Critique de film

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Scabbard Samurai

"Saya-zamurai"
affiche du film

Un samouraï ayant fuit son poste et perdu son épée est condamné à faire rire le fils d’un seigneur dans les trente jours sous peine de se faire seppuku en cas d’échec…

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Scabbard Samourai - Hi, I’m Takaaki Nomi and welcome to Jackass
Par : Seb Lecocq

On parle beaucoup de Sono Sion et de la team Sushi Typhoon mais la meilleure chose qui soit arrivée au cinéma japonais de ses dernières années, c’est Hitoshi Matsumoto. Star au Japon mais inconnu absolu en Europe, Matsumoto s’est fait un nom avec Dai Nipponjin avant de confirmer avec Symbol projeté dans tout un tas de festivals. C’est donc avec une impatience digne de la jeune fille en fleur en passe de voir le loup qu’on attendait ce fameux Saya-zamurai dont on ne savait pas grand-chose et c’est tant mieux car un film de Matsumoto n’est jamais aussi bon que quand on se le ramasse en pleine figure. Symbol était très différent de Dai Nipponjin et ce Saya-zamurai est encore une fois très différent de ces deux premières œuvres précitées. Mi-film « classique » , mi-happening, le dernier film en date de son auteur surprend le spectateur. Une fois de plus.

Pour bien comprendre le fond de Scabbard Samourai, il faut en connaître le genèse et celle de son incroyable comédien Takaaki Nomi. Nomi collabore régulièrement avec Matsumoto dans le cadre de son travail à la télévision. Nomi, à la base, n’est absolument pas acteur et souffre d’un léger retard mental pourtant son réalisateur n’hésite pas à lui confier le rôle principal de son film… en le lui cachant. D’ailleurs, pendant une bonne partie du tournage, il ne saura pas qu’il tourne un long-métrage, pensant que, comme d’habitude, il participe à un gag télévisuel orchestré par le réalisateur. Voilà pour les « à-côtés ». Maintenant, sur l’écran, Matsumoto raconte l’histoire, somme toute classique, d’un rônin errant capturé, avec sa fille par un seigneur local dont le fils est plongé dans le mutisme et la dépression la plus total. Nomi aura un mois pour faire sourire le jeune fils sans quoi il sera condamné à se faire seppuku. Doté de ce seul fil rouge, le film ne comporte pas de scénario au sens classique du terme, Matsumoto va mettre en scène une comédie hilarante, touchante et doublée d’une profonde réflexion sur le rapport entre l’art, l’artiste et son public.

Pure comédie, Saya-zamurai est avant tout un film drôle, très drôle par moments. Le réalisateur y conserve la construction segmentée, séquencée et la narration morcelée qui faisaient la spécificité de ses précédentes œuvres en y ajoutant un sens de l’ellipse et un montage aux petits oignons favorisant le rythme, élément incontournable du genre. Après une courte, mais formellement très réussie, introduction, le métrage démarre vraiment lors de la première des trente tentatives du samouraï. Corps du film, ses essais se succèdent durant une bonne heure, entrecoupés des réflexions et cogitations de Nomi et surtout de sa fille, tête pensante du duo. Peu à peu, ce qui est perçu comme une humiliation et une punition va se transformer en spectacle géant et en fierté. Se prenant au jeu, les deux gardes de Nomi vont se rallier à ses côtés pour former une véritable équipe de comiques entièrement portée vers un but ultime : faire rire. Peu à peu, les spectacles, par moments vraiment hilarants, vont se métamorphoser en happening public, les spectateurs se massant dans la cour du shogun afin d’admirer les performances de la team Nomi.

Et c’est là qu’on comprend la profondeur de la réflexion qu’opère Matsumoto. Un rapport s’installe fan/artiste avec le public venu assister aux spectacles et se repaître des échecs successifs du pauvre samouraï. Matsumoto lie fond et forme de façon pertinente en cachant à son interprète principal le but de ses cascades et en lui faisant faire n’importe quoi, si bien que le spectacle tourne parfois au voyeurisme. Plongeant le spectateur dans une position voyeuriste lui aussi. Sur cet aspect, le film rappelle parfois le Rubber de Quentin Dupieux. Matsumoto confirme cette faculté de mêler le rire et la tristesse lors notamment d’une séquence qui commence par une franche rigolade avant de se terminer dans le malaise et la tristesse. Une séquence qui résumerait presque à elle seule tout le cinéma de son auteur. Matsumoto porte un regard acerbe sur son propre travail et convie ses doutes sur son propre œuvre et son statut d’artiste. Car si tout le monde assiste au spectacle en attendant le rire, l’artiste lui, incarné à l’écran par Nomi, est toujours seul face à son art avec pour seul but de faire rire. Dans ce film, si l’artiste échoue à faire rire, il mourra. Ce qui en dit long sur la rapport de l’auteur avec son art et son public.

Pour illustrer cet état de fait, le réalisateur s’appuie sur Takaaki Nomi, acteur édenté, qui livre une prestation extraordinaire de justesse et qui, malgré une capacité innée à faire rire, porte sur son visage et son corps une profonde mélancolie. Son jeu, tout en physique (il ne prononce que deux phrases dans le film) et en performance, est contrebalancé par la prestation de sa fille, jouée par Sea Kumeda, qui est toute en subtilité et démontre un vrai potentiel de jeu. Leur duo, qui fonctionne à merveille, plonge le spectateur dans la tristesse et le respect lors d’un final d’une puissance émotionnelle rare.

Inégal mais foutrement attachant, Saya-zamurai est un film instable, tout en rupture et en changement de rythme. Matsumoto change une fois de plus de registre et de forme mais continue de creuser le sillon qui est le sien et expose ses doutes d’auteur et d’artiste aux yeux d’un public qui en redemande. Et si ce Saya-zamurai n’était autre que Matsumoto lui-même ?


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