L’IMAGE DU JOUR

ROMA AETERNA de R. Silverberg

13 novembre 2009 | Par : Fred Pizzoferrato

Titre Roma Aeterna

Titre original Roma Eterna

Auteur Robert Silverberg

Année 2003

Genre Uchronie

Editeur Robert Laffont

Année d’édition 2004

Note 7/10

Résumé

L’Empire Romain n’est jamais tombé. Les trois grandes religions monothéistes n’ont jamais réussi à s’implanter et les Barbares ont été défaits au Vème siècle par les valeureuses légions romaines. En dépit d’expéditions désastreuses au Mexique, des rivalités entre l’Orient et l’Occident ou d’Empereurs décadents et trop faibles pour gouverner, Rome domine le monde. EN une dizaine de nouvelles, Roma Aeterna nous fait parcourir cette Histoire parallèle, depuis le Vème siècle jusqu’à 1970, date de l’Exode des Juifs vers l’espace.

Prolifique auteur américain, Silverberg a donné à la science-fiction une belle quantité d’œuvres fortes, dont on retiendra par exemple « Le livre des crânes », « L’homme dans le labyrinthe » ou l’immense cycle de fantasy consacré à « Lord Valentin de Majipoor ». Son dernier roman en date, « Roma Aeterna » nous propose une exploration d’un monde à la fois proche et totalement différent du nôtre, un monde dans lequel la Ville Eternelle reste maîtresse du monde à la fin du XXème siècle.

Ce roman, se présentant sous la forme d’une suite de nouvelles liées entre elles par un thème unique, appartient en effet à la vague des uchronies, ces récits imaginant une histoire parallèle après qu’un événement fondamental a altéré le continuum temporel. Parmi les grandes réussites uchroniques on citera, pour mémoire, « Le Maitre du Haut Château » de Philip K. Dick (traitant d’un monde où les puissances de l’Axe ont gagnés la Seconde Guerre Mondiale), « Chroniques des années noires » de Kim Stanley Robinson (l’évolution d’un monde totalement ravagé par la peste noire) ou « Autant en emporte le temps » de Ward Moore (et si le Sud avait gagné la Guerre de Sécession ?).

Dans Roma Aeterna, Silverberg imagine tout d’abord l’échec des trois grandes religions monothéistes : le judaïsme ne s’est jamais implanté (les Juifs sont restés sous la domination des Pharaons après l’échec de l’Exode), le christianisme n’existe pas (les nombreux prophètes des premières décennies n’ont jamais ébranlés le Panthéon romain) et l’assassinat de Mahomet par un fonctionnaire zélé a supprimé toute menace pour l’Empire Romain. Une politique religieuse différente et l’écrasement des tribus barbares achèvent d’assurer à Rome une domination éternelle sur la Terre. Pour Silverberg, le monothéisme est donc clairement responsable de la chute de Rome et, quoique les Romains croient de moins en moins en leurs dieux, ces croyances suffisent à assurer la stabilité de l’Empire.
Au fil des différentes nouvelles, de longueurs variables, Silverberg nous offre donc un tableau de ce monde romain ayant subsisté jusqu’à la fin du XXème siècle et qui, sans doute, survivra éternellement, sous une forme ou une autre.

Nous sommes ainsi témoins de divers événements importants de l’histoire de Rome, du moins de cette Rome, cette autre Rome, éternelle et dominatrice imposant la Pax Romana au monde entier. Une discussion entre deux historiens, placée en prologue, campe le décor. La seconde nouvelle nous éclaire sur les bas-fonds de Rome alors que Maximilianus III succède de manière inattendue à son père. Ensuite nous assistons à l’assassinat d’un prophète en Arabie, à la tentative de conquête du Mexique, à la chute de l’Empire d’Occident pillé par l’Empire d’Orient, à une variante de la Terreur, à la proclamation de la Seconde République, à la fin du dernier Empereur vivant en ermite dans une modeste cabane, et, enfin, aux tentatives des Hébreux de trouver la Terre Promise, même si celle-ci doit être découverte sur une autre planète.

En dix récits, Silverberg livre aussi, et surtout, une série de réflexions sur le destin du monde, sur le déclin de la civilisation et la chute des Empires. Privilégiant souvent la compagnie des puissants, l’auteur se permet toutefois quelques textes assez mélancoliques, comme celui consacré à la vie au temps de l’occupation de l’Occident par l’Orient, à la mort solitaire du dernier empereur ou à la chute de l’Empire, vue à travers les yeux d’un simple touriste anglais, un « barbare » atterrissant en pleine révolution et côtoyant les nantis avant leur exécution.

Œuvre essentiellement politique (Silverberg s’intéresse assez peu aux gens du peuple et délaisse l’évolution de l’art ou même de la technologie pour privilégier les « grands événements » et la vie des Césars), Roma Aeterna tend également à prouver que l’Histoire, en dépit de divergences, tend à toujours suivre une voie préalablement tracée puisque l’on retrouve des événements connus (la Révolution française, la conquête de l’espace, située autour de 1970 de notre calendrier) transposés dans le contexte de la Ville Eternelle.
Même si les nouvelles sont, fatalement, d’une puissance variable, la plupart sont suffisamment réussies pour susciter l’intérêt du lecteur tout au long de cette vaste fresque embrassant, avec un beau souci du détail, 1500 ans d’histoire ré-imaginée.

Uchronie fascinante, cohérente et grandiose, Roma Aeterna allie réflexions philosophiques, considérations politiques, action et divertissement avec toute la science attendue d’un vétéran de la trempe de Silverberg. Une belle réussite !

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