Critique de film

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Stuck

"Stuck"
affiche du film

D'un côté, un homme licencié et mis à la rue, de l'autre Brady, une jeune infirmière sur le point d'être promue chef de son service. Ces deux personnages ne sont pas sensée se rencontrer mais un collision lie leur destin de manière irréversible. Percuté par une Brady sous substance, le SDF traverse le part-brise et reste coincé. Personne ne viendra l'aider à se sortir de là et le voilà enfermé dans un garage, prisonnier malgré lui.

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Stuck - La nouvelle perle de Gordon !
Par : Damien Taymans

Couronné maître de l’horreur dès 1985 suite à son splendide Re-Animator, Stuart Gordon s’est fait l’égérie du genre grâce à quelques modestes contributions qui eurent leur succès (Castle Freak, From beyond). Mais depuis, le réalisateur s’est attelé à élargir ses horizons en allant fricoter avec d’autres genres. Passant de la science-fiction (Fortress) au thriller (Edmond), Gordon n’a jamais vraiment quitté le genre de ses débuts en dotant toujours ses nouvelles œuvres d’éléments propres au genre qu’il affectionne.

Stuck fait partie de ceux-là. Basé sur un fait divers pour le moins original (un homme reste encastré dans le pare-brise d’une voiture plusieurs jours), le métrage participe autant au genre dramatique qu’au thriller et penche même volontiers du côté du gore à certains moments. L’œuvre éblouit surtout par la qualité de son casting et son étonnante entreprise narrative.

Stephen Rea campe le personnage de Tom, homme au bout du rouleau qui se voit éjecté de son appartement et encaisse un refus quant à une hypothétique allocation mensuelle. Vidé, mis à la porte et dénué de ses prérogatives sociales, Tom devient un sans-abri qui erre sans but. A l’opposé, Brandi (Mena Suvari) a tout pour elle : elle travaille dans un home pour personnes âgées (doux euphémisme) et est en tête de liste pour obtenir une promotion. Cette jeune femme à qui tout sourit nous est brillamment présentée dans son quotidien par le biais d’un clip aux tonalités pop et par le truchement de morceaux singuliers mais récurrents de son dur labeur.

Pourtant, Brandi va rapidement devenir assez antipathique. Gordon nous dévoile un à un tous ses penchants pervers qui n’en font pas la citoyenne modèle. Brandi sort en boîte et fricote avec Rachid, une petite frappe qui deale de l’ecstasy. Dès la surprenante scène (distillée dans un ralenti magistral) de l’accident, le montage en parallèle ne reprendra que de plus belle, nous permettant de suivre les faits et gestes de Brandi en même temps que les tentatives d’évasion du pauvre Tom encastré dans ce pare-brise.

Si le mélange des genres et les prestations des acteurs sont irréprochables, Stuck joue réellement dans la cour des grands grâce au réalisme dramatique qu’il nous impose. Impossible de tomber dans la sempiternelle vision manichéenne qui détermine volontiers que Brandi est la méchante et Tom la pauvre victime. Les personnages sont adroitement dépeints et paraissent tous être de simples victimes d’un drame peu habituel. Si Tom se pose immédiatement en victime sociale (l’aliénation subie auparavant) et physique (l’accident de voiture), Brandi ne participe pas moins à ce statut puisque la belle jeune femme effectue des choix malheureux davantage par maladresse que par méchanceté. Acculée devant une situation qui empire au fur et à mesure, elle ne pourra plus reculée et devra prendre ses responsabilités, effectuant un choix difficile dans le problème cornélien du bonheur des autres ou de l’égoïsme. Même Rashid, dealer paumé qui culbute volontiers les filles et prétend avoir détruit la vie de nombre d’hommes, est touchant par la maladresse qui le caractérise.

Stuck signe irrévocablement l’aboutissement de la carrière de Stuart Gordon qui prouve une bonne fois pour toutes qu’il est un grand réalisateur. Aussi merveilleux que dramatique, le métrage se situe à la limite de la perfection et permet de réussir une bonne fois pour toutes l’équation délicate entre humour et drame, entre terreur et comédie…


Critique de Stuck - Drames au volant...
Par : Samuel Tubez

Après King of the Ants et surtout Edmond, Stuart Gordon laisse de nouveau le fantastique et l’horreur grand-guignolesque de côté pour s’attaquer à un récit inspiré d’un fait divers sordide. Mais que les amateurs d’hémoglobine et de brutalité se rassurent, le réalisateur n’a pas pour autant perdu de son mordant, loin de là.

Une aide-soignante renverse un pauvre homme devenu SDF, venu s’encastrer dans le pare-brise de la voiture. Au lieu de prévenir les secours, elle l’emmène chez elle et le laisse agoniser dans son garage.

A partir d’un pitch tout petit, de moyens médiocres et d’une poignée de comédiens, Stuart Gordon frappe fort. Avec sa mise en scène sobre allant droit au but, il parvient une fois de plus à nous plonger dans un horrible cauchemar. Sauf qu’ici, le monstre n’est pas gluant mais que son visage est bien humain, l’intérieur étant cependant pourri par un individualisme puant. Dans Stuck, c’est chacun pour soi et l’autre n’a qu’à crever ! Nous décrivant un monde presque déshumanisé où l’homme est traité comme une ligne dans une base de donnée ou une chose dont il faut absolument se débarrasser, le réalisateur culte de Re-animator pointe du doigt tout l’égoïsme de ce monde où les gens veulent faire fortune et vivre leur petite existence sans se soucier des autres. Si le constat fait frémir et est d’une noirceur absolue, le metteur en scène n’en oublie néanmoins pas d’insérer quelques touches d’humour noir ainsi que l’une ou l’autre scène gore, signature de ce « Maître de l’horreur ».

