Critique de film

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Transsiberian

"Transsiberian"
affiche du film

Le train mythique du Transsibérien qui relie la Chine à Moscou. A quelques moments du départ, un couple américain fait connaissance avec leurs compagnons de voyage. Ce qui devait être un trajet ordinaire, se révèle une expérience assombrie par une série d'assassinats.

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Transsiberian - Hitchcock en stock
Par : Chroniqueurs

Par Swan

"Transsibérien pour attendre. Téléski qui croyait prendre..."

Cet adage proféré en son temps par notre Jean-Luc Fonck national dans l’excellent album de Sttellla intitulé « Manneken Pis, Not War » pourrait en effet servir de morale au nouveau film de Brad Anderson, le talentueux réalisateur méconnu de Session 9 et du Machiniste.

A Moscou, l’Inspecteur de police Grinko (Ben Kingsley) enquête sur le meurtre étrange d’un mafieux, trafiquant de drogue notoire et sur la disparition d’un chargement d’héroïne. Son enquête le mène assez vite sur la piste du Transsiberian Express, le train reliant Pékin au monde occidental, traversant les plaines désertiques et enneigées de la Russie en sept jours.

A bord du train se trouvent Roy et Jessie (Woody Harrelson et Emily Mortimer) un couple lambda de « born again christians » mal assortis, de retour d’une mission humanitaire pour leur église à Pékin. Jessie est une ancienne jeune délinquante qui fut sauvée par son mari Roy, un homme de foi passionné de locomotives et à l’optimisme débordant. Une fois à bord, le couple fait la connaissance de Carlos et Abby (Eduardo Noriega et Kate Mara), un couple plus jeune, à l’apparence plus « sauvage » et « rock’n roll ». Si le naïf Roy s’entend à merveille avec Carlos, ce n’est pas le cas de Jessie qui dès le départ sent qu’un malaise prégnant et des tentations interdites s’installent entre elle et le bel Espagnol. Attirée par Carlos qui lui fait ouvertement des avances, elle ressent l’animosité d’Abby, jeune fille d’un vingtaine d’années mal dans sa peau et ténébreuse… Lors d’une escale, Jessie et Carlos s’isolent au terme d’une longue promenade dans une vieille église abandonnée. Ils tombent dans les bras l’un de l’autre et puis… c’est le drame…

Après Le Machiniste (au terme duquel nous apprenions que le héros avait « oublié » la vérité et s’était inventé un univers parallèle), c’est à nouveau le thème principal du mensonge et ses conséquences désastreuses qu’Anderson examine par le biais de ses personnages, en particulier celui de Jessie (Emily Mortimer), anti-héroïne confrontée à son incapacité pathologique à dire la vérité, tâchant de cacher ses méfaits jusqu’à la fin, mettant en branle malgré elle une chaîne de drames, mentant à la police et à son saint homme de mari, espérant en vain ne jamais être rattrapée par les conséquences de ses actes. Un joli portrait de femme torturée, très juste et magnifiquement interprété par la fragile Emily Mortimer. Sa formidable performance suscite d’emblée l’empathie. Et son accent américain (l’actrice est anglaise) se révèle sans failles…

Hitchcockien en diable, Transsiberian ne semble à aucun moment vouloir cacher l’influence évidente du maître du suspense : faux semblants, trahisons, meurtres vicieux, retournements de situations, violence, personnages à double face… Anderson va jusqu’à emprunter le modèle typique du héros hitchcockien popularisé par Cary Grant ou James Stewart : l’individu naïf et innocent embringué malgré lui par un quiproquo diabolique dans une aventure qui le dépasse totalement. Ici, ce héros a deux faces : la naïveté et l’attitude positive incarnées par Woody Harrelson, le trouble, la faiblesse et la déviance en sous-texte incarnées par Emily Mortimer. Affichant plusieurs références à Une Femme Disparait (The Lady Vanishes – 1938), L’Inconnu du Nord Express (Strangers On a Train – 1951) ou encore La Mort aux Trousses (North By Northwest – 1959), Transsiberian, en toute relativité, n’a pourtant rien à envier aux films d’Alfred Hitchcock. Ce n’est pas là le moindre des compliments… Brad Anderson arrive en effet à s’affranchir de cette influence magistrale et à créer à sa propre façon une tension à couper au couteau et à filmer des scènes d’action palpitantes, lisibles et ne souffrant pas d’un surdécoupage abusif « à la mode ». Nous savons dès le départ que quelque chose va mal tourner mais nous ne savons jamais exactement quoi. C’est assez rare pour le souligner dans un genre aussi balisé que le film à suspense, mais Transsiberian arrive à nous surprendre à plusieurs reprises par ses retournements de situation crédibles et jamais tirés par les cheveux.

