Critique de film

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Rollerball

"Rollerball"
affiche du film
  • Année de production : 1975
  • Réalisateurs : Norman Jewison
  • Scénaristes : William Harrison
  • Acteurs : John Houseman, James Caan, Maud Adams, John Beck, Moses Gunn
  • Musique : André Previn
  • Genre : Science-fiction
  • Pays d'origine : Angleterre
  • Durée : 2h05
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Récompenses : Meilleur Acteur (James Caan), Meilleure photographie (Douglas Slocombe) et meilleur film de science-fiction aux Saturn Awards 1976 Meilleure direction artistique (John Box) aux BAFTA Awards 1976

En l'an 2018, les cadres dirigeants se sont substitués aux hommes politiques, et les Etats ont été remplacés par six départements mondiaux : Énergie, Luxe, Alimentation, Logement, Communications et Transports. Grâce à cette organisation, tous les hommes jouissent d'un confort matériel inégalé. Mais une société en paix a besoin de purger les pulsions violentes de ses membres. C'est dans ce but qu'a été créé le rollerball, un sport très violent, à la fois mélange de hockey, de boxe, de football américain... Jonathan E., capitaine de l'équipe de Houston et véritable star mondiale, se voit un jour convoqué par Bartholomew, l'un des plus importants organisateurs du rollerball. Craignant la popularité de Jonathan, il souhaiterait voir celui-ci prendre sa retraite. Mais cette proposition n'est pas du goût du sportif, qui refuse. Entre les deux hommes commence alors, par matchs interposés, une lutte sans merci....

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Rollerball - Le Spartacus de l’anticipation sociale
Par : Fred Bau

Image sombre. Musique hypnotique de JS Bach. Lentement, une piste circulaire s’éclaire. Puis la musique fait place à des vrombissements de moteurs de motos. Bienvenue dans l’univers de Rollerball. Le match qui va suivre est un quart de finale international qui oppose Houston à Madrid. C’est le seul match à proprement parler que vous verrez. Johnatan E (James Caan), capitaine de l’équipe de Houston, et champion du monde hors pairs, dérange un système où ce "Jeu" n’a pas pour fonction de créer des héros...

L’élément déclencheur de ce film de Norman Jewison, peu coutumier au demeurant du genre SF, est le même que celui qui avait motivé la nouvelle Rollerball Murder de William Harrison (1), écrite en 1973 : le constat que la violence dans le sport allait vers la surenchère, et que le public en redemandait. Il suffisait dès lors de se souvenir du pugilat de la Grèce Antique, ou des gladiateurs des arènes romaines, pour découvrir la voie prédestinée d’un sport de science-fiction ultime : le Rollerball.

Variation du rollerderby avec des motos, qui emprunte autant au football américain, au hockey sur glace, qu’à la boxe (et même au flipper pour le lancement de la balle métallique), en en développant tous les aspects les plus brutaux, le Rollerball a deux fonctions sociétales. La première consiste à servir d’exutoire à toutes les pulsions refoulées dans une société mondiale qui, en 2018, en a fini, en apparence à tout le moins, avec la guerre, la précarité et les inégalités sociales. La seconde est de cultiver, dans un système corporatiste global, une propagande de négation implicite de la liberté individuelle. Le Rollerbal, de par sa violence, ne permet pas en effet l’émergence de champions ; le "Jeu", institué par la force plus grand que le joueur, est à l’image d’une civilisation où les corporations sont plus grandes que le citoyen. C’est cet édifice socio-politique néo-féodal (directement inspiré du Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley), que le champion Jonathan E remet en question en survivant à ce sport. Son refus d’arrêter sa carrière va le conduire à découvrir que la violence du Rollerball n’a d’égale que celle de la détermination des corporations à se maintenir au pouvoir.

Prenant le risque de se rattacher au chef-d’œuvre encore mal digéré à l’époque de Stanley Kubrick, Orange Mécanique, Jewison, à sa grande surprise soutenu par United Artists, s’inscrit en plein dans le sillon de son modèle inégalable. Les emprunts sont évidents : surréalisme psychédélique, esthétisation ironique de la violence, réduction maximale des surfaces de visibilités temporelles. Rollerball relève, comme son ainé, autant de la science-fiction d’anticipation que du pamphlet surréaliste sur la société moderne. Le choix du motif sportif dans un monde "huxleyen" permet toutefois à Jewison de se distinguer de son écrasant et vertigineux prédécesseur. Il y a dans Rollerball quelque chose comme un "coup de génie" science-fictionnel, directement imputable à la collaboration de Jewison et Harrison, et qui va bien au delà de la seule prouesse de rendre crédible à l’écran un sport de fiction. Une constellation métaphorique massive, où le personnage principal et le "Jeu" ne font qu’un, alors que le "Jeu" est central, et cristallise, de par sa force de gravitation, toutes les tensions sociales, humaines et politiques du film.

Rollerball se distingue encore d’Orange Mécanique en ce qu’il propose une grille de lecture plus élémentaire et plus frontale. Celle d’une analogie universelle de la notion de "Jeu", dont les règles se disloquent pour des questions de pouvoir, jusqu’à dissoudre le jeu même de toutes règles nécessaires à une civilisation. Ainsi restituée à sa barbarie latente, la société dite civilisée n’a plus pour moteur que la loi du plus fort, pour cercle vicieux, le pouvoir pour le pouvoir et la survie pour la survie, et pour point terminal, la mort. Jewison aura l’élégance de préférer le point virgule au point final, en clôturant son film par un arrêt sur image de Johnatan E. C’est-à-dire sur l’image d’un individu qui ayant eu le courage d’aller au bout de lui-même, aura su être libre. C’est peu. Et c’est énorme.

Film d’auteurs autant que film de genre, Rollerball aborde la double problématique de la violence et des enjeux de pouvoir des sociétés modernes, sous le quadruple-angle politique, économique, social, et visuel. Fort éloigné de l’obscénité d’une culture visuelle de l’exhibition, du voyeurisme et de banalisation de la violence qu’il préfigure en la dénonçant, cet uppercut visionnaire, qui ne devrait plus avoir à se défendre aujourd’hui d’avoir su magistralement traiter son sujet, est l’un des films d’anticipation sociale majeurs des 70’s.

(1) Cette nouvelle appartient au recueil Rollerball. Harrison acceptera l’adaptation cinématographique à condition d’écrire lui-même le scénario.

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