Critique de film

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Testament du docteur Mabuse (Le)

"Das Testament des Dr. Mabuse"
affiche du film

Le Dr Mabuse dirige, de l'asile psychiatrique où il est interné, un gang de malfaiteurs et le docteur Baum, directeur de l'établissement, grâce à ses pouvoirs hypnotiques. Le commissaire Karl Lehmann et le bandit repenti Kent parviendront après nombre de rebondissements à démanteler le réseau.

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Le testament du docteur Mabuse - Hypnotic...
Par : Damien Taymans

Dans l’Allemagne des années 30, une organisation criminelle suit aveuglément les ordres du docteur Mabuse interné dans un hôpital psychiatrique. Par le truchement de ses capacités d’hypnotiseur, le machiavélique savant fou mène et malmène ses sbires, leur faisant commettre nombre d’actes répréhensibles afin de mettre à genoux une nation sur le déclin. Cependant, lorsque le docteur meurt, la machinerie ne s’amenuise pas pour autant. Qui dès lors tire les ficelles ?

Plus de dix ans après la première transposition de l’étrange personnage créé par le romancier luxembourgeois Norbert Jacques en 1921, Fritz Lang livre une seconde fournée des aventures du savant fou docteur Mabuse, avatar des méchants de l’époque aux côtés du docteur Fu Manchu et du machiavélique Fantômas. Un deuxième épisode qui se décline comme une véritable séquelle de l’œuvre de 1922, Docteur Mabuse, le joueur, qui présentait pour la première fois sur grand écran ce volubile destructeur d’économie qui, de dévaluations en faux-monnayages, ruine sa patrie en usant et abusant de sa capacité à changer d’apparence tout en dominant une équipe extrêmement organisée dirigée de main de maître par ce pendant du docteur Caligari qui pousse ses sbires au crime en les hypnotisant télépathiquement. Un glissement d’autant plus clair que la première séquence du métrage, sonorisée mais dénuée de tout dialogue, se présente comme une transition obligatoire entre le cinéma muet (auquel appartient le précédent tome) et le cinéma parlant. Tiré d’un nouveau roman de l’écrivain Jacques, le présent métrage devra attendre une trentaine d’années avant que Lang ne remette sur le métier un troisième et ultime épisode intitulé Le diabolique docteur Mabuse qui verra son anti-héros campé par Wolfgang Preiss.

Pour l’heure, Rudolf Klein-Rogge continue d’incarner l’inquiétant Mabuse aussi bien dans la version allemande que dans la française puisque, à l’instar du Dracula tourné simultanément par Browning et Melford (pour la version espagnole), l’œuvre se dote d’un bilinguisme salvateur à l’époque où le doublage n’existe pas encore. Lang poursuit ici la peinture entamée dans M. le maudit et, à une moindre échelle, dans Metropolis de l’Allemagne de l’entre-deux-guerres abasourdie par la dette infligée qui peine à remonter une pente économique devenue abrupte. En résulte un approfondissement des fossés sociaux creusés par un chômage omniprésent qui frappe notamment Kent dans la première partie de l’œuvre, un monde sans emploi qui « pousse au crime » et devient le lieu béni d’organisations de malfaiteurs et contrebandiers comme celle qui suit aveuglément la voix d’un maître invisible et ne posent aucune question puisqu’ils bénéficient par sa grâce d’un salaire décent. Dirigeant la pègre à distance, le fou criminel qu’est Mabuse devient une allégorie de la gangrène hitlérienne qui ronge l’Allemagne des années 30 qui vient de voir le poste de chancelier usurpé par un nabot à moustache. Une symbolique étonnante au vu des amitiés qu’entretient l’épouse et co-scénariste du cinéaste Thea von Harbou avec le régime nazi dont elle deviendra une cinéaste officielle suite à son divorce et à la répudiation pour cause de non-aryanisme de son ex-mari parti se ressourcer aux Etats-Unis suite à l’interdiction du film par Goebbels, une carrière hollywoodienne entamée dès l’année suivante avec le drame Fury. Finalement, le film devra attendre 1951 pour être enfin projeté en terre natale dans une version raccourcie avant de connaître les joies d’une version longue lors de sa restauration de 2000.

Des versions lacunaires qui n’ont jamais entaché l’aura de cette œuvre universelle et intemporelle qui décrit les dérives sociopolitiques de toute cellule sociétale tout en s’imbibant d’une peinture ontologique assez classique (le dilemme de Kent entre sa destinée et la femme qu’il aime). Film policier qui verse dans l’étrange (les visions d’Hofmeister, l’emprise de Mabuse sur Baum dans une superbe séquences entre onirisme et folie), Le testament du docteur Mabuse impose de part en part quelques scènes au suspense haletant (la salle piégée) que l’ingénieux montage vient encore accentuer en faisant exercer au spectateur de nombreuses virevoltes entre les différentes situations qui le parsèment. Subtile jointure entre l’expressionnisme auquel elle appartient encore en surface et le cinéma moderne qu’elle tend à rejoindre, l’œuvre de Lang est un jalon obligatoire dans la carrière du cinéaste et dans le patrimoine filmique mondial.

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