Passionnant et « old school » de bout en bout (c’est un compliment !), Transsiberian captive, non seulement par la qualité de l’intrigue, par le thème approfondi du mensonge, mais surtout par le soin apporté à ses personnages. Ce sont ici les deux rôles féminins qui sont les plus développés. Comme chez Hitchcock, la femme est toujours extrêmement plus complexe et la gent masculine, par sa nature plus simpliste, est réduite volontairement et avec humour à des archétypes tels le « neuneu tête à claque qui a trouvé Dieu et qui positivise jusqu’à l’outrance » (Woody Harrelson) ou encore « l’étalon séducteur et intrépide mais pas bien futé » (Eduardo Noriega). Brad Anderson est bien secondé par un casting quatre étoiles, pas forcément des stars mais plutôt d’excellents acteurs !... Outre l’excellente Emily Mortimer déjà évoquée, soulignons la prestation de la charmante et énigmatique Kate Mara, le rôle physique et presque muet d’un Thomas Kretschmann en flic brutal adepte de méthodes musclées et d’Eduardo Noriega en séducteur pathétique. Quant à Sir Ben Kingsley, si l’on a pu lui reprocher récemment d’avoir choisi certains rôles alimentaires destinés uniquement à payer ses impôts (BloodRayne, A Sound Of Thunder, Suspect Zero, Thunderbirds, Lucky Number Slevin, The Love Guru…) il nous rappelle ici à quel point il est un immense acteur, cachant sa dangerosité et une violence sous-jacente sous un sourire trompeur. Seul Woody Harrelson semble au départ un peu perdu dans ce rôle qui à priori ne lui convient pas. Erreur de casting ? Oui et non ! Peu crédible en héros de thriller, il arrive cependant à créer un personnage si énervant de suffisance mais à l’honnêteté sans failles que sa performance en devient très drôle. Un choix de casting assez risqué mais qui en fin de compte s’avère payant.

Outre Brad Anderson et son coscénariste Will Conroy, l’autre grand héros de Transsiberian est sans aucun doute Xavi Gimenez, le directeur de la photographie, fidèle des films de Jaume Balaguero, Nacho Cerda et Alejandro Amenabar, déjà présent sur Le Machiniste. La photographie somptueuse des paysages désertiques et enneigés de la Sibérie confère à ce thriller mouvementé un côté onirique, voire fantastique d’une grande beauté. La neige et les grandes étendues enferment paradoxalement encore davantage nos protagonistes, loin de toute aide possible. A cet égard, le périple de Jessie et Carlos dans les bois, puis aux abords de l’église abandonnée est une scène inoubliable. Le Transsibérian Express quant à lui est filmé comme un véritable personnage, tour à tour agréable et charmant, puis véritablement monstrueux, tel un dragon de ferraille mortel.

Entre autres réjouissances, Transsiberian nous propose également une scène de torture tétanisante et pourtant réalisée avec beaucoup d’économie : peu de sang, pas de gore… Juste une idée simple, l’attachement préalable à un personnage déjà établi et énormément d’efficacité. Un modèle de réalisation qui en remontrera aux petits malins des Saw jouant stupidement la surenchère et qui fait de ce Transsiberian un film beaucoup plus maîtrisé et « adulte », jouant dans une catégorie nettement supérieure. Le film de Brad Anderson confirme, après trois films déjà très réussis, que le réalisateur est désormais un cinéaste de genre avec lequel il faut désormais compter !

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