Critique de film

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Suspiria

"Suspiria"
affiche du film

Susie Bannion, jeune danseuse américaine, débarque à Berlin dans l'espoir d'intégrer la célèbre compagnie de danse Helena Markos. Madame Blanc, sa chorégraphe, impressionnée par son talent, promeut Susie danseuse étoile. Tandis que les répétitions du ballet final s’intensifient, les deux femmes deviennent de plus en plus proches. C’est alors que Susie commence à faire de terrifiantes découvertes sur la compagnie et celles qui la dirigent…

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Suspiria - Au bûcher
Par : Seb Lecocq

Il existe parfois des idées complètement folles dont on ne comprend pas bien la finalité mais qui se concrétisent : la pizza à l’ananas, le maki au Nutella, le duo entre Rammstein et Zaz, l’autobiographie de Nabila, David Arquette champion de la WWE, le remake de Suspiria,... Toutes ces choses qui existent et suscitent un curieux étonnement. D’un premier abord répugné et réfractaire, on assure qu’on ne nous y prendra jamais puis, peu à peu, on se dit que pourquoi pas après tout, on peut juste laisser sa chance au produit, pour essayer. Alors on se laisse tenter et on se rend compte que non, définitivement, ce n’était pas une bonne idée. Ce remake n’aurait jamais dû voir le jour.

Qu’on ne nous taxe pas de conservatisme extrême, le film a eu sa chance, il ne l’a pas saisie et c’est l’incompréhension, l’exaspération, l’énervement qui, plus que tout autre sentiment, brûle au cœur du spectateur lorsqu’il quitte la salle après plus de cent cinquante minutes d’un profond agacement nimbé d’ennui. Agacement et ennui, deux termes qui définissent avec justesse le cinéma de Lucas Guadagnino. On pourra y ajouter la préciosité ou encore la pédance mais nous ne sommes pas là pour faire le procès du cinéaste, simplement pour parler de son Suspiria.

Malgré tous les reproches que l’ont pour faire au métrage, on peut mettre au crédit du réalisateur d’avoir eu l’envie de faire son propre film, de suivre une voie radicalement différente de son modèle. Un chemin plus difficile, plus risqué aussi que celui qui consiste souvent à apporter un petit coup de jeunisme à l’œuvre revisitée façon cuisine moléculaire pour coller à l’air du temps. Guadagnino a eu l’intelligence de refuser de singer le Suspiria que l’on connaît tous car il a dû bien vite se rendre compte que cela était impossible. Le génie du film d’Argento tient tout entier dans la vision et le style de son auteur. Suspiria, c’est Argento, l’ôter de l’équation, c’est faire disparaître le film, il ne reste rien. Ici, le métrage suit sa propre voie et possède une identité qui lui est propre, il n’est aucunement possible de les comparer esthétiquement et visuellement tant ils sont aux antipodes l’un de l’autre comme si pour chaque choix d’Argento, son jeune confrère avait sciemment décidé de choisir l’extrême opposée. Et au moment de faire le compte, le score est sans appel.

Le jeune Italien s’est depuis le début du projet et plus encore depuis la sortie du film, déclaré fan inconditionnel du film original (promis, c’est la dernière fois que nous y faisons référence). On aimerait bien le croire mais dès les premières images, la palette visuelle de son film rappelle plus un épisode de Derrick par un pluvieux mardi de novembre que la chatoyance d’une école de danse fribourgeoise. Tout y est terne, gris, maronnasse, verdâtre : les bâtiments, les murs, les costumes, les teints sont blafards, la photographie est morose. Bref, tout cela est raccord avec l’époque mais c’est moche. Tout ça ne colle pas avec l’atmosphère globale, on n’y croit pas une seconde, c’est raté quoi. Les choix sont tranchés, les parti-pris assumés mais globalement tout est foiré sur l’écran. On sauvera une chouette scène de danse et la prestation solide de Dakota Johnson qui prouve, de film en film, qu’elle vaut mieux que cinquante nuances de médiocrité.

Suspiria est long, très long, trop long et est parsemé d’une infinité de moments de flottement ou de baisse de rythme parce que malgré sa logue durée, il ne s’y passe pas grand chose et Guadagnino n’est pas Tarkovski, sa gestion de la non-action est déplorable. Pour meubler, il imagine une intrigue secondaire totalement artificielle qui plombe plus encore la faible dynamique du film et contextualise son intrigue historiquement et politiquement. Tout ça n’est pas très utile et finit par vraiment agacer le spectateur qui cherche désespérément quelque chose d’horrifique et de fantastique à se mettre sous la dent. Puis arrive le grand final et là, on touche le fond. Vous pensiez que le dernier acte de Mother of Tears était ignoble ? Attendez de voir celui-ci. Guadagnino se prend pour Ken Russel dans l’écriture de cette séquence mais dans les faits, il est plus proche d’un Claudio Fragasso. Cette scène est la seule à provoquer quelques frissons. Des frissons de la honte certes, mais des frissons tout de même. Guadagnino semble être le seul à y croire et la mise en scène retranscrit la fierté qu’il prend à tourner. Il prend beaucoup de poses et prend du plaisir à se regarder filmer là ou la mise scène de Dario était avant tut tourne vers le film et le sectateur.

Suspiria 2018 est une prise de risque, il faut saluer ça même si l’exécution pêche de tous les côtés. Long, ennuyeux, mal écrit, faussement riche et enrobé d’une certaine touche de préciosité factice qui le rend infiniment agaçant pour ne pas dire détestable. On y parle très peu de sorcellerie, lesdites sorcières sont représentées comme des politiciennes plus que comme des envoyées du démon. Guadagnino a tenté, il a fait son film, il a échoué sur toute la ligne. Il s’est brûlé sur le bûcher de sa propre vanité.


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