Parfaitement mis en scène, le long métrage bénéficie en outre d’un montage inventif (la scène de sexe est à ce sujet assez croustillante), d’une musique parfaitement utilisée (l’introduction en gériatrie avec du rap en fond sonore est géniale) et surtout de comédiens excellents. La très convaincante Mena Suvari (American Beauty, Edmond) assume parfaitement le rôle de l’aide-soignante un brin déséquilibrée et complètement dépassée par les évènements, Stephen Rea (V for Vendetta, Breakfast on Pluto, Sisters) est parfait dans la peau de ce pauvre type qui accumule les infortunes et Russell Hornsby (Get Rich or die tryin’) est lui aussi très efficace dans le troisième rôle principal, celui du petit ami dealer, soi-disant expert en élimination de vies humaines. Une palette de personnages tour à tour horribles, paumés et maladroits. Des victimes de leur égoïsme et d’une société où la réussite est le seul mot d’ordre, peu importe si vous êtes sur le point de trouver un job ou si vous êtes en train d’agoniser. Life’s a bitch, then you die.


Critique de Stuck - Gordon coincé dans son immense talent !
Par : Quentin Meignant

Comment parler du BIFFF sans parler de Stuart Gordon, et inversement ? Entre le festival et le réalisateur américain, il s’agit d’une vraie grande histoire d’amour ! L’homme admet lui-même sans détour qu’il se plaît à Bruxelles comme il ne se plaît nulle part ailleurs.

Quoi de plus normal, dès lors, qu’il régale le public belge de sa dernière trouvaille dès que possible ? Ce fut chose faite lors de ce BIFFF 2008 décidément fort en émotions et pour lequel Stuck ne dérogea pas à la règle. Poignant, rythmé, le film ne peut laisser personne indifférent, apportant un regard horrifique à une oeuvre qui se veut avant tout sociale.

En effet, Stuck est avant tout à prendre comme une dénonciation virulente de la mentalité de la bourgeoisie américaine (voire mondiale), prête à tout pour réussir et méprisante envers les démunis. Cependant, Gordon n’avait jamais laissé voir son ressentiment envers cette classe à un tel point et c’est avec une certaine délectation que l’on peut assister à ce spectacle.

Démontrant à quel point la misère humaine est dédaignée par la classe dominante et aussi à quel point elle peut parfois être fortuite, le réalisateur frappe fort. Il met en scène toutes les incongruités de la société américaine dans toute sa splendeur.

Entre le proprio arbitraire et sale au possible qui vire son locataire, les complications administratives des agences de chômage et le petit esprit des gens « qui ont le fric », rien ne nous est épargné et tout est dépeint comme dans la réalité : froide, égocentrique et inhumaine, notre société cause la mort de milliers de personnes chaque année et c’est Gordon qui nous met cette réalité en face des yeux !

Il se permet même certains clins d’oeil, appelant un clochard noir Sam (en référence à Oncle Sam) et notre héros malheureux Tom, en référence à l’Oncle Tom (nom donné par les blancs aux esclaves noirs). Ce n’est certes pas là-dessus que l’on peut juger le film mais, dans un sens, c’est la preuve irréfutable de la finesse de cette critique sociologique !

Ces deux hommes sont les « enfants » de l’Amérique, pays où la réussite est arbitraire et insolente. C’est ainsi que l’on voit Tom trimer pour s’en sortir, tandis que la dévergondée Brandi fête une promotion à coup d’ecstasy et passe les trois quart de son temps à se défoncer.

Le film met aussi en scène Rashid, jeune homme noir, vantard et trouillard au possible malgré ses airs de gros dur. Ce dernier est l’archétype même d’une réussite que l’état tolère très bien quand ça l’arrange : les commerces illégaux en tous genres rapportent beaucoup d’argent et Rashid en est la preuve ! Ce dernier roule dans une jeep incroyable et est couvert d’or tout en étant au chômage et personne ne trouve rien à redire.

Ce personnage occupe une position centrale dans l’intrigue puisque, non seulement, il apporte sa pierre à la critique mais en plus, il déride quelque peu par ses bêtises, histoire que toutes ces injustices sociales ne paraissent pas trop lourdes.

A côté de toutes ces considérations, Gordon nous livre comme à son habitude un film plein, rythmé qui ne laisse pas respirer. Et pourtant, Dieu sait s’il n’est pas évident de montrer l’histoire d’un gars coincé dans un pare-brise, caché dans un garage, durant une heure et demie...

Un seul réalisateur pouvait le faire et, sans aucun doute il s’agit de Gordon. Nous abreuvant de quelques scènes gores bien senties (un essuie-glace dans les reins, ça doit faire mal !), le réal de Re-animator prend son pied à nous faire vibrer à chaque scène tournée dans le sombre garage.

Par d’astucieux mouvements de caméra et une bande originale particulièrement speed, il n’a aucun mal à faire monter le stress et surtout l’action. Le tout servi sur un plateau en or massif par des acteurs hors du commun (Mena Suvari et Stephen Rea donnent tout ce qu’ils ont), le film va droit vers un dénouement vif et bien agréable.

Mission accomplie pour Stuart Gordon qui a fait d’un simple thriller à huis-clos une véritable critique de l’ensemble de la société doublée d’un film totalement plein où l’on ne s’ennuie pas une seule seconde. Un film à voir et à revoir qui ne peut faire que du bien à nous, petits égoïstes que nous sommes...

Commentaires sur le film

5 etoiles

coups de coeurCoup de coeur !

28 septembre 2008 à 12:09 | Par hellrick

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