Critique de film

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Rubber

"Rubber"
affiche du film

Dans le désert californien, des spectateurs incrédules assistent aux aventures d'un pneu tueur et télépathe, mystérieusement attiré par une jolie jeune fille. Une enquête commence.

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Trailer - Rubber (2010)
Par : Damien Taymans


Rubber
Bande annonce vost publié par CineMovies.fr - Les sorties ciné en vidéo

Les critiques à propos de ce film

Critique de Rubber - Un pneu mon n’veu
Par : Damien Taymans

Le second long-métrage de Quentin Dupieux, alias Mr Oizo, est défini comme un slasher singulier dont le tueur caoutchouteux n’est autre qu’un pneu. Mais pas que. Avant tout, Rubber est un hommage non-sensique au septième art gangréné par une formalisation affligeante. Pour preuve, la potentielle invasion du mont Lee et de son panneau Hollywood menée par une armée de pneus, guidée par un tricycle. Déjà signataire d’un moyen métrage expérimental intitulé Non-film (tout est dans le titre) destiné à s’affranchir des conventions narratives, Dupieux affiche de nouveau avec Rubber la singularité de sa démarche artistique libératoire : l’académisme protocolaire, les codes et conventions préétablis, la grammaire signifiante durablement installés au bout d’un siècle de cinéma, représentés par des chaises dévolues aux spectateurs, volent en éclats sous le pare-choc d’une voiture effectuant des slaloms en plein désert.

Le véhicule s’arrête, un individu sort du coffre et s’adresse à l’assistance. Pourquoi dans le E.T. de Steven Spielberg, l’extra- terrestre est-il marron ? Pourquoi dans l’excellent Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper, les gens ne vont-ils pas aux toilettes et ne se lavent-ils pas les mains comme tout le monde dans la vraie vie ? Dans JFK, pourquoi le président est-il assassiné par un étranger ? Pourquoi dans Le Pianiste de Polanski, le héros doit-il vivre comme un clochard alors qu’il joue si bien du piano ? Autant de questions ponctuées par un lancinant "No reason", attestant du pouvoir "déraisonnable" de l’oeuvre qui va suivre. Rubber, comme la plupart des événements de la "vraie" vie n’aura pas de raison voire même de légitimité. Au point que même les codes les plus inhabituels deviennent flous : le shérif s’adresse face caméra à l’assistance via l’abattage du quatrième mur... qui reste cependant debout, la 5D effectuant un travelling dévoilant d’autres spectateurs, nos alter ego de la mise en abyme, munis de jumelles pour assister à un divertissement qu’ils espèrent standardisé. "On n’entend rien !" s’exclame un enfant du groupe, tandis que d’autres bougonnent à propos de l’inertie de l’intrigue.

Quelques mètres plus bas, dans une décharge, on assiste aux premiers pas d’un pneu, découvrant avec lui les êtres qui peuplent les étendues désertiques qui l’entourent. Tour de force de Dupieux, il parvient à impliquer l’identification à un bout de caoutchouc et le spectateur de s’identifier au tueur dé-janté (fallait la trouver, celle-là) lorsqu’il scrute les rotondités de la belle Roxane Mesquida au sortir de sa douche. Pendant ce temps, les bouffons avides perchés sur la colline de sable crèvent la dalle et se jettent, à la manière des zombies de Romero, sur une dinde empoisonnée. Tous meurent les uns après les autres dans d’atroces souffrances gastriques. Tous sauf un. Ce qui contraint le spectacle à perdurer. Et les acteurs (factices ou pas ?) à s’organiser à la hâte pour éliminer le coupable du carnage.

Rubber cultive l’antinomie. La pellicule loue le septième art en se situant volontairement en marge de la production cinématographique formatée. L’empathie forcée par Dupieux pour son implacable meurtrier circulaire déroute : pour la première fois, on aime un pneu beaucoup (voire passionnément et à la folie). Les multiples références au cinéma d’exploitation (Psychose, Massacre à la tronçonneuse, Zombie) et le recyclage de l’imagerie américaine (station essence au beau milieu de nulle part, bottes de foin qui s’envolent, nids de poule) émaillent autant le récit de cette contestation cinéphilique du réalisateur à l’encontre de l’avilissante production des majors actuelles qu’ils n’entraînent le nostalgie pour l’époque bénie des 70’s. Et puis, il y a ce cinglant renversement des valeurs opéré par Dupieux qui chosifie les humains (les spectateurs, une horde affamée ; les flics, des acteurs patauds ; le gérant du motel, père indigne) et humanise un bout de caoutchouc. Dupieux démontre au tout-venant que son cinéma marginal et anti-conformiste est tout simplement increvable.


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