premier film meta de l’histoire du cinéma.

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