Critiques/Analyses

The Walking Dead - Saison 1 (2010)

27 mai 2013 | Par : Geoffrey Marmonier

De : Frank Darabont, Robert Kirkman

Avec : Andrew Lincoln, Laurie Holden, Steven Yeun, Norman Reedus, Sarah Wayne Callies, Jon Bernthal

Note :

Lors de la lecture du comic book Walking Dead, ce qui frappe le plus, outre la qualité de celui-ci, c’est à quel point il pourrait donner une série télé formidable. Le comic book du scénariste Robert Kirkman raconte, en effet, sous forme feuilletonnante, les aventures d’un groupe de survivants lors d’une apocalypse zombie. Rien de bien original de prime abord, Kirkman s’inspirant bien évidemment largement de la série zombiesque de George Romero, tout en payant son tribut aux œuvres plus récentes du genre (le début de l’histoire fait ouvertement hommage au 28 Jours plus tard de Danny Boyle). Mais le très gros intérêt de l’œuvre réside dans le développement de personnages extrêmement attachants qu’on a envie de suivre jusqu’au bout, ainsi que dans son jusqu’au-boutisme, Kirkman n’hésitant pas à malmener ses personnages, voire à les éliminer sans états d’âme. En clair, personne n’est en sécurité dans Walking Dead (mis à part le héros Rick Rimes, qui peut tout de même concourir avec Jack Bauer dans la catégorie « pire poissard de la Terre »), ce qui rend le comic book imprévisible et d’autant plus addictif.

L’annonce de la mise en chantier d’une série télé basée sur le comic book était donc plutôt une bonne nouvelle, d’autant plus que le projet est produit par la chaîne câblée AMC, connue surtout pour les deux séries Breaking Bad et Mad Men à la liberté de ton assez unique. Autre facteur rassurant, la présence au poste de showrunner (superviseur de la série) et réalisateur du pilote de Frank Darabont. Un réalisateur connu des fans de Stephen King pour avoir signé ni plus ni moins que les deux meilleures adaptations à ce jour des écrits du maître (Les Evadés et La Ligne verte) et pour avoir en plus porté à l’écran avec succès et avec une virulence rare la nouvelle The Mist. Bref, un nom a priori garant de la fidélité à l’œuvre originale à la fois au niveau de l’intrigue et au niveau du ton. Tout semblait donc réuni pour faire de The Walking Dead un événement cathodique sans précédent, surtout que le mot d’ordre de Darabont était « les personnages avant tout ».

Et en effet, cette première saison démarre plutôt bien, avec une mise en place rapide des enjeux (la quête de Rick Grimes pour retrouver sa famille), une dose de gore suffisante pour contenter les fans du genre (les maquillages étant assurés par KNB), et surtout une fidélité acceptable au comic book d’origine. Les quelques ajouts scénaristiques du premier épisode sont plutôt pertinents (la scène d’ouverture avec la petite fille zombie), voire intelligents (l’histoire de la femme de Morgan, qui prépare le retour du personnage dans un futur assez lointain pour ceux qui ont lu le comic book). Le rythme assez lent de la série par rapport aux livres n’est pas un handicap et permet à Darabont de prendre le temps de présenter son héros tout en proposant des images post-apocalyptiques impressionnantes pour une production télévisuelle (l’autoroute embouteillée). Les épisodes deux et trois continuent sur cette lancée entre fidélité aux moments forts du comic book (la rencontre avec Glen, la scène où Glen et Rick doivent se recouvrir d’entrailles de zombies pour s’échapper) et trahisons minimes (changement dans l’ordre des événements).

Mais petit à petit, on s’aperçoit la série s’éloigne de plus en plus de l’œuvre de Robert Kirkman, ce qui en soit n’est pas un défaut rédhibitoire (les meilleures adaptations sont celles qui ne collent pas littéralement à l’ouvre d’origine, cf True Blood ou Dexter). Seulement dans ce cas-là, le matériau de base est déjà excellemment scénarisé (contrairement aux romans de Charlaine Harris dont sont tirés True Blood par exemple), et les ajouts scénaristiques ne sont pas forcément des plus heureux. Les nombreux nouveaux personnages se révèlent bien vite peu intéressants car trop caricaturaux (surtout le redneck raciste interprété par Michael Rooker) et pas assez développés pour forcer la sympathie. On s’apercevra d’ailleurs bien vite qu’ils sont surtout là pour servir de chair à canon et qu’ils seront éliminés sans pitié, mais aussi sans implication émotionnelle du spectateur. L’autre problème posé par ce surplus de personnage à gérer, c’est que du coup les personnages d’origine du comic book peinent à exister de leur côté. D’autant plus que Darabont et ses scénaristes rajoutent des rebondissements artificiels venant ruiner la cohérence de l’intrigue (la lutte pour le sac d’armes dans l’épisode 4). Le pire reste l’épisode de clôture de la saison, TS-19, qui n’a absolument aucun intérêt scénaristique, mis à part celui de délayer la sauce et qui se termine sur un climax extrêmement peu excitant. De même, à force de se perdre dans des longs dialogues peu intéressants, le show rend la menace zombie de moins en moins présente et palpable, ce qui est réellement dommage.

Mais le plus gros défaut, qui risque de détourner les fans du comic book de la série, c’est la trahison pure et simple de l’atmosphère de celui-ci. Comme expliqué plus haut, l’une des forces du comic book de Robert Kirkman réside dans son ton résolument sombre et dépressif et son imprévisibilité. Or la série se permet de petites trahisons plutôt dérangeante qui semblent l’orienter vers un politiquement incorrect de mauvaise augure. Le personnage d’Andrea, interprété par Laurie Holden, devient une jeune femme d’une trentaine d’années au lieu d’une étudiante en fac. Un changement beaucoup moins anodin qu’il n’y parait quand on sait qu’Andrea va avoir plus tard une relation amoureuse avec le personnage de Dale, un retraité d’une soixantaine d’années. Pas assez politiquement correct pour les exécutifs de la chaîne ? Dans le même ordre d’idée, les scénaristes font tout pour justifier l’aventure extraconjugale de Lori, la femme de Rick Grimes, avec Shane, le meilleure ami de celui-ci : leur couple allait mal, et Shane a menti à Lori en lui disant que son mari était mort, etc. Bref, c’était pas de sa faute… Exit aussi le fait que Rick finisse par donner une arme à son fils de 8 ans, et évidemment évacué le tétanisant final du livre 1 qui pourtant aurait pu donner lieu à un excellent cliffhanger.

Une saison 1 qui démarre donc sur les chapeaux de roue pour ensuite malheureusement se perdre en circonvolutions scénaristiques et digressions foireuses. Une tare dont les responsables semblent cependant bien conscients, Kirkman ayant à demi-mot avoué sa déception (en déclarant que le final de la saison manquait de morts) et Darabont ayant selon les rumeurs viré une bonne partie de l’équipe scénaristiques du show. On peut donc espérer que la saison 2 viendra redresser la barre, surtout que la série ne manque pas de qualités, notamment visuelles…

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